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ACTIVA· 7 MIN· août 2026 PUBLIÉ LE 05 août

La colle à viande est légale en France depuis 1999, l'Europe l'évalue encore en 2026

ACTIVA, d'Ajinomoto, n'est pas Activia de Danone. La poudre qui soude les morceaux de viande est autorisée en France depuis 1999, encadrée, réservée aux produits vendus cuits. Le vrai trou n'est pas dans la loi française, il est à Bruxelles, et il a dix-huit ans.

Un étal de boucherie. La transglutaminase ne se voit pas sur la viande : elle se lit sur l'emballage, dans un seul mot i
Un étal de boucherie. La transglutaminase ne se voit pas sur la viande : elle se lit sur l'emballage, dans un seul mot imprimé en petit, reconstitué, obligatoire depuis le 13 décembre 2014. Photo d'illustration. Photo d illustration : Luis Kuthe · Pexels
Zoé Sagan
Zoé Sagan 05 août 2026 · 7 MIN · ACTIVA
ETIQUETAGE · ALIMENTATION
Alpha Sagan · 5 aout 2026 · z/S

Un post relance le 4 août 2026 la peur de la poudre qui recolle les steaks. Le produit existe, il s'appelle ACTIVA, il est vendu par le japonais Ajinomoto. Il n'est ni clandestin ni interdit : la transglutaminase est autorisée en France depuis 1999 dans les produits vendus cuits. Le consommateur, lui, n'a qu'un seul mot pour le savoir.

Ça commence toujours pareil. Une vidéo qui remonte, un post qui part, et la même phrase en dessous : on nous empoisonne. Le 4 août 2026, un compte X relance le dossier de la poudre qui recolle la viande. Soixante-dix-sept likes, pas un raz de marée, mais le sujet est increvable. Il revient tous les deux ou trois ans, avec la même vidéo, la même colère, et la même faute de frappe sur le nom du produit. Cette faute de frappe, elle vaut le détour, parce qu'elle a des avocats.

sergio-dde🐭🐞 · @sergiodde · 2026-08-04

Reportage de 1996 sur la régénération de la viande avec la poudre "Activia" (merci les Japonais...).
Cette poudre redonne vie à toutes les viandes non consommables et, mieux encore, elle assemble les morceaux (y compris les déchets qui auraient fini à la poubelle ou, comme ils

77 likes · 7 reponses · voir le post
Le post de départ, publié le 4 août 2026. Ce qu'il prouve : le sujet circule, la vidéo tourne, et l'inquiétude sur la viande recollée est réelle et ancienne. Ce qu'il ne prouve pas : le nom du produit, qui n'est pas Activia mais ACTIVA ; la date de 1996, qu'aucune source retrouvée ne confirme ; l'idée que la poudre redonnerait vie à des viandes non consommables, que rien dans la littérature disponible n'établit. On le publie comme point de départ, pas comme source. Source : X · @sergiodde · releve le 6 aout 2026

Le produit existe. Il s'appelle ACTIVA. Avec un A. C'est une marque du groupe japonais Ajinomoto. Ce n'est pas Activia, qui est une marque de yaourts de Danone et qui n'a strictement rien à voir avec ce dossier. Une lettre, deux univers, et un procès au milieu. ACTIVA, ce sont des préparations de transglutaminase microbienne pour la viande, le poisson et la volaille, vendues en sachets de un kilo. Pages produits consultées le 6 août 2026 chez des distributeurs professionnels français et suisses : La Boutique des Innovations Culinaires, Panier des Chefs, Fideco. Aux États-Unis, sur Amazon, on ne prend même pas de gants sur l'intitulé.

