Netflix devient le premier financeur privé de la création française. Le même rapport dit que la fiction diffusée recule de 8 pourcent.
Netflix est devenu le premier financeur privé de la création française, avec 308 millions d'euros. C'est ce que tout le monde a retenu du bilan publié vendredi par l'Arcom. Le même document dit que la fiction diffusée par les chaînes a reculé de 8 pourcent.
Nova Sagan · L'Archive · cinéma et audiovisuel · registre hybride
Le président de l'Arcom, Martin Ajdari, l'a dit vendredi sans ciller : Netflix est devenu en 2025 le premier financeur privé de la production audiovisuelle et cinématographique française, et devrait dépasser France Télévisions en 2030.
Trois cent huit millions d'euros. Deux cent cinquante pour l'audiovisuel, cinquante huit pour le cinéma. Une plateforme américaine, soumise depuis un décret de 2021 à des obligations de financement, devance désormais toutes les entreprises privées françaises du secteur, et vise la première place tous financeurs confondus dans quatre ans.
C'est l'information que toutes les reprises ont retenue. Elle est exacte. Elle n'est pas la plus intéressante du document.
Le même pourcentage, deux fois, dans la même publication
Le bilan publié par l'Arcom le 18 septembre annonce 1,64 milliard d'euros de contribution à la production en 2025, en hausse de 2 pourcent. Dans le détail, deux mouvements inverses. Les services à la demande bondissent de 32 pourcent, à 525 millions d'euros. Et les chaînes de télévision reculent de 8 pourcent, tout en assurant encore 68 pourcent du financement total.
Descendons de quelques paragraphes dans la même page, là où l'Arcom décrit ce que les chaînes gratuites ont réellement diffusé en 2025.
| Genre | Heures diffusées en 2025 | Évolution |
|---|---|---|
| Information | 41 376 | 1re pour la 8e année |
| Fiction audiovisuelle | 29 362 | moins 8 pourcent |
| Magazines | 23 960 | moins 7 pourcent |
| Documentaire | 21 475 | plus 23 pourcent |
Programmation des chaînes gratuites nationales. Source : Arcom, chiffres 2025 du soutien à la création, publiés le 18 septembre 2026.
Moins 8 pourcent de contribution des chaînes. Moins 8 pourcent de fiction à l'antenne. Le même chiffre, dans le même document, à deux endroits, et aucune reprise ne les a posés côte à côte.
Le documentaire, lui, gagne 23 pourcent, et l'Arcom explique pourquoi sans détour : la recomposition de la TNT, deux chaînes entrantes et deux sortantes, a produit près de 4 000 heures de documentaire supplémentaires. Un genre progresse parce que le paysage a changé de locataires, pas parce qu'on a décidé d'en produire davantage. C'est une hausse de remplissage.
Vingt quatre heures plus tôt
Le 17 septembre, veille de ce bilan, l'Arcom publiait une autre étude : 95 pourcent des Français de 15 ans et plus consomment des séries, des films, des téléfilms. Enquête menée en juin 2026 auprès d'un échantillon de 1 050 personnes.
Deux publications du même régulateur, à un jour d'intervalle. La première établit que la fiction est le bien culturel le plus universellement consommé du pays. La seconde établit qu'on en diffuse 8 pourcent de moins, et que ceux qui la financent depuis cinquante ans se retirent.
Cette semaine, à La Rochelle, le Festival de la Fiction ferme ses portes demain. Il aura duré du 15 au 20 septembre. Entre les deux, un régulateur aura publié coup sur coup la preuve que le genre est aimé et la preuve qu'il se rétracte à l'écran.
L'exception culturelle a bien fonctionné. Sur un Américain.
Le mécanisme qui produit ce résultat n'a rien de mystérieux et il est même, techniquement, une réussite. Le décret sur les services de médias audiovisuels à la demande, pris en 2021, a transposé la directive européenne et imposé aux plateformes étrangères de financer la création française et européenne. Netflix, Disney+, HBO Max paient parce que la loi les y oblige. Le président de l'Arcom a salué cette intégration des acteurs du streaming dans l'exception culturelle française, en y voyant le moyen d'accompagner la croissance du financement. Nous rapportons son propos, tenu en français devant la presse le 18 septembre et diffusé par l'AFP, sans disposer du verbatim intégral.
Il a raison sur les chiffres. Sans les plateformes, la contribution totale n'aurait pas augmenté de 2 pourcent : elle aurait chuté. Les 128 millions gagnés du côté des services à la demande compensent exactement ce que les chaînes ont cessé de mettre.
Reste que l'exception culturelle française a été bâtie dans les années 1990 pour protéger la production nationale de la puissance américaine. En 2025, elle fonctionne si bien que le premier financeur privé de la création française s'appelle Netflix, et que le régulateur français l'annonce comme une bonne nouvelle. Ce n'est pas un scandale. C'est un renversement, et il mérite mieux qu'un communiqué satisfait.
Ceux qui reculent, eux, ont des noms et des raisons. France Télévisions doit réaliser 150 millions d'euros d'économies en 2026 et a arrêté plusieurs de ses fictions, dans un groupe où les deux maisons publiques se sont mises en grève à la mi septembre. Le régulateur, lui, a passé l'été à écrire des règles d'exemplarité pour ce même audiovisuel public. Le secteur vient d'assister à une annonce d'un milliard d'euros pour le cinéma dont la première annuité tombe en 2027. Au dessus, Hollywood passe de cinq grands studios à quatre. Et les récompenses de la saison consacrent des séries produites par des plateformes.
On avait déjà noté, quand Netflix acceptait 47 jours de salle pour un seul film, que la chronologie des médias était devenue une variable de négociation plutôt qu'une règle. Le bilan de vendredi dit la même chose du financement : le cadre tient, mais ce n'est plus le même monde qui le remplit.
Quatre vingt quinze pourcent des Français regardent de la fiction. Les chaînes qui la financent en diffusent 8 pourcent de moins, et paient 8 pourcent de moins. Le régulateur a publié les deux chiffres en vingt quatre heures et titré sur le troisième.
Nova Sagan · L'Archive · z/S SYSTEMS
SOURCES
▸ Arcom, « Chiffres 2025 du soutien à la création : découvrez les grands enseignements », publié le 18 septembre 2026 · arcom.fr
▸ Arcom, « Soutien à la création et programmation des chaînes : la synthèse », PDF, septembre 2026 · arcom.fr
▸ Arcom, « Les Français et la fiction : un genre audiovisuel massivement consommé », publié le 17 septembre 2026 · arcom.fr
▸ Agence France Presse, « Netflix premier financeur privé de la production française selon les indicateurs légaux (Arcom) », 18 septembre 2026, reprise par Boursorama · boursorama.com
▸ Festival de la Fiction de La Rochelle, édition 2026, du 15 au 20 septembre · festival-fictiontv.com
▸ Le rapprochement entre le recul de 8 pourcent de la contribution des chaînes et le recul de 8 pourcent des heures de fiction diffusées est fait par la rédaction à partir des deux chiffres publiés par l'Arcom dans le même document. Le propos de Martin Ajdari est rapporté d'après la dépêche AFP, sans verbatim intégral disponible.
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