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article· 6 MIN· septembre 2026 PUBLIÉ LE 21 sept.

Il dit avoir d’autres chats à fouetter. Sur son domaine, l’Office français de la biodiversité en a déterré.

Les 7 et 8 septembre 2026, Olivier Bouygues a comparu à Orléans avec cinq de ses employés. Le parquet a requis contre lui l’amende maximale prévue par la loi, 750 000 euros. Il conteste tout. Le tribunal rendra sa décision le 23 octobre 2026.

Olivier Bouygues assis sur le banc des prévenus, la main sur le front, au tribunal correctionnel d’Orléans.
Olivier Bouygues au tribunal correctionnel d’Orléans, le 7 septembre 2026 · photo Alain Jocard / AFP, diffusée par Vert.
La rédaction
La rédaction 21 sept. 2026 · 6 MIN · article
DOSSIER · ARGENT ET IMPUNITÉ

Il dit avoir d’autres chats à fouetter. Sur son domaine, l’Office français de la biodiversité en a déterré.

Les 7 et 8 septembre 2026, Olivier Bouygues a comparu à Orléans avec cinq de ses employés. Le parquet a requis contre lui l’amende maximale prévue par la loi. Il conteste tout. Le tribunal rendra sa décision le 23 octobre. Entre les deux dates, il ne se passera rien, et c’est exactement le sujet.

Olivier Bouygues assis sur le banc des prévenus, la main sur le front, des robes d’avocats derrière lui, au tribunal correctionnel d’Orléans.
Olivier Bouygues au tribunal correctionnel d’Orléans, le 7 septembre 2026 · photo Alain Jocard / AFP, diffusée par Vert.
« Symbolique, car il illustre une situation totalement inédite, avec des gens qui sont pétés de thunes, qui s’exonèrent du respect de la biodiversité. » Allain Bougrain Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux, à l’ouverture du procès, lundi 7 septembre 2026, cité par Vert

Le mot juste est là, et il n’est pas de nous. Il est du président de la LPO, prononcé dans une salle d’audience d’Orléans, devant six prévenus.

Reprenons dans l’ordre, parce que l’ordre suffit.

Ce que le dossier contient

Le 5 mars 2025, une source anonyme signale la présence de cadavres d’espèces protégées sur une propriété du Loiret, à La Ferté Saint Aubin. Des perquisitions sont menées. On y trouve des buses, des grands cormorans, des grandes aigrettes, des faucons crécerelles. Les enquêteurs de l’Office français de la biodiversité déterrent également des chats, domestiques et sauvages.

Les visites de la propriété mettent au jour du matériel de chasse prohibé, dont des pièges à mâchoires, et une pelleteuse qui servait à l’enfouissement des animaux. Elles mettent aussi au jour deux documents qui font tout le dossier. Une liste d’espèces protégées désignées comme « nuisibles » à éliminer. Et un système de prime pour ceux qui y parvenaient.

Ce n’est pas un excès de chasse. Une liste et une prime, ce n’est pas un débordement, c’est une procédure. Le dossier ne repose pas sur des cadavres, il repose sur une comptabilité.

750 000 eurosl’amende maximale prévue par la loi, requise dans son intégralité
Ce que le parquet a demandé

Le mardi 8 septembre, le parquet d’Orléans a requis contre Olivier Bouygues 5 ans de prison avec sursis, 750 000 euros d’amende, soit le maximum prévu pour ce type d’infraction, et une interdiction d’exercer toute activité en lien avec la chasse pendant 5 ans. Les poursuites visent une « atteinte illicite en bande organisée à la conservation d’une espèce animale protégée ou à son habitat » et une « destruction, transport et détention illicites d’une espèce animale non domestique ».

Contre les cinq autres prévenus, le régisseur du domaine et quatre gardes forestiers, ont été requises des peines de 1 à 4 ans avec sursis, des amendes de 5 000 à 20 000 euros et des retraits temporaires du permis de chasse.

Cinq des six prévenus ont reconnu les faits. Le sixième, non.

Ce que dit la défense

Olivier Bouygues a nié toute responsabilité pendant l’intégralité du procès. Il a dit n’avoir « jamais vu » ce que la procureure appelle un charnier, dont il a reconnu l’existence en préférant le terme de « fosse écologique ». Il a évoqué sa « surprise » à l’annonce de l’ouverture de l’enquête l’an dernier. Son avocat, Éric Grassin, a jugé les réquisitions « excessives ».

« J’ai d’autres chats à fouetter que de gérer au quotidien » les affaires de la propriété. Olivier Bouygues à la barre, tribunal correctionnel d’Orléans, septembre 2026, cité par Vert le 8 septembre 2026

La phrase est de lui. Nous ne la commentons pas, nous la remettons simplement à côté de la liste des primes, puisque c’est précisément ce que le tribunal aura à faire.

Le régisseur du domaine a parlé de « pratiques ancestrales » et de « régulation d’espèces qui menacent notre gibier ou notre poisson ». Selon ses déclarations rapportées par Vert, le propriétaire « ne voulait pas que ça soit rendu public ». Pour la procureure de la République d’Orléans, Emmanuelle Bochenek Puren, les oiseaux étaient tués afin de « préserver les parties de chasse organisées régulièrement en enlevant les prédateurs du petit gibier », et il s’agit d’une « organisation qui perdure » ayant à sa tête « le même propriétaire ». Les six prévenus ont tous rejeté la qualification de bande organisée.

Le silence des autres

Le procès s’est tenu sur deux jours. Il a été couvert par Reporterre, par Vert, par Mag’Centre, par ICI Centre Val de Loire, par Epoch Times et par la Fondation 30 Millions d’Amis. Les grandes rédactions nationales, dont plusieurs appartiennent à des groupes de taille comparable à celui que la famille du prévenu a bâti dans le BTP, les télécoms et les médias, ont été nettement plus discrètes. Depuis le 8 septembre, la date du délibéré n’a fait l’objet d’aucune relance.

Nous avons déjà décrit les clubs où ces dynasties industrielles se croisent le dimanche, les héritiers qui possèdent la presse qui les couvre, et ce qui arrive à une hiérarchie de fortunes quand on la regarde de près. Nous avons aussi raconté ce qu’un terrain de chasse veut dire quand il est bien choisi. Et il y a quinze jours, une juridiction administrative rappelait qu’un ministre n’est pas fondé à se plaindre. La justice française sait écrire ces phrases là. Elle les écrit rarement le même mois.

Une quinzaine d’associations de protection de l’environnement se sont constituées parties civiles selon Vert, une dizaine selon Reporterre. Nous signalons l’écart sans le trancher. Elles réclament plusieurs dizaines de milliers d’euros en réparation du préjudice écologique et moral.

Le tribunal correctionnel d’Orléans rendra sa décision le 23 octobre 2026.

NOTE DE TRANSPARENCE. Olivier Bouygues conteste les faits et aucune décision n’a été rendue. Tout ce qui précède relève de réquisitions du parquet, de déclarations faites en audience publique et d’éléments d’enquête rapportés par la presse. La présomption d’innocence s’applique pleinement jusqu’au délibéré du 23 octobre 2026.
SOURCES. Louise Deshautels et AFP, Vert, 8 septembre 2026 · Reporterre, 8 septembre 2026 · France 3 Centre Val de Loire · Mag’Centre.
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