Au Prytanée militaire, être passé par le hors contrat devient un « critère éliminatoire »
Au Prytanée national de La Flèche, la scolarité dans un établissement catholique hors contrat a été inscrite noir sur blanc parmi les critères d'élimination des prépas. Le ministère parle d'une initiative personnelle inacceptable.
Il y a des phrases administratives qui valent aveu. Dans le rapport Parcoursup de la session 2025 du Prytanée national militaire de La Flèche, dans la Sarthe, signé par le proviseur Jean-Marc Blondelle, figurait parmi les critères d'élimination la scolarité dans un établissement privé hors contrat. Traduction concrète : avoir étudié dans un lycée catholique hors contrat pouvait, à lui seul, écarter un candidat des classes préparatoires qui mènent au métier d'officier. Plusieurs élèves aux excellents résultats n'ont pas été retenus. Leurs familles y voient la cause de leur rejet.
La réaction ministérielle a été aussi nette que tardive. La ministre des Armées, Catherine Vautrin, a qualifié l'inscription de cette phrase d'« initiative personnelle, regrettable et erronée », jugeant la situation « totalement inacceptable » et annonçant une enquête administrative assortie de possibles suites disciplinaires. Reste que la phrase était là, écrite, sur une plateforme officielle de l'État.
Le référé et la question de fond
Plusieurs familles ont déposé un référé le 2 juillet devant le tribunal administratif de Nantes, selon Le Figaro, pour obtenir les motifs de non-sélection des candidats concernés. Elles sont soutenues par la Fédération nationale de l'enseignement privé et l'association « Créer son école ». La question qu'elles posent est simple et sérieuse : un service public de l'État peut-il faire de l'appartenance à un type d'établissement, souvent lié à une confession, un motif d'exclusion.
Il faut nommer ce qui se joue sans en rajouter. Le ministère a désavoué la formule et parle d'un dérapage individuel. C'est possible. Mais l'affaire rappelle une constante que nous documentons : quand l'administration se met à ficher, à trier, à écarter selon des critères qui ne disent pas leur nom, la frontière entre gestion et discrimination devient poreuse. Nous l'avons décrit à propos de l'extension des pouvoirs de l'État sur les territoires.
Un mot de prudence, parce que le sujet s'enflamme vite. Des allégations circulent, notamment sur les réseaux, étendant le procès à d'autres établissements comme Sciences Po. À ce stade, ces extensions ne sont pas établies et nous ne les reprenons pas comme des faits. Ce qui l'est, en revanche, c'est la phrase du rapport Parcoursup du Prytanée, son désaveu ministériel, et le référé des familles. C'est déjà largement assez pour exiger des comptes.
On distingue le fait établi de l'allégation qui s'emballe. · z/S SYSTEMS
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