Andy Kerbrat a repris son siège. Le soin a tenu lieu de solde de tout compte
Contrôlé en octobre 2024 en train d’acheter de la drogue, le député LFI a retrouvé l’hémicycle en juin 2025. Entre sanction réelle, argent public contesté et aveu télévisé, anatomie d’un retour.
Le 17 octobre 2024, vers 22 heures, un homme achète 1,35 gramme de 3-MMC sur le quai de la station Lamarck-Caulaincourt, dans le 18e arrondissement de Paris. La cathinone de synthèse, celle des nuits qui ne s’arrêtent pas. Le vendeur est, selon les comptes rendus, un livreur mineur. L’homme est un député de la République. Il s’appelle Andy Kerbrat, il représente la 4e circonscription de Loire-Atlantique, et le lendemain il se présente de lui-même au commissariat pour une audition libre. Il reconnaît tout, tout de suite. C’est le seul geste de cette affaire qui ne prête à aucune discussion.
Le reste est une chorégraphie française. Un arrêt maladie de six mois, deux mois d’hospitalisation de décembre à février, un psychiatre, un addictologue, un protocole de soin. Puis le retour, le 25 juin 2025, dans l’hémicycle. Devant Presse Océan, le député lâche une phrase qui vaut confession et défense en même temps : « J’ai failli, c’est vrai ». Il dit s’être posé la question de rendre son mandat. Il ne l’a pas rendu.

Il y a eu une sanction. Le dire est déjà un correctif.
On lit partout que Kerbrat n’a subi aucune procédure. C’est faux, et le faux ici arrange tout le monde. En mai 2025, le Bureau de l’Assemblée a prononcé la censure avec exclusion temporaire, la peine la plus lourde du règlement : quinze jours d’exclusion, plus la privation de la moitié de l’indemnité parlementaire pendant deux mois. Fin 2024, la présidente Yaël Braun-Pivet avait saisi le déontologue. La maison a donc bougé. Ce qui n’a pas bougé, c’est le siège. Aucune démission. Le mandat, lui, est resté chaud pendant l’hospitalisation.
Voilà la nuance qui change le procès. Le scandale n’est pas l’impunité, puisqu’il y a eu peine. Le scandale est ailleurs, dans l’écart entre la peine et le symbole. Un citoyen contrôlé avec la même substance encaisse un rappel à la loi, parfois une garde à vue, une inscription qui suit. Un député encaisse quinze jours et deux demi-indemnités, et rentre. La justice n’est pas absente. Elle est proportionnée à la fonction, ce qui est une autre manière de dire qu’elle regarde qui elle sanctionne.
Les 13 000 euros, et ce qu’il en dit
Le 15 novembre 2024, Mediapart publie l’enquête qui déplace l’affaire du fait divers vers l’argent public. Selon le journal, environ 13 000 euros ont été retirés en liquide, souvent tard le soir, et près de 25 000 euros dépensés au total sur l’avance de frais de mandat, cette enveloppe d’environ 4 700 euros par mois que l’Assemblée verse à chaque député pour l’exercice de ses fonctions. Toutes les reprises ultérieures, du JDD à la presse locale, découlent de ce texte.
Kerbrat conteste le lien direct. Il parle de son train de vie général, pas d’un financement de la drogue par l’argent public, et affirme avoir remboursé environ 25 000 euros à l’Assemblée grâce à une aide familiale. On retiendra ce que les sources permettent de tenir : des retraits en liquide sur une enveloppe publique dont personne, hors le déontologue, ne contrôle vraiment l’usage. L’avance de frais de mandat est un angle mort. Cette affaire n’a fait qu’y braquer, une fois, une lampe torche.

L’aveu télévisé, et ce qu’il ne faut pas lui faire dire
Le 13 février 2025, dans un reportage d'Envoyé spécial sur France 2, Kerbrat se raconte. Interrogé sur le fait de se faire livrer, il répond par l’affirmative, avec une phrase désormais recyclée en boucle : selon l’émission, quelque chose comme « bien sûr, tout le monde le fait ». La formule est forte. Elle mérite un cadre exact, parce que c’est là que la rumeur s’engouffre.
Ce que le député décrit, c’est la livraison à domicile, le marché de la drogue devenu aussi lisse qu’une commande de sushis. Il ne décrit pas des coursiers qui franchiraient les grilles du Palais Bourbon entre deux votes. Cette scène-là, séduisante parce qu’elle boucle le récit, n’est étayée par aucune source. Nous ne l’écrivons donc pas. L’affaire est assez éloquente sans son fantasme : elle dit qu’un élu de la Nation vit dans la même économie de la livraison que le reste du pays, et qu’il a fallu un contrôle de police pour que la République s’en aperçoive.
Ce que ce retour dit de la maison
On peut trouver ce retour humain. On peut même trouver sain qu’une institution reconnaisse l’addiction comme une maladie plutôt que comme une faute morale. Mais la maladie de l’un n’efface pas la question de tous : quel est le prix, pour un représentant du peuple, d’un délit que le même peuple paierait plus cher. La réponse tient en deux chiffres qui n’ont rien de spectaculaire, quinze jours et deux mois de demi-indemnité, et c’est précisément leur banalité qui dérange. La sanction a eu lieu. Elle n’a pas coûté le siège. Entre les deux, il y a tout le sujet.
Andy Kerbrat vote de nouveau les lois de la République, dont celles qui punissent ce pour quoi il a été contrôlé. Ce n’est pas une contradiction qu’on lui reproche personnellement. C’est un miroir qu’on tend à une Assemblée qui légifère sur des vies qu’elle ne mène pas.
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