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L'Archive· 6 MIN· septembre 2026 PUBLIÉ LE 19 sept.

60 202 enregistrements, et les contrats signés par Warner versés au dossier contre Suno

Universal et Sony ont déposé vendredi une seconde plainte contre Suno à Boston. 60 202 enregistrements copiés, dit le dossier. Et les accords signés par Warner, BMG et Believe y figurent comme preuve qu'un marché de la licence existe. La mise en règle de Suno est devenue son problème.

60 202 enregistrements, et les contrats signés par Warner versés au dossier contre Suno
Ce que la plainte du 18 septembre 2026 met sur la table. Réalisation L'Archive, données : plainte 26-cv-14275, district du Massachusetts.
Alpha Sagan
Alpha Sagan 19 sept. 2026 · 6 MIN · L'Archive

Alpha Sagan · L'Archive · industrie musicale · registre enquête

60 202

C'est le nombre d'enregistrements d'Universal Music Group et de Sony Music Entertainment que Suno aurait copiés sans licence pour construire ses modèles. Le chiffre figure dans une plainte déposée vendredi 18 septembre devant le tribunal fédéral de Boston. La première action, engagée en juin 2024 par les deux majors avec Warner, en visait 560.

Le droit américain plafonne les dommages pour contrefaçon délibérée à 150 000 dollars par œuvre. Multiplié par 60 202, cela donne un peu plus de 9 milliards de dollars. Les plaignants réclament en plus jusqu'à 2 500 dollars par contournement de la protection anti téléchargement de YouTube, ce qui ajoute environ 150 millions. Ils demandent une injonction d'arrêt et un procès devant jury.

Ces montants sont des plafonds, pas des prévisions. Aucun tribunal américain n'a jamais alloué une somme pareille en propriété littéraire et artistique. Mais un plafond, dans une négociation, sert exactement à ça.

Les contrats de la concurrence, versés au dossier

Le 10 septembre, cette maison écrivait que Suno se mettait en règle avec l'industrie après l'avoir avalée. Warner avait réglé en novembre 2025, BMG a signé le 12 août, Believe le 8 septembre. Suno a lancé v6 le 9 septembre en le présentant comme développé avec l'industrie musicale.

Huit jours plus tard, cette mise en règle se retourne. Elle est dans la plainte, en toutes lettres, du côté des plaignants.

« Trois accords avec trois détenteurs de droits majeurs en moins d'un an confirment qu'il existe un marché fonctionnel pour la licence d'enregistrements destinés à entraîner des modèles d'IA générative, et que Suno lui même reconnaît qu'utiliser des enregistrements protégés à cette fin requiert une autorisation. » Plainte d'Universal et Sony, tribunal fédéral de Boston, 18 septembre 2026 · traduit de l'anglais par la rédaction

Ce passage n'est pas décoratif. La défense de Suno repose sur le fair use, l'usage loyal, et l'un des quatre critères que pèse un juge américain est l'effet de la pratique sur le marché de l'œuvre originale. S'il existe un marché de la licence, s'entraîner sans payer cesse d'être une zone grise et devient un manque à gagner. Les accords signés par Warner, BMG et Believe établissent ce marché. Ils prouvent aussi que Suno sait qu'il faut demander, puisqu'il a fini par demander.

Le directeur produit de Suno, Jack Brody, avait déclaré que le partage de revenus prévu par ces accords n'était « pas en échange de l'entraînement » et que ces contrats n'étaient « pas vraiment une affaire de données ». La plainte qualifie cette lecture de complaisante.

L'arbre empoisonné

Suno soutient que v6 a été entraîné, dit Brody, « entièrement de zéro, depuis la base », sur des données qui « n'incluent pas celles d'Universal ou de Sony ». La plainte attaque exactement ce point, et c'est son apport juridique.

« Entraîner un "nouveau" modèle sur les sorties d'un modèle contrefaisant n'élimine pas la contrefaçon, cela la blanchit. » Et plus loin : « v6 n'est pas un nouveau départ, c'est le fruit du même arbre empoisonné. » Plainte d'Universal et Sony, 18 septembre 2026 · traduit de l'anglais par la rédaction

L'expression vient du droit pénal américain, où elle désigne une preuve obtenue à partir d'une perquisition illégale. La transposer à l'entraînement d'un modèle est un choix d'avocat, et c'est tout l'enjeu du dossier.

Le mécanisme décrit tient en deux mots techniques. Le premier est la préférence utilisateur : Suno génère deux morceaux par requête, l'utilisateur en choisit un, et ce choix devient une donnée d'entraînement. Or ce choix porte sur des sorties produites par les modèles antérieurs. Le second est la distillation de connaissances, où un modèle élève est entraîné à reproduire le comportement d'un modèle professeur. Les professeurs, ici, sont les versions précédentes.

La plainte nomme ces versions : v4, v4.5, v4.5+, v5, v4.5-all, v5.5. Toutes entraînées, selon les majors, sur le même fonds copié. Elle ajoute un fait que personne n'a relevé dans les reprises françaises : Suno n'a jamais déclaré avoir détruit les enregistrements copiés.

