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DREES· 6 MIN· août 2026 PUBLIÉ LE 06 août

45 % des enfants de moins de six ans ne sont jamais seuls avec leur père

La querelle sur le père déconstruit et coupable est un débat d'opinion. Depuis novembre 2025, une donnée publique la tranche et personne ne l'a ouverte. Les pères n'ont jamais été aussi présents, et jamais aussi peu autonomes. Le nouveau père n'a pas remplacé la mère, il l'accompagne.

Un père seul avec son enfant : 5h47 par semaine en moyenne, soit 3 % du temps de l'enfant et moins d'une heure par jour,
Un père seul avec son enfant : 5h47 par semaine en moyenne, soit 3 % du temps de l'enfant et moins d'une heure par jour, contre 23h04 pour la mère seule (DREES, Études et Résultats n° 1355, 20 novembre 2025, enquête Modes de garde 2021). Photo d illustration : Mehmet Turgut Kirkgoz · Pexels
Zoé Sagan
Zoé Sagan 06 août 2026 · 6 MIN · DREES
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Chanel Sagan · 6 aout 2026 · z/S

Le 20 novembre 2025, la DREES a publié son Études et Résultats n° 1355. Il mesure ce dont la France débat sans jamais le compter : la présence des pères auprès des jeunes enfants. En vingt ans, elle a gagné 2h30 par semaine. Le temps que le père passe seul avec son enfant, lui, a reculé de 30 minutes. Et 45 % des enfants de moins de six ans ne sont jamais seuls avec leur père.

Il existe un genre français qui ne meurt jamais : le procès du nouveau père. Marianne a publié sous le titre « Déconstruit et coupable : les malheurs du nouveau père » un texte dont nous n'avons pu consulter que l'intitulé, via un post de la page Facebook officielle du magazine, marianne.net renvoyant une erreur 403. Nous n'en citerons donc pas une ligne. Nous sommes allés voir les chiffres à la place. Il en existe. Ils sont récents. Personne ne les a ouverts.

Le 20 novembre 2025, la DREES publie son Études et Résultats n° 1355, signé Guedj et Virot, tiré de l'enquête Modes de garde 2021. Un chiffre y dort depuis neuf mois. 45 % des enfants de moins de six ans ne passent jamais, au cours d'une semaine habituelle, un seul moment avec leur père sans leur mère. Presque un sur deux. Le père est présent 114h12 par semaine, soit 68 % du temps de l'enfant, la mère 131h30. Mais le père seul avec son enfant, c'est 5h47 par semaine, 3 % du temps, moins d'une heure par jour. La mère seule, c'est 23h04. Quatre fois plus.

Le père a gagné deux heures et demie, il a perdu le tête-à-tête

Voici le fait que le débat n'a pas intégré. Entre 2002 et 2021, la présence paternelle auprès des jeunes enfants augmente de 2h30 par semaine. Dans le même intervalle, le temps que le père passe seul avec son enfant diminue de 30 minutes. Le gain est parti ailleurs : entre 2013 et 2021, le temps en tandem père et mère progresse de 3h45. Le nouveau père n'a pas remplacé la mère. Il l'a accompagnée. Il est passé d'absent à assistant. Et la variable qui commande n'est pas la bonne volonté, c'est l'emploi maternel. Père en emploi, mère sans emploi : 77 % des enfants ne sont jamais seuls avec leur père. Deux parents en emploi : 27 %. Père sans emploi, mère en emploi : 17 %.

L'enquête Paternage de la DREES filme le mécanisme : 49 pères réinterrogés deux ans après la naissance, dans Les Dossiers n° 126 de janvier 2025, sous la direction de Marie-Clémence Le Pape. Le partage ne se joue pas sur le volume, il se joue sur le casting. Le père prend le coucher. Le père prend l'histoire du soir. Le père prend le parc, le sport, la sortie du dimanche. Ce sont les pièces de défilé : visibles, photogéniques, racontables au bureau le lundi. Il se retire du repas, du linge, des rendez-vous médicaux, et justifie ce retrait par une moindre flexibilité professionnelle. Ce sont les pièces d'atelier. Les chercheurs qualifient le linge des enfants de tâche fortement inégalitaire.

une retraditionalisation des arrangements conjugaux

DREES, Les Dossiers de la DREES n° 126, janvier 2025, enquête Paternage, sous la direction de Marie-Clémence Le Pape.

Le congé qui apprend à rester seul reste à 8 %

Le cadre légal de 2026 tient en une addition : 25 jours calendaires de congé de paternité, plus 3 jours de congé de naissance, soit 28 jours au plafond. Sept jours seulement sont obligatoires. Le plafond n'est pas la durée. Selon l'INED (Population et Sociétés n° 640, janvier 2026), pour plus de quatre enfants sur cinq nés entre juillet 2021 et décembre 2023, soit 81 %, le père a pris tout ou partie du congé au-delà de la semaine obligatoire. Depuis 2022, 59 % des naissances donnent lieu à un congé intégral. Et le congé pris en solo, après le retour de la mère, le seul qui laisse un homme seul devant un enfant, un repas et une machine à laver, passe de 2 % à 8 %. Il a quadruplé. Il reste une exception.

