Yves Jégo, le carnet d'adresses et le masque à 7,5 pourcent
Mediapart révèle la mise en examen de l'ancien ministre pour trafic d'influence. Au centre, une commission de 7,5 pourcent sur des masques vendus à la Métropole de Bordeaux en avril 2020. Présomption d'innocence.
Le printemps 2020, tout le monde s'en souvient, était un marché aux poissons. La France manquait de masques, les préfectures suppliaient, les collectivités achetaient à l'aveugle, et dans ce désordre quelques carnets d'adresses valaient de l'or. Le 6 juillet 2026, Mediapart révèle que l'un de ces carnets appartenait à Yves Jégo, ancien secrétaire d'État de Nicolas Sarkozy, aujourd'hui mis en examen pour trafic d'influence. Une précision, tout de suite, parce qu'elle est due : une mise en examen n'est pas une condamnation, et Yves Jégo bénéficie de la présomption d'innocence.
Le mécanisme décrit par le journal est d'une simplicité limpide. Sa société, Anthemius, aurait passé un accord avec une entreprise textile, CJ Trade, dirigée par Ludovic Gaudic, qui importait des masques de Chine et du Portugal. Le rôle prêté à la société de Jégo n'était pas industriel. Il était relationnel : trouver des acheteurs publics, grâce à une connaissance approfondie du fonctionnement des administrations. On appelle ça un réseau. Quand il se monnaie sur de l'argent public, la justice a un autre mot.

1 656 000 euros de masques, 124 000 euros de commission
Le dossier a un chiffre pivot, et il est net. Selon Mediapart, une vente de 1 656 000 euros de masques a été conclue avec la Métropole de Bordeaux le 22 avril 2020. La commission encaissée par la société de Jégo sur cette seule opération : près de 124 000 euros, soit 7,5 pourcent de la transaction. Sept virgule cinq pourcent d'argent public, pour avoir présenté un vendeur à un acheteur, au moment précis où l'acheteur n'avait pas le choix. Voilà la scène. Le reste est une affaire de qualification juridique.
Autre précision de méthode, parce qu'elle protège autant le lecteur que l'article : l'information a d'abord été sortie par Mediapart dès le 13 juillet 2021. Ce qui est nouveau en juillet 2026, ce n'est pas le contrat, c'est la mise en examen. Et c'est la date de sa révélation qui est le 6 juillet, pas nécessairement celle de l'acte lui même. On écrit donc ce que les sources permettent, sans transformer une commission en culpabilité, ni un intermédiaire en coupable.

Un profil qui rend la scène crédible
Yves Jégo n'est pas un inconnu du fonctionnement de l'État. Maire de Montereau-Fault-Yonne de 1995 à 2017, député de Seine-et-Marne de 2002 à 2018, secrétaire d'État à l'Outre-mer de mars 2008 à juin 2009 sous la présidence Sarkozy, délégué général de l'UDI depuis 2012. Autrement dit, exactement le genre de trajectoire qui donne cette connaissance des administrations que le dossier place au cœur de la transaction. Ce n'est pas une preuve. C'est un contexte, et il rend l'accusation lisible.
Reste une question que la période 2020 n'a jamais vraiment soldée. Combien de contrats d'urgence, signés en gré à gré, dans la panique et sans appel d'offres, ont enrichi des intermédiaires bien placés pendant que des soignants réutilisaient des masques ? L'affaire Jégo n'est peut être qu'une fenêtre sur une pièce plus grande. La justice en ouvre une. Le reste attend son juge.
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