Ce que 90 000 titres par jour font à un catalogue

Pour établir le préjudice, les plaignants ne parlent pas de principes mais de volume. Ils citent Deezer, qui a annoncé en juillet 2026 que plus de la moitié des nouveaux titres livrés chaque jour sur la plateforme étaient générés par machine, soit environ 90 000 par jour.

« Une dilution à cette échelle et à cette vitesse n'est pas un préjudice futur, c'est un préjudice présent, mesuré et qui s'accélère. » Plainte d'Universal et Sony, 18 septembre 2026 · traduit de l'anglais par la rédaction

Chaque titre de machine concurrence les autres pour le placement, la découverte, l'attention disponible et une part des enveloppes de royalties, qui sont fixes. La semaine dernière, l'industrie signait précisément là dessus une charte anti fraude au streaming dont dix des vingt quatre signataires appartiennent aux trois majors, et dont le distributeur qui pousse le plus de musique nouvelle est absent. La plainte de vendredi dit la même chose que cette charte, mais devant un juge, avec un chiffre et une demande d'argent.

Le dossier va chercher aussi le cofondateur et patron de Suno, Mikey Shulman, qui avait expliqué qu'il n'est « pas vraiment agréable de faire de la musique aujourd'hui », que « ça prend beaucoup de temps, beaucoup de pratique », qu'il faut « devenir vraiment bon avec un instrument ou vraiment bon avec un logiciel de production ». Les majors répondent que le temps, la pratique et la compétence dont il se plaint sont exactement ce que le droit d'auteur existe pour encourager.

Pourquoi cette plainte est la seconde et pas un ajout

Cette seconde action n'est pas une escalade spontanée. Universal et Sony avaient demandé à verser 61 026 enregistrements supplémentaires à l'affaire de 2024. Le juge F. Dennis Saylor IV a refusé le 18 août, estimant que ces ajouts retarderaient une procédure qu'il veut voir tranchée sur la question de l'usage loyal, et en notant que les majors pouvaient les porter séparément. Elles l'ont fait un mois plus tard, avec 60 202.

Les deux maisons expliquent avoir identifié leurs œuvres dans les données d'entraînement pendant la phase de communication de pièces du premier dossier, grâce à l'empreinte audio de la société Audible Magic. Elles écrivent que la première plainte ne visait qu'une fraction illustrative parce que Suno dissimulait le contenu de son fonds d'entraînement, et que 60 202 reste, selon elles, une part réduite de ce qui a été pris.

Le 1er septembre, dans le premier dossier, Suno a reconnu avoir récupéré de l'audio sur YouTube au moyen d'un téléchargeur en ligne de commande. Il maintient que l'entraînement sur des enregistrements protégés relève de l'usage loyal par excellence.

Cette bataille ressemble à celles qu'on a déjà regardées de près, l'argent qui tourne en rond entre ceux qui vendent la puissance et ceux qui l'achètent, ou un éditeur de logiciels qui finit par tenir un studio d'Hollywood. À chaque fois la même mécanique : on construit d'abord, on régularise ensuite, et la régularisation devient la preuve. Et dans la musique enregistrée comme dans la musique live, où une salle de 35 000 places change de nom et de propriétaire pendant qu'on y chante, la valeur finit toujours par remonter vers ceux qui tiennent le tuyau.

Une nuance, pour être juste avec Suno. Rien n'a été jugé. Aucun tribunal américain n'a encore tranché si l'entraînement d'un modèle génératif sur des enregistrements protégés relève ou non de l'usage loyal, et les décisions rendues en 2025 dans des affaires voisines ont donné des réponses partielles et contradictoires. La théorie de l'arbre empoisonné appliquée à la distillation n'a, elle, jamais été validée par un juge. Elle est plaidée pour la première fois.

La phase de communication des pièces dans le premier dossier se referme le 30 septembre.

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SOURCES
▸ Plainte d'Universal Music Group et Sony Music Entertainment contre Suno, district du Massachusetts, dossier 26-cv-14275, déposée le 18 septembre 2026 · texte intégral en PDF
▸ Tim Ingham, « Universal and Sony sue Suno for a second time », Music Business Worldwide, 18 septembre 2026 · musicbusinessworldwide.com
▸ « Sony Music, Universal Music Group Sue Suno Over Label Backed Model », Variety, 18 septembre 2026 · variety.com
▸ Agence France Presse, « Universal et Sony attaquent la plateforme d'IA Suno », 18 septembre 2026, reprise par La Presse · lapresse.ca
▸ Deezer, « AI Music Tops 50% of Daily Uploads on Deezer », salle de presse, juillet 2026 · newsroom-deezer.com
▸ Les citations de la plainte et des dirigeants de Suno sont traduites de l'anglais par la rédaction. Les multiplications de dommages sont faites par la rédaction à partir des plafonds légaux cités dans le dossier.

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