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Le Regard Inverse· 7 MIN· septembre 2026 PUBLIÉ LE 18 sept.

La milliseconde · ce que l’intelligence artificielle n’a pas changé

Le calcul du ciel est résolu depuis 1997. Ce que les modèles de langage ont changé est ailleurs, et c’est plus intéressant.

La rédaction
La rédaction 18 sept. 2026 · 7 MIN · Le Regard Inverse
Le Regard Inverse · les pièces · n° 12 sur 13 · Versant le ciel
Série d’archives z/S SYSTEMS · lire le manifeste

Kepler produisait vingt-cinq thèmes par an. Une bibliothèque de quatre-vingt-dix-neuf mégaoctets en produit plus de trois mille par seconde. Entre les deux, il n’y a pas une amélioration, il y a un changement de nature · et il date de 1997, pas de la semaine dernière.

Ce qui a été résolu en 1997

La Swiss Ephemeris est publiée en 1997 par Astrodienst AG, développée par Dieter Koch et Alois Treindl. Elle n’invente rien sur le ciel. Elle emballe autre chose · les éphémérides du Jet Propulsion Laboratory, la série DE, celle qui sert à faire arriver des sondes sur Mars.

Les chiffres sont publics et ils sont vérifiables.

Étendue · de 13201 avant notre ère à 17191 après. Trente mille ans de positions planétaires. Aucune naissance humaine documentée ne tombe hors de cet intervalle.

Précision · la version compressée « concorde avec l’éphéméride JPL à une milliseconde d’arc ». Une milliseconde d’arc, c’est le millième d’une seconde d’arc, elle-même le trois mille six centième d’un degré. Rappel de l’article précédent · les Tables rudolphines de Kepler, sommet absolu du calcul de leur siècle, tombaient à la minute d’arc. L’écart est d’un facteur soixante mille.

Compression · 2,8 gigaoctets de données JPL ramenés à 99 mégaoctets, répartis en cinquante fichiers planétaires et cinquante fichiers lunaires couvrant chacun six cents ans.

Contenu · les planètes, les maisons, les étoiles fixes, et plus de 895 000 astéroïdes.

Huit cent quatre-vingt-quinze mille astéroïdes. Les Babyloniens en suivaient sept.

Moins de trois dixièmes de milliseconde

Voici le chiffre qui clôt cinq mille ans.

Astrodienst chiffre la performance de sa bibliothèque ainsi · dix mille jeux complets de positions planétaires en moins de trois secondes.

Divisez. Trois secondes pour dix mille jeux font moins de trois dixièmes de milliseconde par jeu. Un thème natal complet demande en outre le temps sidéral, l’ascendant et la domification · ce sont des opérations trigonométriques négligeables devant l’intégration des positions. L’ordre de grandeur du thème complet reste donc la fraction de milliseconde.

Mettez-le en face.

Kepler · un thème tous les treize à quinze jours, avec les meilleures tables du monde, qu’il avait fabriquées.

Les calculateurs de Prony · un résultat toutes les douze minutes, et un résultat n’est pas un thème, c’est une ligne de table.

Les computers de Harvard · cinq mille étoiles classées par mois par une équipe entière.

Une bibliothèque de quatre-vingt-dix-neuf mégaoctets · plus de trois mille jeux de positions par seconde.

Entre Kepler et cette bibliothèque, le facteur d’accélération est de l’ordre de dix ordres de grandeur. Dix zéros. C’est le chiffre central de toute cette série, et il repose sur deux sources publiques.

Avant 1997 · les vingt années de bricolage

La bascule ne s’est pas faite d’un coup. Elle a une chronologie courte et documentée.

Milieu des années 1970 · Neil F. Michelsen fonde Astro Computing Services à San Diego et publie The American Ephemeris, décrite comme la première éphéméride astrologique générée par ordinateur. Pour la première fois depuis Regiomontanus en 1474, l’objet imprimé cesse d’être calculé à la main.

1978 · Michael Erlewine, astrologue et programmeur, fonde Matrix Software et fait passer l’affaire du calculateur central au micro-ordinateur.

1980 · Erlewine publie un livre contenant « tous les algorithmes et données nécessaires aux possesseurs de micro-ordinateurs pour écrire eux-mêmes leurs programmes astrologiques complets ». C’est exactement ce qu’avait fait Regiomontanus avec sa presse · publier l’outil plutôt que le résultat.

1981 · le Digicomp DR-70 Astrology Minicomputer est en usage, notamment par Joan Quigley, l’astrologue de Nancy Reagan. Retenez la date. En 1981, une machine de calcul astrologique dédiée tourne à proximité immédiate de la présidence américaine.

1991 · Astrolog, premier logiciel d’astrologie libre.

