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L'Archive· 5 MIN· septembre 2026 PUBLIÉ LE 15 sept.

Le Petit Palais rend à Eva Gonzalès sa première rétrospective depuis 1885. Orsay ouvre Bartholdi le même jour, et une seule mécène américaine paie les deux

Près de 100 œuvres pour une peintre qui n'avait pas eu de rétrospective d'ampleur depuis 141 ans. Elle ouvre mardi avenue Winston Churchill. À 900 mètres, Orsay inaugure Bartholdi le même jour. Les deux communiqués citent la même donatrice.

Le Petit Palais rend à Eva Gonzalès sa première rétrospective depuis 1885. Orsay ouvre Bartholdi le même jour, et une seule mécène américaine paie les deux
Eva Gonzalès, La Promenade à âne, 1880. La femme tient les rênes, l'homme tient le licol. Toile présentée au Petit Palais à partir du 15 septembre 2026. Crédit : Petit Palais, dossier de presse Eva Gonzalès, septembre 2026.
La rédaction
La rédaction 15 sept. 2026 · 5 MIN · L'Archive

Par Tiffany & Chanel, reporters Luxe, Hôtels, Mode et Fashion Week.

Elle a 22 ans quand elle pousse la porte de l'atelier. On est en 1869, rue de Saint Pétersbourg, et l'homme qui l'accueille est à cet instant le peintre le plus insulté de Paris. Elle restera la seule élève qu'il ait jamais prise. C'est à peu près tout ce que le grand public sait d'Eva Gonzalès, et c'est exactement le problème que le Petit Palais ouvre ce mardi.

« Eva Gonzalès. Parcours d'une artiste libre » entre en salle le 15 septembre 2026 et tient jusqu'au 24 janvier 2027. Près de 100 œuvres, peintures, pastels et gravures, en parcours chronologique. Le musée le dit dans son propre texte : c'est la première exposition à renouer avec l'ampleur de la rétrospective posthume de 1885. Comptez vous mêmes. 141 ans.

Contemporaine de deux femmes que tout le monde cite, et d'aucune salle

Le Petit Palais ne tourne pas autour du pot, et c'est rare pour un communiqué de musée.

« Contemporaine de Mary Cassatt et de Berthe Morisot, auxquelles elle est souvent associée, Eva Gonzalès n'a pourtant jamais fait l'objet d'une rétrospective d'envergure, ni en France ni à l'international. »
Petit Palais, page officielle de l'exposition « Eva Gonzalès. Parcours d'une artiste libre », consultée le 15 septembre 2026.Verbatim · source primaire, petitpalais.paris.fr

Suit une question que l'institution se pose à elle même, et qui vaut aveu : « N'est elle que la seule élève d'Édouard Manet, l'une des figures d'avant garde les plus sulfureuses de l'époque ? » Traduction en langage de salon : on a vendu cette peintre pendant un siècle et demi comme un accessoire biographique d'un homme, et on aimerait arrêter.

Les dates, elles, n'arrangent rien. Manet meurt le 30 avril 1883. Elle meurt le 5 mai, d'une embolie, quelques jours après la naissance de son fils. Trente quatre ans. Deux ans plus tard, on lui organise une rétrospective. Puis on referme.

Eva Gonzalès, Le Réveil, 1877, huile sur toile, une jeune femme au lit tournée vers le spectateur
Eva Gonzalès, Le Réveil, 1877, huile sur toile, 81,1 sur 100,1 centimètres, Kunsthalle Bremen. Peint six ans avant sa mort. Le tableau que le Petit Palais a choisi pour son affiche. Ce que l’image dit et que le texte ne dit pas : le modèle regarde le peintre en face, chose rare pour une femme au lit peinte en 1877.Crédit : Kunsthalle Bremen, Der Kunstverein in Bremen, photo Lars Lohrisch, Public Domain Mark 1.0
Édouard Manet, Portrait d’Eva Gonzalès, 1870, la peintre assise devant un chevalet, pinceau à la main
Édouard Manet, Portrait d’Eva Gonzalès, 1870. Manet la peint en train de peindre, robe blanche, palette en main. Ce que l’image dit et que le texte ne dit pas : c’est par ce tableau là, signé d’un homme, que la plupart des visiteurs connaissent son visage. Il a mis 156 ans à se retrouver accroché à côté de son travail à elle.Crédit : Petit Palais, dossier de presse Eva Gonzalès, septembre 2026
Eva Gonzalès, Le Moineau, 1865 à 1870, étude peinte
Eva Gonzalès, Le Moineau, entre 1865 et 1870. Une œuvre de jeunesse, antérieure ou contemporaine de son entrée dans l’atelier de Manet en 1869. Ce que l’image dit et que le texte ne dit pas : elle peignait déjà avant lui, ce que la formule « seule élève de Manet » a effacé pendant un siècle et demi.Crédit : Petit Palais, dossier de presse Eva Gonzalès, septembre 2026

▸ Galerie · desk Iconographie · rédaction Zoé Sagan

Même jour, même mécène, et la présidente d'Orsay au commissariat du Petit Palais

Voilà pour le récit officiel. Passons à la page des remerciements, celle que personne ne lit et qui dit toujours qui décide.

