Bruxelles met 200 millions au Groenland. Lisez la liste des postes : ce sont des câbles
Deux jours à Nuuk, une sortie en bateau parmi les icebergs, une enveloppe de 200 millions d’euros. Toute la couverture a titré sur Donald Trump. Satellites, connectivité et centres de données attendaient dans le dernier tiers des dépêches.
Bruxelles met 200 millions au Groenland. Lisez la liste des postes : ce sont des câbles
Ursula von der Leyen a passé deux jours à Nuuk, un bateau au milieu des icebergs, une déclaration commune, une enveloppe. Toute la couverture a titré sur Donald Trump. Le mot « centres de données » attendait dans le dernier tiers des dépêches.
La séquence est réglée comme un plan de tournage. Soleil étincelant, sortie en bateau au milieu des icebergs, la présidente de la Commission européenne encadrée par le chef du gouvernement groenlandais Jens Frederik Nielsen et la Première ministre danoise Mette Frederiksen. Signature d’une déclaration commune. Conférence de presse à Nuuk. Deux jours, une image, une phrase à emporter : « L’Europe fait un choix : celui d’être plus présente et plus impliquée au Groenland et dans l’Arctique. » Et, sans jamais prononcer le nom du président américain, la réplique du troisième acte : « C’est aux habitants du Groenland et du Danemark de décider de l’avenir du Groenland. Personne d’autre. » (AFP, 7 septembre 2026)
Le montant annoncé : 200 millions d’euros supplémentaires, mobilisés en 2026 et 2027. Toute la presse a retenu le geste politique. Personne n’a lu la liste des postes financés.
La voici, telle qu’annoncée : connectivité du territoire, énergie propre, accès aux matières premières critiques, capacités satellitaires pour améliorer l’accès à internet dans le nord et l’est de l’île. Et une piste explorée, celle qui ferme la démonstration : accueillir au Groenland des centres de données, qui ont besoin de technologies de refroidissement, pour alimenter le boom de l’intelligence artificielle. Christian Keldsen, à la tête du patronat groenlandais, ne prend pas de gants sur ce point.
Satellites, connectivité, terres rares, refroidissement, serveurs. Ce n’est pas un plan d’aide à un territoire arctique de 57 000 habitants. C’est un cahier des charges d’infrastructure numérique. L’Europe n’a pas décidé de protéger le Groenland. Elle a décidé de le raccorder.
Ce qui rend cette lecture opposable, ce sont les deux pièces que nous avons publiées la semaine dernière et que personne n’a pensé à mettre à côté de celle ci. La première : 70 pourcent de la mémoire produite dans le monde en 2026 partira aux centres de données, et la capacité de 2028 est déjà vendue. La seconde : 18 gigawatts réservés sur le réseau public français par les centres de données, dont 20 pourcent seulement sont effectivement consommés. Une industrie qui a vendu sa capacité deux ans à l’avance et qui réserve du courant qu’elle ne consomme pas encore, cette industrie ne cherche pas des clients. Elle cherche du terrain et du froid.
Le Groenland a exactement les deux. Une banquise, des eaux glacées, un besoin urgent de sortir de la dépendance au Danemark et à la pêche, et un gouvernement qui cherche de quoi financer son émancipation. Bruxelles, de son côté, veut diversifier son accès aux matières premières critiques, jusqu’ici très lié à la Chine. Les intérêts convergent, et c’est précisément ce qui rend l’opération solide. Ce n’est pas de la générosité, c’est un accord. Il vaudrait mieux le dire comme tel.
Un mot sur le décor politique, parce qu’il ne s’efface pas. En janvier, le président américain n’a pas exclu « d’utiliser la force » pour s’emparer du territoire, provoquant une crise majeure entre alliés. Sept mois plus tard la température est retombée, sans qu’il ait renoncé à contrôler l’île. Nous avons documenté sa méthode de prise de possession symbolique il y a cinq jours : le troisième lieu qu’il entreprend de rebaptiser à son nom. Lui redessine les cartes. L’Europe, elle, pose des câbles. On verra laquelle des deux méthodes tient le plus longtemps.
57 000 habitants au Groenland
3 508 euros par habitant sur deux ans, calcul de la rédaction
70 pourcent de la mémoire mondiale produite en 2026 destinée aux centres de données
Trois mille cinq cents euros par Groenlandais. C’est ce que coûte, pour l’instant, le droit d’installer ses serveurs à côté de la glace.
VOIR AUSSI · 70 pourcent de la mémoire mondiale ira aux data centers · 18 gigawatts réservés, 20 pourcent consommés · Trump et les lieux qu’il rebaptise · La présidence française du Conseil de sécurité en septembre
NOTE DE TRANSPARENCE · le montant par habitant est un calcul de la rédaction, à partir des 200 millions annoncés et des 57 000 habitants cités par l’AFP. Aucune répartition par habitant n’a été annoncée par la Commission. L’installation de centres de données au Groenland est présentée par les sources comme une piste explorée, pas comme une décision prise.
Mardi 15 septembre, Salles du Carrousel, la cérémonie des 50 Best Hotels quitte Londres pour la première fois. La même année, quatre maisons françaises ont perdu leur label Palace, dont le Byblos. Deux jurys, deux verdicts, un seul pays.
L’étude Global Burden of Disease 2023, publiée dans The Lancet Public Health, compte 2,71 milliards de personnes exposées à la fumée secondaire dans 204 pays. Deux chiffres en sortent le même jour. Un seul est devenu une information.
Le gouvernement présente sa loi de modernisation de la sécurité civile le jour où les pompiers déposent un préavis de grève jusqu’au 20 octobre, soit la fin de l’examen du budget. Et 87 pourcent de leurs missions sont désormais du secours d’urgence aux personnes.
Le deuxième film de Charline Bourgeois-Tacquet sort mercredi 9 septembre. Léa Drucker y joue une chirurgienne d'hôpital public que rien n'arrête, jusqu'à ce qu'une romancière vienne passer quelques semaines dans son service. Le film était en compétition à Cannes le 13 mai.
Depuis 2021, le prix Femina proclamait ses lauréats au musée Carnavalet. À partir de cette année, il le fera au 30 avenue Montaigne, chez Dior. Le jury affirme qu'aucun financement n'est en jeu et parle d'avantages, sans dire lesquels. La proclamation est fixée au 4 novembre.
La France dirige le Conseil de sécurité de l'ONU tout le mois de septembre. Le calendrier annoncé est plein : le Soudan le 10, l'Iran le 17, Haïti le 29. Sauf que les 15 membres n'ont pas réussi à adopter ce calendrier. Ils travaillent sur un texte qui n'a pas le même statut.