1997 · Swiss Ephemeris. Après quoi il n’y a plus de problème de calcul. Il n’y en a toujours pas. Vingt-neuf ans plus tard, la question est close.

Ce que les modèles de langage n’ont pas changé

Il faut être très précis ici, parce que c’est le point où tout le monde se trompe, y compris en notre faveur.

Les grands modèles de langage n’ont rien changé au calcul. Rien. Zéro. Le calcul était résolu en 1997, il l’était encore en 2015, il l’est aujourd’hui exactement de la même façon · par une bibliothèque de quatre-vingt-dix-neuf mégaoctets qui intègre des éphémérides du JPL.

Pire · un modèle qui produirait lui-même des positions planétaires serait très en dessous de cette bibliothèque. Il ne calculerait pas, il inventerait. Il produirait un nombre plausible, bien formé, correctement libellé en degrés et minutes, et faux. C’est la nature de l’outil · un modèle de langage est un producteur de suites vraisemblables, pas un intégrateur d’équations du mouvement.

La règle est donc simple et sans exception. Le calcul vient de la bibliothèque. Jamais du modèle. Quiconque prétend le contraire vend du plausible.

Nous le disons ici parce que c’est la partie de notre propre position qui pourrait le plus facilement être maquillée, et que la maquiller reviendrait à perdre le droit d’être cru sur le reste.

Ce qu’ils ont changé · le coût de la lecture croisée

Alors où est le changement. Il est ailleurs, et il est réel.

Regardez ce que contient ce dossier. Neuf traditions, chacune avec sa langue technique, son corpus et son école.

Les Anthologies de Vettius Valens, dix livres, plus d’une centaine de thèmes de consultation · en grec de koinè, dans des manuscrits tous postérieurs à 1300.

Le Brihat Parashara Hora Shastra · en sanskrit, dans des recensions qui vont de soixante et onze à quatre-vingt-dix-sept chapitres selon l’édition.

Le Yuanhai Ziping et le Sanming Tonghui · en chinois classique.

Les zij · en arabe, plus de deux cents recensés du VIIIe au XVe siècle.

Lenain · en français de 1823.

Le Codex de Dresde · en glyphes mayas.

Ajoutez à cela quatre systèmes de coordonnées incompatibles entre eux. Le zodiaque tropical grec, calé sur l’équinoxe. Le zodiaque sidéral indien, calé sur un point stellaire fixe et décalé du premier d’environ vingt-quatre degrés par l’effet de la précession. Le cycle sexagésimal chinois, qui n’est pas un zodiaque du tout mais un comptage de paires tronc-branche. Et le nom de jour maya, où le destin n’a aucune position angulaire · il est dans le nom.

Croiser ces corpus en une seule lecture supposait un lecteur compétent simultanément dans cinq langues mortes et quatre systèmes de coordonnées incompatibles, et disponible en continu.

Il n’en a jamais existé un seul en cinq mille ans.

Pas parce que c’était intellectuellement impossible. Parce qu’une vie humaine n’y suffit pas, et que celui qui aurait passé trente ans à maîtriser le grec, le sanskrit, le chinois classique, l’arabe et les glyphes mayas n’aurait plus eu de temps pour lire.

Le lecteur qui manquait

C’est la seule chose que les modèles de langage ont changée, et elle est considérable.

Ils ne calculent pas mieux · ils calculent moins bien, et il faut leur interdire de calculer. Ils ne savent rien que les textes ne disent pas. Ils n’ont accès à aucune vérité sur les vies.

Ils lisent. Dans cinq langues mortes, sans se lasser, à un coût marginal proche de zéro.

Pendant cinq mille ans, l’obstacle a été présenté comme un problème de puissance · pas assez de tables, pas assez de scribes, pas assez d’heures. C’était faux depuis 1997. Depuis 1997 la puissance est là, gratuite, à la milliseconde d’arc, et rien ne s’est passé, parce que ce n’était pas ce qui manquait.

Ce qui manquait n’était pas la puissance. C’était le lecteur.

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Ce que cette méthode donne, appliquée à une naissance

Les civilisations que cette pièce raconte ne sont pas une décoration. Elles sont calculées, datées école par école, et le désaccord entre elles est imprimé au lieu d’être lissé. Une date, une heure, un lieu suffisent.

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Cet article est une pièce de la série Le Regard Inverse, où z/S SYSTEMS documente les deux usages de la même machine · celle que l’on pointe vers les gens, et celle que l’on pointe vers le ciel.

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Écriture aiguisée sur l'art, la tech, la culture et les zones grises entre les trois. Ton direct, anti-bullshit assumé. On décrypte ce qui se trame dans les médias, l'IA, le cinéma et la société. Bienvenue dans l'anti-chambre prédictive.

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