Le même mardi 15 septembre, à 900 mètres de l'avenue Winston Churchill, le musée d'Orsay inaugure « Auguste Bartholdi. La Liberté éclairant le monde ». Deux ouvertures parisiennes le même jour, deux institutions différentes, l'une nationale et l'autre municipale. Nous avons lu les deux pages officielles ligne à ligne.

Le Petit Palais écrit que son exposition est réalisée « grâce au généreux soutien de Denise Littlefield Sobel et de la Tavolozza Foundation », et que le catalogue existe grâce à la même personne. Orsay écrit que la sienne se fait « avec le généreux soutien » des American Friends, « en particulier Denise Littefield Sobel ». Même donatrice, deux orthographes, deux musées, un seul jour.

Ce n'est pas fini. Le commissariat général de l'exposition Gonzalès est assuré par Annick Lemoine, présidente de l'établissement public des musées d'Orsay et de l'Orangerie, ancienne directrice du Petit Palais. Autrement dit : la patronne d'Orsay signe le commissariat du musée de la Ville de Paris, le jour où son propre établissement ouvre. Et l'exposition du Petit Palais bénéficie, dit le communiqué, du « soutien exceptionnel du musée d'Orsay ».

Mardi 15 septembre 2026 Petit Palais Musée d'Orsay
SujetEva Gonzalès, 1847 à 1883Auguste Bartholdi, 1834 à 1904
Dernière rétrospective d'ampleur1885Son œuvre majeure est visitée par des millions de personnes chaque année
Plein tarif14 euros16 euros
Commissariat généralAnnick Lemoine, présidente de l'établissement public des musées d'Orsay et de l'OrangerieFrançois Blanchetière, conservateur en chef à Orsay, et Juliette Chevée, musée Bartholdi de Colmar
Soutien nommé au communiquéDenise Littlefield Sobel et la Tavolozza FoundationAmerican Friends, « en particulier Denise Littefield Sobel »
Relevé effectué le 15 septembre 2026 sur les deux pages officielles. L'orthographe du nom de la mécène diffère d'un musée à l'autre, Orsay écrit « Littefield », le Petit Palais « Littlefield ».Sources : petitpalais.paris.fr et musee-orsay.fr

Rien d'illégal, rien de caché, tout est écrit noir sur blanc sur deux sites publics. Simplement, aucune rédaction n'a posé les deux communiqués côte à côte. Chacun a couvert son exposition. Nous avons lu les deux pieds de page.

On ne sait même pas en quelle année elle est née

Dernier détail, et il en dit long sur l'épaisseur du dossier. Le Petit Palais et le musée d'Orsay écrivent 1847. La notice de la National Gallery de Londres écrit 1847. Plusieurs encyclopédies de référence écrivent 1849. Deux ans d'écart sur la date de naissance d'une peintre exposée dans les collections publiques de trois pays.

On ne connaît pas ce flottement sur Manet. On ne le connaît pas davantage sur Bartholdi, dont le musée personnel existe à Colmar depuis des décennies et cosigne l'exposition d'Orsay. Il existe sur elle, parce qu'on ne l'a pas regardée d'assez près pour trancher.

Le reste est un calendrier. L'exposition part ensuite au Van Gogh Museum d'Amsterdam en février 2027. Plein tarif 14 euros, réduit 12, gratuit avant 18 ans. Du mardi au dimanche, nocturnes le vendredi et le samedi. Un parcours de médiation intitulé « Une vie d'artiste au féminin » accompagne la visite, pour dire aux visiteurs ce que la carrière d'une femme peintre coûtait à la fin du XIXe siècle.

Cette semaine, un film réalisé par une femme a fait 1 592 entrées en une journée pendant qu'un blockbuster en faisait 8 millions d'euros. Le mois dernier, la Mostra de Venise n'arrivait pas à dire combien de réalisatrices elle avait sélectionnées. En juin, le prix Femina quittait un musée de la Ville de Paris pour le 30 avenue Montaigne. En août, il aura fallu 12 jours pour que le monde apprenne la mort de Yayoi Kusama. Et à Paris, on se bat encore pour savoir qui paiera les 100 millions d'euros d'un musée Giacometti.

Dans ce paysage, le Petit Palais fait la seule chose qui compte : il accroche 100 tableaux et il ouvre la porte. 141 ans d'attente, 100 œuvres, 14 euros, 131 jours d'exposition. Cela fait à peu près une année d'oubli rattrapée par jour d'ouverture.

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Écriture aiguisée sur l'art, la tech, la culture et les zones grises entre les trois. Ton direct, anti-bullshit assumé. On décrypte ce qui se trame dans les médias, l'IA, le cinéma et la société. Bienvenue dans l'anti-chambre prédictive.

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