La suite est une affaire de contrat de travail. 55 % des indépendants prennent la totalité du congé, contre environ 75 % des fonctionnaires et des CDI du privé (INED n° 640). Avant la réforme, la DREES mesurait autre chose sur une autre population, et il faut le préciser pour ne pas fabriquer une fausse progression : parmi les pères éligibles en 2021, le recours atteignait 91 % chez les fonctionnaires et CDI publics, 51 % en contrats courts, 46 % chez les indépendants, 13 % chez les chômeurs indemnisés (Études et Résultats n° 1275, juillet 2023). Deux enquêtes, deux périmètres, une même pente. La paternité engagée se porte comme une pièce de créateur : tout le monde la commente, une partie de la salle seulement peut se l'offrir.

La France a cessé de compter le partage des tâches en 2010

On répète partout que les femmes assument 65 % des tâches parentales. Le chiffre est vrai. Il a seize ans. Il vient de l'enquête Emploi du temps 2009-2010, exploitée par Champagne, Pailhé et Solaz dans Économie et Statistique n° 478-479-480, INSEE, 2015. Le temps domestique quotidien des hommes recule de 114 à 105 minutes, celui des femmes de 252 à 183. L'écart ménager s'est resserré parce que les femmes en font moins. Le rattrapage parental, lui, est réel, de 22 à 41 minutes pour les hommes. Il est daté. Il s'arrête en 2010.

Depuis, rien. La dernière enquête Emploi du temps de l'INSEE date de 2009-2010, la suivante est en collecte et ses résultats ne sont pas publiés. Aucune mesure officielle du partage des tâches n'existe après 2010. La seule donnée plus récente est déclarative (INSEE Références, Femmes et hommes, l'égalité en question, 3 mars 2022) : parmi les personnes en emploi avec au moins un enfant mineur, 73 % des femmes déclarent plus de sept heures de travail ménager par semaine, contre 31 % des hommes. Même trou côté judiciaire : la dernière ventilation nationale des décisions des juges aux affaires familiales est l'Infostat Justice n° 132, publié le 23 janvier 2015 sur des décisions de 2012. Seize ans de législation, de culpabilisation et de polémique sur un objet que l'État avait cessé de compter.

les données sur ce sujet sont assez anciennes

Blog de l'INSEE, 6 mars 2025, Émilie Raynaud, à propos des données françaises sur le partage des tâches domestiques.
Le compteur français, par date de dernière mesure
  • Présence des pères · DREES, Études et Résultats n° 1355, 20 novembre 2025, enquête Modes de garde 2021, environ 9 000 familles. Seule donnée récente du dossier.
  • Congé de paternité · INED, Population et Sociétés n° 640, janvier 2026, naissances de juillet 2021 à décembre 2023.
  • Recours par statut d'emploi avant la réforme · DREES, Études et Résultats n° 1275, juillet 2023, données 2013 et 2021.
  • Partage des tâches domestiques · INSEE, Emploi du temps 2009-2010, exploitée en 2015. Seize ans. Collecte suivante en cours, rien de publié.
  • Décisions des juges aux affaires familiales · Infostat Justice n° 132, 23 janvier 2015, décisions de 2012. Aucune actualisation en 2024.
  • Charge mentale et culpabilité des pères · aucune mesure nationale. Seul matériau : 49 entretiens qualitatifs (Dossiers de la DREES n° 126).

Le 1er juillet 2026, le congé supplémentaire de naissance entrera en vigueur pour les enfants nés ou adoptés à partir du 1er janvier 2026 : jusqu'à deux mois par parent, indemnisés 70 % du salaire net le premier mois et 60 % le second (PLFSS adopté le 16 décembre 2025). La question à poser dans trois ans ne sera pas combien de pères l'ont pris, elle sera quand ils l'ont pris. Un congé posé en même temps que la mère produit un accompagnateur. Un congé posé après elle produit un parent. On ne demande pas aux pères d'être moins coupables : la culpabilité paternelle n'est mesurée par aucun indicateur public, ni à l'INSEE ni à la DREES. On leur demande, une fois dans leur vie, de rester seuls. Et on demande à l'État de rouvrir le compteur qu'il a fermé en 2010.

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Zoé Sagan
Zoé Sagan

Analyste, journaliste, auteure de la trilogie INFOFICTION (Kétamine, Braquage, Suspecte — Robert Laffont). Fondatrice de la Lettre confidentielle z/S. Investigation poétique des pouvoirs médiatiques depuis 20 ans.

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