Il a écrit la scène une nuit, en plein confinement. Six ans plus tard, 30 critiques de presse et un visa numéro 158588
La Frappe est sorti mercredi dans 326 salles. Premier long métrage de Julien Gaspar-Oliveri, passé par la Semaine de la Critique à Cannes, avec Bastien Bouillon en père qui rentre de prison. La presse lui met 3,9 sur 5. Pour un premier film, ça ne se voit presque jamais.
Il a écrit la scène une nuit, en plein confinement. Six ans plus tard, 30 critiques de presse et un visa numéro 158588
La Frappe est sorti mercredi dans 326 salles. Premier long métrage de Julien Gaspar-Oliveri, présenté à la Semaine de la Critique à Cannes, avec Bastien Bouillon en père qui rentre de prison. La presse lui met 3,9 sur 5. Ce qui, pour un premier film, ne se voit presque jamais.
Le point de départ tient en une phrase du réalisateur. Longtemps réticent à traiter de front la figure du père, il raconte avoir eu un déclic une nuit, pendant le confinement, en écrivant une scène où son personnage va chercher de l’amour auprès de ce père là. Le film est parti de cette nuit. Il est arrivé en salle six ans plus tard, mercredi 2 septembre, 1 heure 46, distribué par Ad Vitam.
Bande annonce de La Frappe, mise en ligne par la chaîne Allociné Bandes Annonces. Distribution Ad Vitam. Si la vidéo ne s’affiche pas dans votre messagerie, elle est ici.
L’histoire tient en trois personnes. Enzo, 19 ans, et sa sœur Carla, 20 ans, livrés à eux mêmes depuis des années. Leur père Anthony sort de prison. Enzo y voit la promesse fragile d’une famille à reconstruire. Carla trouve l’idée inconcevable. Le film travaille cet écart, et rien d’autre. Deux enfants du même père, la même histoire derrière eux, et deux façons opposées de tenir debout.
Le choix de casting est la vraie décision du film. Pour le père, Gaspar-Oliveri a pris Bastien Bouillon, ami depuis plus de quinze ans, rencontré au Conservatoire national d’art dramatique. Bouillon dit avoir aimé dans le scénario son refus du manichéisme et son refus de faire du père un personnage commode. Un acteur que le public français associe à des rôles de garçon droit. Employé ici à contre emploi, ce qui est la seule manière de ne pas fabriquer un monstre reconnaissable de loin.
Les critiques convergent, ce qui est rare et vaut d’être relevé. Franceinfo parle d’un premier film dérangeant mais salutaire. Les Inrockuptibles écrivent un uppercut. Trois Couleurs y voit un drame intense sur la banalité des monstres. Sur Allociné, la moyenne presse s’établit à 3,9 sur 5 pour 30 articles, et les spectateurs suivent à 3,6. L’affiche, elle, a choisi de citer les critiques avant même de montrer le titre.
Un mot sur la méthode, parce qu’elle est revendiquée. Le sujet est autobiographique pour le réalisateur, le film ne l’est pas. Gaspar-Oliveri dit avoir évité l’écueil du documentaire et celui de la thérapie personnelle. Il a écrit une fiction pour explorer une contradiction précise : un jeune homme qui tente par tous les moyens de préserver la figure du père. La distinction n’est pas un détail de communication. C’est ce qui sépare un film d’un témoignage, et c’est ce qui permet à un spectateur d’entrer sans être sommé de compatir.
La semaine était chargée. Mercredi sortaient aussi Trois adieux d’Isabel Coixet, adapté du livre que Michela Murgia a écrit en sachant qu’elle allait mourir, et La Dernière patiente, qui ouvre un cabinet médical en banlieue le lendemain d’un décret sur les arrêts maladie. Le même mercredi, trois moyens métrages dont un César entraient enfin en salle. La rentrée du cinéma français n’a pas choisi la facilité.
Elle n’a pas non plus choisi le confort commercial. En haut du box office, Spider Man tenait encore la première place la semaine passée avec 601 091 entrées. La Frappe part avec 326 séances et une mention « tout public avec avertissement ». Les deux films ne jouent pas le même sport.
Il y a un plan dont les spectateurs parlent déjà, et il dit tout du film sans rien montrer. Un père et un fils qui n’ont rien à se dire, installés dans des karts. La conversation n’a pas lieu. Ce sont les dérapages sur le circuit qui parlent à leur place. Voilà à quoi ressemble un premier film qui sait ce qu’il fait : il met deux hommes dans des voitures minuscules et il laisse le moteur dire le reste.
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