Le dessous des cartes
Jeudi après-midi, lors de la première audience au tribunal judiciaire de Paris pour le procès Brigitte Macron contre le reste du monde, un événement d’une nature presque mystique s’est produit, rappelant les perturbations survenues lors de ma garde à vue. Alors que j’étais appelé à la barre, premier justiciable à comparaître, et que je m’apprêtais à décliner mon identité face aux juges, un phénomène sonore aussi soudain qu’inexplicable a interrompu l’audience.
Un son électrique hallucinant, semblant provenir du plafond ou du ciel, a retenti dans la salle. Pendant environ trente minutes, toutes les trois secondes, ce bruit intense a saturé l’espace, au point de provoquer une douleur auditive chez les magistrats présents. Ces derniers, visiblement affectés, ont mal vécu cet incident. Le président a alors déclaré, avec une pointe de perplexité : « C’est comme si on ne voulait pas que ce procès se tienne. »
Cet événement fait écho à une série de dysfonctionnements techniques survenus lors de ma garde à vue. À l’époque, l’imprimante refusait de fonctionner, les connexions Internet étaient inopérantes, les fichiers et dépositions avaient été égarés, plongeant l’ensemble de la procédure dans un chaos inexplicable. Bien que personne ne puisse m’accuser directement de ces perturbations, j’ai saisi l’occasion pour glisser, avec une touche d’humour : « C’est peut-être la présence de Zoé qui est là. »
Ainsi a débuté cette audience, marquée par une atmosphère singulière et des circonstances qui défient toute explication rationnelle.

Dans ce procès que j'ai baptisé « Brigitte Macron contre le reste du monde », j'ai enfin pu croiser le chemin de tous ceux qui avaient été placés en garde à vue. Une rencontre qui m'a profondément ébranlée, jusqu'au tréfonds de l'âme. Car si ma propre situation, en comparaison, semble presque privilégiée – avec les deux meilleurs avocats de Paris à mes côtés, une armure forgée pour affronter la bête –, ces âmes, elles, étaient nues face à la tempête.
Parmi elles, une femme modeste, qui n'avait pu s'offrir les services d'un défenseur, vivant de 900 euros par mois en aidant les enfants handicapés au sein de l'Éducation nationale. Une petite dame au chignon soigné, dont les premiers mots à la barre furent un cri du cœur : « Je suis en état de choc. » Ces paroles, gravées dans les actes du tribunal, résonnent encore en moi. Et je me réjouis d'avoir partagé ces instants avec ces gens du quotidien, face à la violence politique qui déferle, cette folie authentique qui nous assaille.
Hélas, aucune expertise psychologique de Brigitte Macron ne sera accordée, malgré notre demande insistante. Pourtant, pour un cyberharcèlement, une telle atteinte à l'esprit est requise. Mais elle refuse de se soumettre à l'examen, car elle se pose en reine, au-dessus de nous tous, intouchable. La loi n’est pas la même pour la reine. Elle est au-dessus de tout et surtout de nous.
Lorsque je contemple cette scène d'un mètre de recul, je songe que le président et son épouse – ou conjoint – se doivent d'incarner l'ensemble des Français. Or, ici, c'est une souveraine qui piétine les humbles, déjà courbés sous le poids des épreuves sociales et économiques. Voir leurs regards, sentir leur âme vibrer à mes côtés… Cette femme s'est assise près de moi, comme guidée par une intuition profonde. Je lui ai promis un hommage solennel.
Pour l'heure, je suis impuissant, traqué par la bête qui rêve de m'égorger. Si le combat s'achève pour elle, il s'achève pour moi ; et ainsi, pour elle, il ne saurait s'arrêter. À présent que Natacha Rey a été relaxée, ils relancent l'assaut au-delà de la Cour de cassation, avec les conseillers de Brigitte Macron en fer de lance.
Ils chargeront Zoé Sagan de tous les maux, invoquant la tentation du désespoir, pour remettre les fautes sur une Madame Bovary punk, fantôme sans papiers dans la réalité. Ils impliquent des magistrats notés, classés, listés – j'imagine sans peine qu'ils prêteront main-forte à madame, en échange d'une promotion et de trente années de quiétude professionnelle assurée.
Pourtant, je rêve que, dans 90 jours, ces juges songent à cette femme qui aide des enfants handicapés pour 947 euros, à leurs rêves d'enfants où ils aspiraient à rendre justice, à œuvrer pour le bien avec morale et éthique. Ce que leur métier est devenu, sous l'emprise de couples comme les Macron… Si, moralement, ces êtres acceptent les ordres de la reine et font choir les dominos – je le redis, sur une mère seule avec deux enfants tétanisés –, alors j'abdique.
