François Bégaudeau : « D’âne à zèbre »
Pourquoi lui ?
Parce qu’un alphabet loufoque et très personnel où l’auteur convoque animaux, philosophes et célébrités déglinguées est forcement objet de curiosité.
Parce que c’est un livre cruel, terriblement inventif et parfois même super-comique.
Et puis parce qu’il y a un an nous nous entretenions avec François Bégaudeau qui nous disait : « Comme j’entends n’importe quoi sur mon compte, la façon la plus rigolote de survivre est de produire mon propre n’importe quoi. J’aime bien m’amuser. »
Pour preuve, regardez sa folle vidéo de promo auto-produite…
Où le lire ?
Sur un banc, dans un zoo.
Le passage à retenir par cœur ?
« Un garçon du sixième arrondissement et un de Drancy sortent à 5h45 d’une boîte de nuit des Champs-Elysées. Configuration crédible : le samedi soir le banlieusard aime bien jouer au riche. Suivons-les.
Le premier attend trois minutes un taxi appelé par le numéro vert refilé par son père journaliste à LCI ; le second marche vingt-sept minutes jusqu’à la station Châtelet-Les Halles puis attend une demi-heure le premier RER. Sur cette séquence, le taux d’exposition au froid du banlieusard est dix fois supérieur à celui du Parisien intra muros. Les deux degrés Celsius, il les sent passer, ainsi que les gouttes d’une pluie fine mais insidieuse. Par la suite, le corps du prolo est le foyer d’un système complexe d’échanges entre lui et l’environnement matériel – banc métallique glacial du quai, ressort de la banquette du train, courant d’air à travers un hublot cassé, agitation plus ou moins agressive d’une bande de fêtards d’Aulnay-sous-Bois. Tandis que notre ami riche aura à peine essuyé les infos du matin sur RMC, à peine deux commentaires creux du chauffeur.
Passons sur les distances contrastées qui séparent d’un côté la gare de Drancy et l’immeuble de Mounir, de l’autre taxi et la porte cochère du 167 rue de Vaugirard que Baptiste a poussée sans efforts démesurés. Passons sur les baskets un peu crottées du banlieusard au moment où il les essuie sur son paillasson. Pénétrons plutôt les appartements respectifs. Dans le deux-pièces de l’un, encastrée au bout du couloir du quatrième étage, la densité d’odeurs et de sons est en moyenne trois fois supérieure à celle calculée chez l’autre – dont la chambre isolée donne sur une cour intérieure feutrée de pelouse entretenue par un jardinier philippin, loin des bruits de rue et des avions de Roissy que Mounir compte pour s’endormir.
Il est vrai que Mounir est sorti de l’école en troisième, et Baptiste major de Polytechnique. Il fallait réfléchir avant, Mounir. »
A qui l’offrir ?
A chaque membre du nouveau gouvernement socialiste.

D’âne à zèbre, par François Bégaudeau, Grasset, collection «Vingt-Six», 252 p., 18 euros
Etam s’associe aux Deux Magots, mise en vente lundi, jour d’ouverture de la rentrée littéraire. Chaussettes, casquettes, foulard, sac, sweatshirts molletonnés. Deux phrases de communiqué reprises par la presse professionnelle, et pas un seul nom d’écrivain dedans.
Samedi 29 août, la Mostra supprime pour la première fois depuis des décennies la séance de questions au jury. Motif officiel : un conflit d’agenda. Mercredi 2 septembre, elle ouvre avec Ink, de Danny Boyle, sur l’invention de la presse à sensation en 1969.
Chaque équipe passe de 90 à 53. Trente-sept sorties par vestiaire, trente-deux vestiaires, une heure limite unique. Mecole Hardman Jr., trois bagues de champion, a été libéré samedi par Buffalo. Le plus grand licenciement collectif du calendrier sportif américain.
RTE l’écrit dans sa fiche de chiffres clés et personne ne le reprend : les centres de données déjà raccordés ne consomment en moyenne que 20 % de la puissance qu’ils ont demandée. Pendant ce temps la file d’attente passe de 5 à 18 gigawatts.
9h44, l’Insee publie une inflation à 2,4 % sur un an, tirée par une énergie en hausse de 16,7 %. 14h03, Jean-Pierre Farandou confirme l’indexation du RSA et de l’Aspa, et rouvre le débat sur la désindexation des pensions. Quatre heures et dix-neuf minutes séparent les deux dépêches.
Le 27 août, plus de cent entreprises ont signé un appel commun contre les attaques informatiques menées par des IA. Parmi les signataires : ceux qui construisent ces IA, ceux qui ont vu leurs propres agents s’échapper cet été, et ceux qui commercialisent déjà les produits de défense.