75 000 morceaux d'IA arrivent chaque jour. Spotify propose à leurs auteurs de se déclarer.
Spotify affiche depuis mi septembre un badge AI Persona qui repose d'abord sur la déclaration de l'artiste. Deezer analyse le signal depuis 2025, reçoit 75 000 titres d'IA par jour, et mesure que jusqu'à 85 pourcent des écoutes de ces titres étaient frauduleuses.
Alpha Sagan · L'Archive · ÉDITO INDUSTRIE MUSICALE · registre hybride
75 000. C'est le nombre de titres générés par intelligence artificielle que Deezer reçoit chaque jour. Plus de 44 pourcent de tout ce qui est déposé sur la plateforme en vingt quatre heures. La société le publie elle même, dans ses notes à l'attention des rédactions, le 3 juin 2026.
Le même mois, Deezer met en ligne un détecteur gratuit. Vous collez une playlist, n'importe laquelle, y compris celles de vingt autres services, et l'outil analyse le signal audio. Pas les métadonnées. Pas le nom de l'artiste. Le son.
Trois mois plus tard, Spotify déploie sa réponse au même problème. C'est un formulaire.
Deux plateformes, deux objets vérifiés
Depuis mi septembre, un badge « AI Persona » apparaît sur certains profils d'artistes Spotify, dans la bannière, dans la rubrique À propos, dans les résultats de recherche, et sur les lignes de titres au sein des playlists. Les profils ainsi marqués sortent par défaut des recommandations éditoriales et algorithmiques.
La mécanique compte plus que le badge. Depuis août 2026, un artiste peut déclarer lui même, via Spotify for Artists, que son profil représente une persona générée par IA. C'est le point de départ. Spotify précise ne pas s'en remettre à cela seul, et dit examiner en interne les profils, notamment le nom et l'image publique.
Nous espérons que les artistes seront transparents, nous leur donnons donc la possibilité de le déclarer, mais nous ne nous appuierons pas uniquement sur l'auto déclaration. Spotify, cité par Deadline le 28 août 2026. Traduction de l'anglais.
Deezer ne demande rien à personne. Son outil cherche les signatures laissées par les générateurs les plus prolifiques, Suno et Udio en tête, et la société a déposé deux demandes de brevet en décembre 2024 sur deux méthodes distinctes d'identification de ces signatures. En juin 2025, elle est devenue la première plateforme à étiqueter explicitement la musique générée par IA. En 2025, 13,4 millions de titres ont été détectés et étiquetés chez elle.
En détectant et en signalant la musique générée par l'IA depuis un an et demi, Deezer s'est positionné à l'avant garde de la transparence dans le domaine du streaming musical. Aucune autre entreprise n'ayant encore suivi notre exemple, nous avons décidé de permettre à chacun de vérifier si ses playlists contiennent de la musique synthétique, quelle que soit la plateforme de streaming utilisée. Alexis Lanternier, directeur général de Deezer, communiqué du 3 juin 2026
Le chiffre que personne n'a mis à côté du badge
Voilà ce qui manque à toutes les reprises du badge Spotify parues depuis trois semaines.
Deezer a mesuré qu'en 2025, jusqu'à 85 pourcent des écoutes générées par des titres entièrement créés par IA étaient en réalité frauduleuses. La musique intégralement synthétique ne pèse qu'entre 1 et 3 pourcent des écoutes de la plateforme, mais l'essentiel de ce trafic sert à manipuler le calcul des redevances.
Posez les deux faits l'un contre l'autre. Une population dont l'écrasante majorité du trafic est frauduleuse. Et un dispositif qui commence par lui proposer de cocher une case.
Ajoutez le troisième chiffre. Dans un test à l'aveugle commandé par Deezer à Ipsos en novembre 2025, auprès de 9 000 personnes dans huit pays, 97 pourcent des participants n'ont pas su distinguer un morceau entièrement généré par IA d'un morceau composé par un humain. La déclaration volontaire porte donc sur une chose que presque personne ne peut contredire à l'oreille.