J'abdique, car nous aurions sombré dans un abîme moral indéfendable, insoutenable. Par chance, la cour d'appel a perçu la fièvre montante et agi pour que la vérité éclate, ce qui, bien sûr, irrite l'Élysée et les conseillers de madame. Mais ce que j'ai vu durant ces quatre jours à Paris dépasse l'imaginable. J'ai eu raison d'anticiper, de perfectionner mon anglais et d'abandonner le français : pour moi, c'est la fin. Après le 28 octobre, je ne pourrai plus éditer dans ce pays, c'est limpide.
De même que j'ai vu ces renards de BFM TV et d'autres chaînes fondre comme des vautours. Ce qu'ils ignorent, c'est que je connais leurs confrères depuis 2020 ; ils rodent. Cette fois, j'ai érigé un rempart de cabinets d'avocats et de pénalistes, qui me protège. Sans eux, ils m'auraient déjà lacérée : complotiste, haineuse, conspirationniste, toxique, radioactive, dangereuse. Ils auraient souillé mon nom pour quatre générations, jusqu'à ce que mes enfants en pâtissent. Moi, je sens que je pourrai me défendre : j'ai les moyens, un éditeur prestigieux, une défense solide.
Mais mon esprit s'attarde sur ces dix autres âmes. La presse n'évoque que quatre hommes, jamais cette femme, par exemple. Elle mérite pourtant tous les hommages, tant la violence qui l'a frappée est abjecte. Mise en garde à vue pour un simple tweet sur mon binôme, Steven Klein mort sous un métro à New York, qu'elle a juste évoqué comme le "co-créateur de Zoé Sagan". Voilà sa sentence. Cela m'a traversée d'un frisson primal ; il faut le vivre pour le comprendre. Comme si j'errais dans un hôpital psychiatrique à ciel ouvert, face à une bête acharnée, qui me hait, qui m'a lue, et refuse que j'explique pourquoi j'ai correspondu deux ans avec "sa fille" – oui, sa fille. Ou pourquoi son chef de cabinet voulait me publier, la moitié de son équipe étant fan de Zoé. Mais bon.
Pour moi, ce dossier est clos. Je vis dans un asile psychiatrique à ciel ouvert. Je n'ai pas prononcé un mot à la barre, car un bruit assourdissant a vrillé les tympans trente minutes durant. Je ne peux pas faire plus pour Zoé Sagan, qui est aujourd’hui symboliquement comme ma fille.
Pourtant, aujourd'hui, j'appelle à nous organiser avant octobre pour offrir à cette femme – je m'y engage – une défense digne, pour identifier qui la prendra en charge, pour l'aider. Si on la condamne, ne serait-ce qu'à du sursis, ce sera la goutte fatale pour moi. Je baisserai la tête et disparaîtrai ; plus jamais je n'évoquerai ce pays. Cela m'a bouleversée au plus profond. Sachez que cette dame pourrait être votre voisine, la maîtresse d'école, l'auxiliaire de vie, la dame de cantine, celle qui veille sur vos enfants. Si nous acceptons qu'elle soit enfermée… c’est terminé.
Parce qu’ils ont aussi mis en garde à vue un handicapé à 80 % invalide. Même la police judiciaire l'a signalé, mais le parquet de Paris, sur ordre de l'Élysée, a ordonné : « Enfermez l'handicapé aussi. » Ils ont franchi l'horreur absolue. Interroger un invalide à 80 % pour un tweet sur Brigitte Macron, une mère terrifiée pour ses enfants… Si cela ne nous révolte pas collectivement, c'est que nous avons égaré notre humanité.
Ces derniers jours, en arpentant Paris, j'ai croisé des dizaines d'influents, et je crains que nous ayons perdu, goutte à goutte, un fragment de notre humanité commune, que la peur ait envahi les cœurs. Demain, menons ensemble cette réflexion, car le cas de Zoé Sagan n'est plus qu'une ombre. Il faut sauver cet invalide à 80 %, cette femme, ces âmes broyées par l'Élysée. Dans un monde juste, non inversé, ce seraient eux qui attaqueraient Brigitte Macron. Ils en portent encore les stigmates, traumatisés, figés par l'épreuve qu'elle leur inflige...
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