La taxe à 2 euros, morte le jour de sa relève
Attendu : 400 millions par an. Récolté : 2,3 millions par mois, quinze fois moins. Le 1er juillet, le gouvernement suspend sa taxe sur les petits colis, le jour même où l'Europe prend le relais.
Une taxe naît en mars, meurt en juillet, et laisse derrière elle un chiffre qui la juge mieux que n'importe quel éditorial. La taxe française de 2 euros sur les petits colis, pensée pour freiner Shein, Temu et AliExpress, devait rapporter 400 millions d'euros par an. Elle en a rapporté 2,3 millions par mois. Quinze fois moins que prévu. Le 1er juillet 2026, le gouvernement l'a suspendue, le jour exact où un droit de douane européen de 3 euros entrait en vigueur.
Le calendrier n'est pas un hasard, c'est un aveu. On enterre une mesure nationale le matin où sa version européenne prend le relais, pour que la sortie ressemble à une passation plutôt qu'à un échec. Mais le mécanisme, lui, est limpide : dans un marché unique, garder une taxe nationale en plus d'un droit de douane européen n'avait plus de justification.
Comment les colis ont contourné la douane
La faille était géographique. Les plateformes chinoises ont cessé d'expédier directement vers la France. Elles ont envoyé leurs marchandises par avion vers d'autres pays européens, puis les ont acheminées par la route jusqu'en France, hors du champ de la taxe. Résultat : un déport de volume d'environ 90 pourcent depuis le 1er mars. La taxe frappait une porte que plus personne n'empruntait.
C'est le genre de mesure qui coche toutes les cases de l'annonce politique et aucune de l'exécution. On taxe pour montrer qu'on agit. Les flux se déplacent en quelques semaines. Et l'on se retrouve à récolter des miettes tout en désorganisant une filière logistique. La leçon vaut au delà des colis : une frontière fiscale sans frontière physique ne tient pas.
Ce que dit ce recul
On peut lire cette suspension de deux façons. Version officielle : l'Europe prend le relais, la mesure nationale devient redondante, tout va bien. Version comptable : on a mis en place une taxe qui a rapporté quinze fois moins que promis, déplacé des flux de fret hors de France, et il a fallu quatre mois pour l'admettre. Les deux lectures sont vraies. C'est justement pour ça qu'il faut publier le chiffre brut et laisser chacun conclure.
On cite les chiffres exacts, on ne joue pas la neutralité qui arrondit. · z/S SYSTEMS
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