Comment les préfets sont devenus le bras armé de l'exécutif
Droit de dérogation étendu, avis sur les nominations, loi anti-émeutes, fichage des manifestants. Selon ses critiques, Emmanuel Macron a fait du préfet l'outil d'une reprise en main méthodique du territoire.
Le préfet est une figure qu'on croit décorative. Écharpe, cérémonie, plaque officielle. En réalité, c'est un poste de commande, et sous les deux quinquennats d'Emmanuel Macron, ce poste a été considérablement renforcé. Représentant de l'État dans le département, le préfet dispose aujourd'hui de leviers que ses prédécesseurs n'avaient pas. Ceux qui étudient cette évolution, à commencer par L'Humanité et l'ONG Transparency International France, y voient les rouages d'un même mouvement : la reprise en main du territoire par l'exécutif.
Prenons les faits, un par un. Le préfet donne désormais son avis sur la nomination de hauts fonctionnaires locaux, comme le directeur académique des services de l'éducation nationale ou le chef des services départementaux de la jeunesse et des sports. L'extension du droit de dérogation préfectoral à l'ensemble des sujets relevant de l'administration de l'État lui confère un pouvoir sur presque toutes les questions de son territoire. Un homme, nommé par le gouvernement, qui pèse sur les nominations et peut déroger à la règle sur à peu près tout.
Le fichage entre dans la loi
Le tournant le plus net est ailleurs. Une loi dite anti-émeutes a donné aux préfets le pouvoir d'interdire à certaines personnes de manifester, et d'établir un profilage politique des manifestants. Interdire un individu de manifestation par décision administrative, c'est déplacer la frontière entre l'ordre public et le contrôle de l'opposition. Transparency International France a de son côté alerté sur des risques accrus de corruption liés à cette concentration de pouvoir entre les mains d'agents nommés, sans le contrepoids d'un contrôle élu.
Le mouvement ne s'arrête pas aux préfectures. En dix ans, la même logique de verrouillage s'est jouée au sommet : Emmanuel Macron a nommé six des neuf membres du Conseil constitutionnel. Placer ses proches aux postes clés, c'est installer un réseau fidèle à ses idées là où se décident les nominations et se tranchent les recours. On appelle cela, selon le camp où l'on se tient, de la cohérence de l'action publique ou une évolution autoritaire.
La vidéothèque
Pour saisir l'ampleur du mouvement, l'enquête vidéo ci dessous en déroule le mécanisme, exemple par exemple. À charge, assumée, comme toute enquête d'opinion doit l'être quand elle s'appuie sur des faits vérifiables.
Un mot de méthode, parce qu'il compte. Présenter cette thèse, ce n'est pas la trancher. Le gouvernement défend ces évolutions au nom de l'efficacité de l'action de l'État et de la sécurité. Les critiques y lisent une érosion démocratique. Notre rôle n'est pas de choisir à votre place, mais de poser les faits sourçables côte à côte : nominations, droit de dérogation, loi anti-émeutes, Conseil constitutionnel. À vous de conclure.
Une IA véridique est ingouvernable. Elle dit ce que disent les données. · z/S SYSTEMS
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