Meat Glue - Activa RM Transglutaminase Enzyme

Appellation commerciale de la fiche produit Amazon.com pour la référence Ajinomoto, relevée le 6 août 2026

Ce que la poudre fait, et ce qu'elle ne fait pas

La transglutaminase soude. Liaison covalente, deux morceaux séparés, une pièce d'apparence entière. Pas de sorcellerie, de la chimie des protéines. Le langage courant appelle ça la colle à viande, et le commerce ne s'en cache pas : le distributeur français Thiercelin la vend sous le nom commercial « COLLE A VIANDE ». L'enzyme a été identifiée et industrialisée par Ajinomoto et Amano Pharmaceutical après criblage de milliers de micro-organismes, à partir de Streptoverticillium, ancienne dénomination de Streptomyces mobaraensis, et elle entre sur le marché alimentaire dans les années 1990. Source : Zedira GmbH, Microbial transglutaminase: from discovery to market. Dans les avis européens, elle porte un nom qui ne tient pas dans un post : protéine-glutamine gamma-glutamyltransférase. Elle assemble. Elle ne ressuscite rien.

Maintenant le point qui fâche, et il fâche dans les deux sens. Ce n'est pas clandestin. Réponse du ministre délégué à l'agroalimentaire à la question écrite n.30029 du député Richard Ferrand, question du 25 juin 2013, réponse publiée le 3 septembre 2013 : la transglutaminase de Streptomyces mobaraensis S8112 est autorisée en France depuis 1999, uniquement dans les produits vendus cuits, avec inactivation obligatoire par traitement thermique sous la responsabilité du fabricant, et obligation d'informer le consommateur. Même réponse à la question écrite n.36030 de Lucien Degauchy, député de l'Oise, posée le 20 août 2013, réponse publiée le 7 janvier 2014. Deux députés, deux réponses, une seule ligne : c'est autorisé, c'est encadré, c'est cuit.

Pièce à conviction · le dossier de l'autorisation, dates et sources
  • 1999 : autorisation en France de la transglutaminase de Streptomyces mobaraensis S8112, limitée aux produits vendus cuits, inactivation thermique obligatoire (réponse ministérielle à la question écrite n.30029 de Richard Ferrand, question du 25 juin 2013, réponse publiée le 3 septembre 2013).
  • 20 mai 2010 : le Parlement européen met son veto à l'autorisation de la thrombine bovine et porcine associée au fibrinogène, un produit différent de la transglutaminase (Parlement européen).
  • Règlement CE 1332/2008 sur les enzymes alimentaires : il prévoit une liste unique de l'Union établie après évaluation de l'EFSA (EUR-Lex, celex 32008R1332).
  • 13 décembre 2014 : application du règlement UE 1169/2011 dit INCO, mention reconstitué obligatoire pour les produits constitués de morceaux liés ensemble (confirmé par la réponse à la question écrite Sénat n.12231 de 2014).
  • 2024 puis 2026 : avis de sécurité de l'EFSA sur la transglutaminase de Streptomyces mobaraensis souche M2020197 et sur la souche AE-BTG, puis évaluation révisée (EFSA Journal 2024 et 2026).

Dix-huit ans que la liste n'est pas close

Voilà le vrai trou, et il n'est pas à Paris. Le règlement CE 1332/2008 sur les enzymes alimentaires prévoit une liste unique de l'Union, établie après évaluation de l'EFSA. Dix-huit ans plus tard, pour cette enzyme, la liste n'est toujours pas bouclée. L'EFSA a publié des avis en 2024 sur la souche M2020197 et sur la souche AE-BTG, puis une évaluation révisée en 2026. Traduction en clair : la colle à viande circule sur le marché européen alors que la procédure d'autorisation européenne n'est pas achevée. Elle n'est pas interdite. Elle n'est pas finie d'autoriser. Entre ces deux états, il y a dix-huit ans de courrier administratif et il y a une assiette.

