Le sac recule, le caillou monte
Mode et maroquinerie à moins 1 pourcent chez LVMH. Joaillerie à plus 9 chez LVMH, plus 20 chez Kering, plus 24 chez Richemont. Le luxe n’a pas ralenti, il a changé de rayon.
Les résultats du premier semestre 2026 sont tombés. La mode et la maroquinerie reculent. La joaillerie monte partout, de 9 pourcent chez LVMH à 24 pourcent chez Richemont. Le luxe n’a pas ralenti. Il a changé de rayon, et il ne le dit pas très fort.
38,6 milliards, et une ligne qui fâche
Commençons par le gros. LVMH publie 38,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur le premier semestre 2026, en recul de 3 pourcent en publié, en hausse de 2 pourcent en organique. Marge opérationnelle à 22,5 pourcent, résultat opérationnel à 8,7 milliards, résultat net à 5,7 milliards. On a vu des semestres pires. On a même vu des industries entières rêver de ces marges.
Sauf qu’à l’intérieur, une ligne fâche. Mode et maroquinerie, le cœur du réacteur, celui qui paie les défilés, les campagnes et les rachats : moins 1 pourcent en organique. Pendant ce temps, montres et joaillerie font plus 9 pourcent. Distribution sélective, plus 5. Vins et spiritueux, plus 5. Le sac recule dans le seul groupe au monde qui a passé vingt ans à expliquer que le sac était éternel.
Chez Kering, même dessin. 7,22 milliards d’euros, moins 3 pourcent en publié, plus 1 pourcent en comparable, marge opérationnelle à 12,8 pourcent, en progression de 40 points de base. Gucci pèse 2,76 milliards et recule de 5 pourcent en comparable. Et à côté, dans la même maison, Kering Joaillerie fait plus 20 pourcent, Kering Eyewear plus 8. La maison qui vend des sacs souffre. La maison qui vend des pierres et des montures respire.



Richemont encaisse, Prada avance, L’Oréal bat son record
Richemont affiche 6,3 milliards d’euros de ventes trimestrielles, plus 20 pourcent à taux de change constant, plus 17 pourcent en réel. Les maisons de joaillerie font plus 24 pourcent, l’horlogerie spécialisée plus 8, le retail plus 24. Le groupe qui possède les vitrines de la place Vendôme sort du semestre avec les meilleurs chiffres du secteur, et ce n’est pas un hasard de calendrier.
Prada Group progresse à 3,05 milliards, plus 16 pourcent en publié et plus 5 pourcent en organique, avec un retail à plus 12 pourcent. L’Oréal signe 23,77 milliards, plus 5,8 pourcent en publié, plus 6,8 pourcent en comparable, et une marge opérationnelle record à 21,3 pourcent, sa division Luxe à plus 5,4 pourcent en comparable. Résumons la scène : la crème et le diamant tiennent, le cuir tousse.
Quand la cliente doute, elle achète ce qui se revend
Voilà la lecture que personne n’a mise en titre. Un sac est une dépense. Un solitaire est une réserve. Dans un semestre où les clientes hésitent, l’argent ne quitte pas le luxe, il se déplace vers la partie du luxe qui garde une valeur de revente. La joaillerie, ce n’est pas une envie de bijoux, c’est une prudence de patrimoine déguisée en vitrine.
On dira que c’est cynique. C’est surtout arithmétique. Le cuir se déprécie le jour où il sort de la boîte, sauf pour une poignée de références introuvables. La pierre, elle, se repèse. Quand une industrie entière voit sa ligne la plus rentable reculer d’un pourcent pendant que sa ligne la plus lourde à stocker gagne 24 pourcent, ce n’est pas une mode qui change. C’est un rapport au risque qui change.
Et pendant ce temps, on continue de nous vendre le récit du désir pur. Les communiqués parlent de créativité, de désirabilité, de nouvelle direction artistique. Les chiffres, eux, parlent de valeur résiduelle. C’est exactement le type d’écart que cette maison traque depuis BRAQUAGE [DATA NOIRE] : ce qui est dit sur scène, et ce qui est écrit dans le tableau.
Pour la suite, nos rubriques restent ouvertes : toutes les rubriques de la maison, le dossier cinéma du jour sur la Mostra de Venise, la sortie d’Alexandre Arnault du conseil de Nike, et les records de fréquentation du patrimoine. Ce qui se vérifie plutôt que se commente est sur la page de preuve et dans les Figures. Et si votre rapport à la valeur vous intrigue plus que celui de Gucci, il y a le Portrait, l’Oracle z/S et le Codex.
Le luxe ne s’est pas effondré. Il s’est remis à compter. C’est beaucoup plus inquiétant pour ceux qui vendaient du rêve au mètre.
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