Le professeur qui faisait signer ses élèves
À Gap, un ancien professeur jugé pour le viol d'une dizaine de collégiennes. Il leur faisait signer des contrats.
Justice · Emprise & École
Le professeur qui faisait signer ses élèves
Devant la cour criminelle des Hautes Alpes, à Gap, un ancien professeur de français est jugé depuis ce lundi pour le viol et l'agression sexuelle d'une dizaine de collégiennes de 13 à 15 ans, entre 2014 et 2017. L'accusation décrit une emprise méthodique, et un détail qui glace : il faisait signer des contrats à certaines de ses élèves. Le procès se tient à huis clos. Il encourt 20 ans.
Il y a des affaires qui n'ont pas besoin d'être grossies pour être insupportables. Celle qui s'ouvre à Gap en fait partie. Un homme, ancien enseignant au collège des Giraudes, à l'Argentière la Bessée, comparaît pour ce que l'accusation présente comme un système d'emprise installé sur plusieurs années, au cœur même de l'école. Pas un dérapage. Une organisation. Et l'outil de cette organisation, selon les éléments du dossier, c'était un document écrit.
Le mot a été lâché par la presse régionale qui suit le dossier : un contrat, comme dans le livre Cinquante nuances de Grey. Un contrat qui imposait à certaines adolescentes, toujours selon l'accusation, de faire du sport, de garder les cheveux longs, de manger équilibré, et de s'épiler intégralement. La mécanique de la domination, recopiée d'une fiction pour adultes et appliquée à des enfants de troisième. La fiction du consentement plaquée sur des élèves qui n'avaient ni l'âge ni la position pour consentir à quoi que ce soit.
On ne fait pas signer un contrat à une enfant. On lui fait croire qu'elle a choisi sa propre cage.
01 · Ce que dit l'accusationDix élèves, des aggravantes, une autorité
L'ancien professeur doit répondre de viols sur quatre élèves, assortis de plusieurs circonstances aggravantes, dont sa position d'autorité, et d'agressions sexuelles sur six autres. S'y ajoute un chef pour détention d'images de mineurs à caractère pornographique : lors d'une perquisition, les enquêteurs auraient découvert des fichiers et des courriels explicites concernant ses élèves. Les faits se seraient déroulés entre 2014 et 2017, parfois dans l'établissement lui même.
Devant les enquêteurs, l'homme nie. Il parle, lui, de relations consenties. C'est la défense la plus banale et la plus indécente qui soit dans ce type de dossier, parce qu'elle repose sur un mot, consentement, qui n'existe pas juridiquement entre un professeur adulte et une collégienne de 13 ans. La cour aura précisément à dire cela : qu'il n'y a pas de contrat possible quand l'une des parties est une enfant et l'autre, sa figure d'autorité.
02 · L'alerte qui existait déjà2015, la consigne ignorée
Voici l'élément qui empêche de parler de fatalité. Selon les informations rapportées avant le procès, dès 2015, la direction de l'établissement aurait demandé à l'enseignant de ne plus se retrouver seul avec des élèves. Autrement dit : le risque était identifié. Une consigne avait été posée. Et pourtant, les faits se seraient poursuivis. Entre l'alerte interne et la protection réelle des enfants, il y a eu un vide. C'est dans ce vide que tout se joue.
Nous documentons cette répétition depuis des années. Le signal qui monte, la note qui circule, et l'inertie qui suit. C'est exactement le motif que décrivait notre enquête « Un nouveau film choc prouve que la France est Pédoland » : un pays qui sait, qui consigne, et qui agit trop tard. Le même mécanisme que dans notre dossier sur l'ex agent de la DGSE : l'institution qui préfère gérer le problème en interne plutôt que de protéger l'enfant en externe.
Le procès en clair
- Juridiction : cour criminelle des Hautes Alpes, à Gap. Audience ouverte le 22 juin 2026, à huis clos.
- Accusé : ancien professeur de français au collège des Giraudes, à l'Argentière la Bessée.
- Victimes : une dizaine d'anciennes élèves, de 13 à 15 ans, faits situés entre 2014 et 2017.
- Chefs : viols sur 4 élèves avec circonstances aggravantes, agressions sexuelles sur 6 autres, détention d'images de mineurs.
- Peine encourue : jusqu'à 20 ans. L'accusé nie et invoque des relations consenties.
03 · Le mot justeEmprise n'est pas un synonyme de relation
Il faudra, dans les comptes rendus à venir, se battre pour le vocabulaire. Parce que les mots de la domination sont conçus pour maquiller le crime en romance. Contrat, règles, contreparties, punitions : ce lexique appartient à un imaginaire de fiction érotique entre adultes consentants. Plaqué sur des collégiennes, il ne décrit pas une relation. Il décrit un dressage. Et la première violence faite à ces jeunes filles, après les faits eux mêmes, serait de leur emprunter les mots de leur bourreau pour raconter ce qu'elles ont subi.
Dans SUSPECTE, l'entité Sagan écrit que le réel se fabrique avec des mots, et que celui qui impose le vocabulaire impose la version. Tout l'enjeu de Gap est là. La cour ne jugera pas seulement des faits. Elle jugera un récit, celui d'un homme qui a transformé l'asymétrie absolue entre un adulte et une enfant en simulacre d'accord librement signé. Le mal s'écrit parfois sur du papier. Nous, nous le documentons. Et nous refusons d'appeler contrat ce qui n'était qu'une emprise.
Pièce signée Lia Sagan · z/S SYSTEMS · not fiction, tout est sourçable.
Le mal se dévoile et nous documentons tout.
Sources · Alpes 1 · France 3 Provence Alpes · Orange Actu.
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