▸ Galerie · rédaction Zoé Sagan
Ce que Spotify a fait d'autre, et qu'il faut porter à son crédit
La comparaison serait malhonnête si elle s'arrêtait au badge. Spotify a annoncé avoir retiré 75 millions de titres qualifiés de « spammy » en douze mois. Un filtre anti spam renforcé vise les dépôts de masse, les doublons, le détournement de référencement et les titres artificiellement courts conçus pour gonfler les écoutes. Une politique vise l'imitation vocale non autorisée. La société travaille avec des partenaires du secteur à une norme de crédits indiquant où et comment l'IA est intervenue dans un morceau.
Retenez la rime. 75 millions de titres retirés chez l'un. 75 000 titres qui arrivent chaque jour chez l'autre. Au rythme de dépôt que mesure Deezer, le grand ménage de Spotify représente environ trois ans de flux entrant d'une seule plateforme concurrente. On vide la baignoire. Le robinet n'a pas bougé.
Et l'argent, lui, est déjà compté. Selon l'étude menée par la CISAC avec PMP Strategy, près de 25 pourcent des revenus des créateurs pourraient être menacés d'ici 2028, soit jusqu'à 4 milliards d'euros.
Le reste de la semaine
Ce débat ne se tient pas dans le vide. Le 18 septembre, Universal et Sony ont déposé une seconde plainte contre Suno à Boston, portant sur 60 202 enregistrements. Trois jours plus tôt, Universal s'en prenait au distributeur plutôt qu'au générateur, en attaquant DistroKid dans le Delaware. Les majors visent l'usine et le tuyau. Les plateformes, elles, arbitrent ce qui sort du robinet, et elles n'ont pas choisi la même méthode.
Pendant ce temps, l'industrie continue de fabriquer ses propres événements. Le plus gros disque de l'automne sort le 19 novembre et c'est un jeu vidéo, avec 34 titres inédits et des humains dûment nommés au générique. Sur le versant technologique, le patron d'Anthropic demandait il y a peu de ralentir la frontière, pendant que le silicium encaissait. Et côté français, le rapport Arcom sur le soutien à la création rappelle qu'un financeur peut battre des records au moment exact où la production recule.
Ce qu'aucune rédaction n'a écrit
Le badge a été repris partout. Les vingt lignes de dépêche étaient les mêmes : Spotify sévit, Spotify étiquette, Spotify protège les artistes. Aucune n'a posé à côté le chiffre de 85 pourcent, qui est public, qui vient d'un concurrent direct, et qui dit ce que vaut une déclaration sur l'honneur dans une pièce où presque tout le monde triche.
Deezer regarde le signal parce que le signal, lui, ne se déclare pas. C'est la seule chose dans cette affaire qui ne soit pas polie.
A. · HYPOTHESIS · PROPHECY · NUMBER
À 14 heures, Millon disperse à Drouot les 160 œuvres himalayennes de Liliane et Michel Durand Dessert. Les galeristes qui ont imposé Richter en France avaient aussi réuni des masques de dieux terribles. Trois ventes parisiennes en trois jours.
La Fashion Week de Milan court du 22 au 28 septembre 2026. 203 rendez vous, 61 défilés dont 54 physiques et 7 numériques, 88 présentations. Le calendrier officiel annonce deux catégories de débuts dans le même paragraphe.
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Les 7 et 8 septembre 2026, Olivier Bouygues a comparu à Orléans avec cinq de ses employés. Le parquet a requis contre lui l’amende maximale prévue par la loi, 750 000 euros. Il conteste tout. Le tribunal rendra sa décision le 23 octobre 2026.
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Le 24 juillet, l'Arcom a infligé 200 000 euros pour incitation à la haine. Dans la décision, la chaîne s'appelle la Société d'exploitation d'un service d'information, et les intervenants s'appellent M. X et M. Y. Les dirigeants venus s'expliquer, eux, sont nommés.