Un Shiva du XVIe siècle part cet après midi salle 4, estimé 5 000 euros. Mercredi, un Watteau en vaudra mille fois plus.
À 14 heures, Millon disperse à Drouot les 160 œuvres himalayennes de Liliane et Michel Durand Dessert. Les galeristes qui ont imposé Richter en France avaient aussi réuni des masques de dieux terribles. Trois ventes parisiennes en trois jours.
Un Shiva du XVIe siècle part cet après midi salle 4, estimé 5 000 euros. Mercredi, un Watteau en vaudra mille fois plus.
À 14 heures, Millon disperse à Drouot les 160 œuvres himalayennes de Liliane et Michel Durand Dessert. Les galeristes qui ont imposé Richter et Rückriem en France avaient aussi rassemblé des masques de dieux terribles. Ce sont eux qui partent en premier, et pour le prix d’une commode.

Salle 4. Hôtel Drouot. 9 rue Drouot. Quatorze heures.
Le catalogue est posé sur les chaises. Les marchands du Parcours des mondes sont encore dans le quartier, ils descendront. Et sur le mur, il y a une tête.
Bois pétrifié. 54 centimètres de haut. Érodée par le temps et par les intempéries. Une restauration au menton. Trois yeux, une couronne de crânes, une bouche ouverte. C’est Bhairava, la forme terrifiante de Shiva, culture newar, vallée de Katmandou, vers le XVIe siècle.
Estimation · 5 000 à 8 000 euros.
Quatre siècles et demi. Un dieu de la destruction. Le prix d’un vélo électrique haut de gamme.
En 1975, Liliane Dessert et Michel Durand ouvrent une galerie rue de Montmorency, dans le 3e. Petite par la taille. Immense par l’ambition. Ce sont eux qui font connaître en France Gerhard Richter et Ulrich Rückriem, et toute une génération d’après guerre. Ce sont eux qui tiennent l’autre avant garde, celle qui ne passe pas par les institutions.
Et en même temps qu’ils défendaient l’art le plus conceptuel d’Europe, ils rassemblaient des masques de chamanes népalais. Personne ne l’avait vu venir. C’est là tout le sujet · le même œil, la même décennie, deux marchés qui ne se parlent pas.
Un masque de yogi sacré des collines moyennes, 6 000 à 8 000 euros. Un cavalier du Népal occidental en bois dur, 5 000 à 7 000 euros. Un masque Kham Magar, 3 000 à 5 000 euros. Une statue votive d’Achham, 2 000 à 3 000 euros. La provenance est solide, entre collections privées françaises et expositions, dont celle que le musée départemental de Saint Antoine l’Abbaye, en Isère, a consacrée à l’ensemble en 1995.
Trois ventes, trois jours, une seule échelleRegardez la semaine. Lundi 21, Durand Dessert chez Millon. Mardi 22, la vente Rothschild chez Artcurial, quatre héritages en trente deux ans défaits en une après midi. Mercredi 23, la collection Patiño Ortiz Linares chez Christie’s, où un Watteau est annoncé entre 8 et 10 millions d’euros par l’agence EFE.
Trois collections. Trois façons d’avoir gagné son argent. Et entre le haut et le bas de l’échelle, un facteur mille.
Les deux objets ont été taillés par des mains. Un seul a été taillé par une main dont le marché connaît le nom. C’est toute la différence, et le marché la chiffre à plus de mille fois.
Nous avons déjà écrit ce que ça fait de voir une collection devenir un catalogue, et comment la hiérarchie de la revente se prononce à voix haute quand personne ne croit être enregistré. Nous avons compté les 376 enchères quotidiennes dont chacun de nous est le lot. Et nous notions samedi que l’accès au patrimoine dépend désormais du passeport. Le marché de l’art applique la même grille, en plus franc · il l’écrit dans le catalogue.
Ce que personne n’a écritDeux détails traînent dans les reprises, et aucune rédaction ne les a relevés. The Art Newspaper date le début de la collection de 1980. D’autres textes le situent en 1988. Et le nombre d’œuvres varie selon l’unité de compte · 160 pièces à la Gazette Drouot et à The Art Newspaper, 71 lots ailleurs. Huit ans d’écart sur une date, et deux façons de compter le même ensemble. Nous signalons, nous ne tranchons pas.
Ce que personne n’a écrit non plus, c’est la ligne d’à côté. Trois ventes parisiennes en trois jours, et pas une reprise qui mette les estimations face à face. Le marché de l’art tribal a eu ses articles. Le marché du XVIIIe a eu les siens. Entre les deux, il y a un facteur mille que tout le monde a lu sans le voir.
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