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article· 5 MIN· septembre 2026 PUBLIÉ LE 03 sept.

Il veut donner son nom à un péage

« Maintenant que nous en avons le contrôle. » Sauf que depuis le 22 août, on sait par l’agence d’État iranienne elle même que le détroit d’Ormuz n’est pas fermé. Il est payant. Trump ne baptise pas une conquête, il baptise un guichet.

Donald Trump, mains jointes, assis derrière le bureau du Bureau ovale de la Maison Blanche.
Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 31 août 2026 · Brendan Smialowski / AFP · photographie diffusée avec la dépêche AFP reprise par La DH le 2 septembre 2026
La rédaction
La rédaction 03 sept. 2026 · 5 MIN · article
Zoé Sagan · Ormuz, épisode 5 · Registre hybride

Il veut donner son nom à un péage

« Maintenant que nous en avons le contrôle. » Onze mots sur Truth Social, et dedans un possessif qui fait tout le travail. Sauf qu’ici, depuis le 22 août, on sait par l’agence d’État iranienne elle même que le détroit d’Ormuz n’est pas fermé. Il est payant. Trump ne baptise pas une conquête. Il baptise un guichet.

Mercredi 2 septembre 2026, le président américain publie sur sa plateforme : « Maintenant que nous en avons le contrôle, devrions nous rebaptiser le détroit d’Ormuz "détroit Trump" ? » La dépêche AFP tombe à 18h17 (La DH, La Presse). Six jours plus tôt, le 27 août, un décret rebaptisait le lac Ontario en lac Amérique. La mi août avait vu passer une carte présentant le détroit comme un « nouveau territoire américain ».

Toutes les rédactions ont repris la phrase suivante de la dépêche, et c’est là que je décroche : « Ce stratégique passage maritime est verrouillé par Téhéran depuis le début de la guerre, déclenchée le 28 février par des frappes israélo américaines sur l’Iran. » Verrouillé. Le mot est commode, il est faux, et nous en avons la preuve par la source la moins suspecte de complaisance envers Washington.

Le 22 août, l’agence officielle iranienne Irna admettait que Téhéran délivre depuis six mois des autorisations spéciales à des pétroliers irakiens pour franchir le détroit. Le vocabulaire officiel employé était « frais de service ». Nous avons écrit ce jour là, et nous le maintenons, qu’un blocus qui délivre des laissez passer n’est plus un blocus, c’est un péage. Deux jours plus tard, nous établissions la deuxième moitié du problème : le trafic réel est mesuré par des instruments que les navires débranchent en entrant. Kpler comptait quatre navires un dimanche. L’UKMTO en comptait 192 sur sept jours. Les deux chiffres sont exacts et ne parlent pas de la même chose.

Quatre récits sur la même eau, aucun compatible avec les autres.
Washington · « maintenant que nous en avons le contrôle ».
Téhéran · nous autorisons la navigation, contre frais de service.
Les agences de presse · le détroit est verrouillé depuis le 28 février.
Les instruments · entre 4 et 192 navires, selon qui compte et qui accepte d’être compté.
Sur cette eau que personne ne sait mesurer, un homme propose de mettre son nom.

Voilà pourquoi la proposition n’est pas drôle, et pourquoi le mot provocation, choisi par la moitié des rédactions francophones mercredi soir, est un mauvais classement. Une provocation occupe l’attention puis se dissout. Un nom, non. Un nom se dépose. Il attend. Il finit dans les logiciels de navigation, les manuels scolaires, les bases de données, les polices d’assurance maritime. Et il fait alors un travail qu’aucun navire n’a fait.

Le calcul est même très propre. Un décret sur le lac Ontario coûte une signature. Une carte coûte un fichier. Ouvrir réellement un détroit tenu par un État qui a décidé d’en tenir la caisse, ça coûte des porte avions et des semaines. Le nom est l’instrument de puissance le moins cher du catalogue, et le plus lent à défaire. Demandez au cap de Bonne Espérance, qui s’appelait le cap des Tempêtes jusqu’à ce qu’un commanditaire décide qu’un nom rassurant serait meilleur pour le commerce. Cinq siècles plus tard, le nom du commanditaire a gagné.

Il faut ajouter que la même semaine, l’échéance de 60 jours posée par Washington a expiré sans que personne n’ait eu l’intention de la tenir, et que la seule décision exécutoire du dossier est venue d’Abou Dhabi, pas des deux capitales qui parlent. On a donc, dans l’ordre : une échéance non tenue, une décision prise par un tiers, un péage documenté par l’Iran, un comptage aveugle, et maintenant un baptême. Cinq épisodes, et la seule chose qui progresse est le vocabulaire.

Un détail pour finir, sur la fabrique des images, parce qu’il dit la même chose. Le même 2 septembre à 20h46, la même rédaction belge publie un autre papier AFP, sur la réaction du président américain au départ du prince Harry et de Meghan. La photographie qui l’illustre porte sa date dans sa propre légende : aéroport de Las Vegas, 14 septembre 2024, il était encore candidat. Personne ne ment. Simplement, l’image ne prouve plus rien, elle désigne. Elle sert d’étiquette. Comme un nom sur un détroit.

Le détroit d’Ormuz porte le nom d’un royaume mort depuis des siècles. Il a enterré tous ceux qui ont cru le tenir, et il encaisse aujourd’hui des frais de service. Il n’a besoin de personne. Surtout pas d’un parrain.

SOURCES VÉRIFIÉES · AFP via La DH, 2 septembre 2026 à 18h17 · La Presse, 2 septembre 2026 · AP via Vant Bèf Info, 2 septembre 2026 · L’Avenir, 2 septembre 2026 · AFP via La DH, 2 septembre 2026 à 20h46, pour la légende de la photographie citée
LE FEUILLETON ORMUZ · 18 août, l’échéance expirée · 19 août, la décision vient d’Abou Dhabi · 23 août, Ormuz n’est pas fermé, il est payant · 25 août, le comptage aveugle
NOTE DE TRANSPARENCE · le message d’origine sur Truth Social n’a pas été ouvert à son URL exacte. Il est cité dans la traduction AFP publiée par La DH et recoupé par la reprise AP du même jour ; il n’est donc pas embarqué en widget. Le décret du 27 août sur le lac Ontario et la carte de la mi août sont rapportés par l’AFP dans les reprises consultées, nous n’avons vu ni l’un ni l’autre. La page de La Presse n’a renvoyé aucun corps de texte exploitable, seul son titre public est utilisé. Nous n’affirmons pas qui contrôle le détroit : nous affirmons, sources à l’appui et depuis le 23 août, que le mot verrouillé employé par les agences est contredit par l’agence d’État iranienne elle même.
Zoé Sagan · z/S SYSTEMS · 3 septembre 2026
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