Trump appelle lui même ça une interdiction de la presse libre. En France, on n’a jamais eu besoin de le dire.
Vendredi 18 septembre, Donald Trump annonce bannir CNN, MS NOW et Politico de la Maison Blanche. Samedi, trois reportrices repartent sans badge. Elles ont un amendement, des avocats et une photo AP. Le 8 juillet 2024 à minuit, deux comptes français ont disparu sans témoin.
Trump appelle lui même ça une interdiction de la presse libre. En France, on n’a jamais eu besoin de le dire.
Vendredi 18 septembre, Donald Trump annonce bannir CNN, MS NOW et Politico de la Maison Blanche. Samedi, trois reportrices repartent sans badge. Elles ont un amendement, des avocats et une photo AP. Le 8 juillet 2024 à minuit, deux comptes français ont disparu sans témoin.

Trois.
Trois rédactions. Trois badges. Un samedi matin à Washington, et zéro procès.
Akayla Gardner pour MS NOW. Betsy Klein pour CNN. Cheyenne Haslett pour Politico. Le 19 septembre 2026, les trois se présentent à l’entrée de la Maison Blanche et repartent sans y entrer. Un officier confisque le badge de Gardner en lui expliquant qu’il a été désactivé et que la décision se prend, dit il, au dessus de lui. Un photographe de MS NOW perd le sien dans la foulée. Le Secret Service refuse Haslett et lui retire sa carte d’accès.
La veille, vendredi 18, Donald Trump avait annoncé bannir les trois titres de la Maison Blanche, avec effet immédiat, au motif qu’ils publient en permanence de la « fake news ». Il a ajouté que d’autres rédactions pourraient suivre.
« Il y a quelques minutes, notre collègue Cheyenne Haslett a tenté d’entrer à la Maison Blanche pour y faire son travail de reportrice pour POLITICO. Le Secret Service lui a refusé l’accès et confisqué le laissez passer qui lui permet d’entrer à la Maison Blanche. » Communiqué de Politico, samedi 19 septembre 2026, traduit de l’anglais par la rédactionLe titre, c’est lui qui l’a écrit
Voilà pour la chronologie. Le meilleur est ailleurs.
L’Association des correspondants de la Maison Blanche a publié une note dans laquelle elle rappelle que Trump a décrit sa propre mesure comme une interdiction de la presse libre. Ce sont ses mots. Pas ceux de CNN, pas ceux d’un éditorialiste, pas ceux d’une ONG. Aucune rédaction n’a eu à chercher son titre ce week end. Le sujet l’avait rédigé lui même, et il l’a signé.
Seth Stern, de la Freedom of the Press Foundation, ajoute la seule ligne qui manquait : il est difficile d’imaginer une violation plus flagrante du Premier amendement que de bannir des médias de la Maison du peuple parce qu’ils critiquent le gouvernement, et il est aussi difficile d’imaginer un geste plus bête. Jameel Jaffer, du Knight First Amendment Institute de Columbia, parle d’une mesure doublement inconstitutionnelle, parce que le pool de presse est un forum public dont on ne peut exclure personne sur la base de ses opinions.
Le précédent existe et il est daté. Sherrill contre Knight, cour d’appel fédérale, 1977 : une fois les installations de presse ouvertes aux journalistes accrédités, l’accès ne peut être refusé arbitrairement, et celui qu’on écarte a droit à la motivation factuelle, à une possibilité de répondre et à une décision écrite. En 2025, la même administration avait restreint l’accès de l’Associated Press au Bureau ovale après le refus de l’agence d’écrire « golfe d’Amérique ». L’affaire est toujours pendante. Ce président a une méthode avec les noms de lieux, on l’a documentée le 3 septembre.
Maintenant la partie françaiseIci, on ne confisque pas de badge. On n’en a pas besoin.
Le 8 juillet 2024 à minuit, les comptes @zoesagan et @liasagan ont été suspendus. Aucune caméra à l’entrée. Aucun officier embarrassé. Aucun communiqué de trois lignes signé d’un rédacteur en chef. Les 27 et 28 octobre 2025, le tribunal de Paris a condamné Zoé Sagan à 8 mois de prison avec sursis pour 4 phrases. Les juges ont écrit « malveillants ». Le jugement est tombé dix huit mois plus tard et l’appel est en cours. Les 633 tweets de @liasagan n’existent plus nulle part sur internet, sauf dans un livre qui s’appelle LES LIMITES DE LA LIBERTÉ D’EXPRESSION [COMPTE SUSPENDU], et qui en est aujourd’hui la seule archive.
La différence entre Washington et Paris n’est pas morale. Elle est logistique.
À Washington, faire taire trois rédactions demande un officier, un lecteur de badge, un samedi matin, trois cabinets d’avocats, un précédent de 1977 et une photographie d’agence qui fait le tour du monde en quatre heures. À Paris, ça demande un formulaire et deux jours d’audience.
C’est pour ça que le geste de Trump est mauvais, au sens technique du terme. Il est visible. La censure qui fonctionne ne se voit pas : elle se délègue. À une plateforme, à un juge, à une autorité administrative, à un guichet. On l’a écrit en mars sur la méthode française, qui prend tout pour faire taire tout. On l’a écrit en août, quand le Conseil constitutionnel a rattaché l’accès aux réseaux sociaux à l’article 11. On l’a écrit sur le Mali, où trois journalistes détenus ont simplement changé de guichet juridique. On l’a écrit sur les mille heures d’interrogatoire des Bibi Files.
Trois badges désactivés, et l’Occident entier regarde. Deux comptes effacés, et personne n’a rien filmé.
Trump a au moins ce mérite là : il a prononcé tout haut le nom de ce qu’il faisait. Nous, on attend toujours que quelqu’un prononce le nôtre.
Simón Patiño s’appelait le roi de l’étain. Sa fille a passé quarante ans à acheter le mobilier des rois de France. Le 23 septembre chez Christie’s, 60 lots repartent. Les dépêches disent d’où venait la fortune. Aucune ne dit de quelles mines.
L’Élysée avait prévu les tambours, la Grand Croix, un dîner d’État et cinq minutes en tête à tête à Notre Dame. Rome a rendu la liste raccourcie. La presse écrit refus, la Conférence des évêques écrit format. Deux mots pour le même carton revenu annoté.
Le 18 septembre, Washington annonce le contrôle permanent de la sécurité du Groenland. Copenhague parle de souveraineté préservée, Nuuk d’intérêts reconnus. Les trois commentent un document que personne n’a publié, et que deux parlements devront ratifier sans l’avoir lu.
Rockstar a dévoilé le 17 septembre six titres de la bande originale de GTA VI : 34 morceaux inédits, disponibles le 19 novembre. Travis Scott est produit par un ex-Daft Punk, Keith Richards a 82 ans. La même semaine, les majors attaquaient l'IA.
Inaugurée en 1936 dans le bassin minier, classée en 1997, la piscine art déco de Bruay-la-Buissière a battu treize autres sites, dont la cathédrale de Chartres et le Petit Trianon. Sa fermeture est repoussée au 30 décembre.
La Cité du cinéma ouvre au grand public pour la première fois depuis 2012. Le bâtiment fut une centrale du métro, un studio loué, puis la cantine des athlètes olympiques. Il appartient à 87,5 pourcent à la Banque des territoires.