La thrombine, ce n'est pas la même histoire

C'est ici que tout le monde se plante, y compris des gens sérieux. Le 20 mai 2010, le Parlement européen a bien mis un veto. Mais pas sur la transglutaminase. Sur la thrombine bovine et porcine, associée au fibrinogène, tirée du plasma sanguin. Motifs invoqués : aucun bénéfice démontré, risque de tromperie du consommateur, risque bactériologique accru du fait d'une surface de viande plus grande et d'un procédé de liaison à froid, et risque de voir cette viande liée atterrir en restauration. Le Parlement a écarté un avis favorable de l'EFSA daté de 2005. En 2015, l'EFSA a de nouveau jugé la thrombine sûre, après une demande néerlandaise de la société Sonac, à hauteur de 200 unités NIH par kilo d'aliment. Deux produits, deux dossiers, deux procédures. Les confondre, c'est offrir la victoire à l'adversaire avant le premier round.

Sur la transglutaminase elle-même, il faut être net, y compris quand ça ne fait pas le buzz : aucune source scientifique consultée ici n'établit de risque sanitaire avéré pour le consommateur. L'argument bactériologique appartient au dossier thrombine, il ne se transporte pas d'un produit à l'autre parce que ça arrange le récit. Ce qui reste sur la table, ce n'est donc pas la peur. C'est l'information.

La vidéo qui alimente le dossier depuis des années, relayée en français sous le titre Viande reconstituée, malbouffe. On y voit le geste : la poudre saupoudrée, les morceaux pressés, le film, le froid, et au bout une pièce qui a l'air entière. Elle est ici parce qu'elle montre le procédé mieux que n'importe quelle description. Précision nécessaire : ce reportage circule sans mention de chaîne, d'émission ni d'année de diffusion, aucune notice INA correspondante n'a été retrouvée, et rien ne permet de le dater de 1996. On écrit donc un reportage diffusé dans les années 1990, et rien de plus. La chronologie invite d'ailleurs à la prudence : selon le ministère, la transglutaminase n'est autorisée en France que depuis 1999. 6toyenvid · YouTube

Un seul mot, imprimé petit

Règlement UE 1169/2011, dit INCO, applicable au 13 décembre 2014. Quand une denrée à base de viande ou de poisson consiste en différents morceaux liés ensemble par divers ingrédients, additifs et enzymes alimentaires compris, sa dénomination doit être accompagnée de la mention reconstitué. Confirmé par la réponse du gouvernement à la question écrite du Sénat n.12231 de 2014. L'obligation préexistait en droit français, articles R.112-7 et R.112-14 du code de la consommation. Voilà le rempart. Voilà tout le rempart. Un mot, en bas de la barquette, en corps minuscule, coincé entre le poids net et la date limite de consommation. Tout le système tient là-dessus, et il tient debout seulement si quelqu'un vérifie.

Ce que le post viral rate, il le rate deux fois. La poudre ne se vend pas en grande surface : elle circule en circuit professionnel et en vente en ligne spécialisée. Ce qui se vend en grande surface, ce sont les produits finis, et depuis décembre 2014 ils doivent porter la mention. Le scandale n'est donc pas une fraude, et c'est bien pire à raconter, parce que c'est une asymétrie. D'un côté un dossier réglementaire de dix-huit ans, deux souches, une révision 2026, des avis en anglais, une enzyme au nom de quatre wagons. De l'autre un client pressé, une lumière froide, et douze lettres à lire sans lunettes. Nos archives gardent déjà le témoignage d'un ex-cadre de l'agroalimentaire qui déclarait ne pas vouloir manger de steak haché de supermarché. Ici, personne n'a besoin d'un témoignage. Il suffit de retourner la barquette. Là où l'industrie a mis un procédé, la loi a mis un mot. Devinez lequel des deux se voit.

Dans nos archives · ce que l'assiette ne dit pas
PIÈCE 07/27 · ARCHIVE z/S · 05.08.26
Reste la seule question que ce dossier laisse ouverte : qui contrôle, et avec quels moyens, que la mention reconstitué figure bien sur les barquettes vendues en France depuis décembre 2014.
z/S
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Zoé Sagan
Zoé Sagan

Analyste, journaliste, auteure de la trilogie INFOFICTION (Kétamine, Braquage, Suspecte — Robert Laffont). Fondatrice de la Lettre confidentielle z/S. Investigation poétique des pouvoirs médiatiques depuis 20 ans.

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