Le chômage a monté d’un point en six trimestres, et près de la moitié de cette hausse vient d’une loi qui s’appelle plein emploi
8,3 % au deuxième trimestre 2026, sixième hausse consécutive, 2,7 millions de personnes. Mais dans l’encadré que personne ne reprend, l’Insee établit que les bénéficiaires du RSA et les jeunes inscrits à France Travail pèsent près de la moitié de la hausse cumulée depuis fin 2024.
Le chômage a monté d’un point en six trimestres, et près de la moitié de cette hausse vient d’une loi qui s’appelle plein emploi
8,3 % au deuxième trimestre, sixième hausse consécutive, deux millions sept cent mille personnes. Le chiffre est mauvais et il est vrai. Mais quand on ouvre le tableau que l’Insee publie sous son propre communiqué, on découvre que le thermomètre a été changé en cours de route, et qu’il a été changé par un texte qui portait le mot emploi dans son titre.
Commençons par ce qui n’est pas contestable. Le 7 août 2026, l’Insee a établi le taux de chômage au sens du Bureau international du travail à 8,3 % de la population active, en hausse de 0,2 point sur le trimestre et de 0,7 point sur un an, soit 62 000 chômeurs de plus en trois mois et 261 000 de plus en douze mois (Insee, Informations rapides n° 192). C’est le plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2020, celui de la crise sanitaire, et avant cela depuis le troisième trimestre 2019. Le taux reste néanmoins inférieur de 2,2 points à son pic de mi 2015. Toutes les tranches d’âge montent : 21,6 % chez les 15 à 24 ans, 7,5 % chez les 25 à 49 ans, 5,5 % chez les 50 ans et plus (Journal du Net). Le chômage de longue durée suit : 671 000 personnes sans emploi et en recherche depuis au moins un an, 116 000 de plus qu’un an plus tôt (Xinhua).
Maintenant, l’encadré. L’Insee le place à la fin de sa publication, sous un titre technique que personne ne reprend, et il contient l’information la plus politique de l’année. Le deuxième trimestre 2026 est le sixième trimestre de mise en œuvre de la loi pour le plein emploi, entrée en vigueur en janvier 2025, dont le dispositif central est l’inscription automatique sur les listes de demandeurs d’emploi des bénéficiaires du RSA et des jeunes de 15 à 29 ans. Sur ces six trimestres cumulés, écrit l’institut, ces deux populations contribuent pour près de la moitié de la hausse du taux de chômage.
Le détail est encore plus net que la formule. Sur les 0,98 point de hausse cumulée depuis le quatrième trimestre 2024, les bénéficiaires du RSA en apportent 0,31 et les jeunes inscrits à France Travail 0,11. Reste 0,57 point pour tout le monde. Et ce tout le monde, que l’Insee appelle sobrement les autres personnes, représente 92,9 % de la population active et affiche un taux de chômage de 5,1 %, en hausse de 0,3 point seulement sur un an et demi. Autrement dit, l’écrasante majorité des actifs français connaît une dégradation réelle mais lente, tandis que la moitié du mouvement mesuré vient de deux catégories qu’une loi a fait passer de l’inactivité vers l’activité.
Il faut être précis, parce que la facilité serait ici de crier au trucage, et ce serait faux. Personne n’a inventé de chômeurs. Ces personnes existaient avant janvier 2025, elles étaient sans emploi avant janvier 2025, et elles n’étaient simplement pas comptées comme actives. La loi n’a pas fabriqué une réalité, elle a déplacé une frontière. Le taux de chômage n’est pas un fait de nature, c’est un rapport entre deux ensembles définis par convention, et quand on modifie la définition du dénominateur, le résultat bouge sans que rien ne bouge dehors. L’indicateur mesure le périmètre autant qu’il mesure l’économie.
D’où le paradoxe, et il est cruel dans les deux sens. Le gouvernement subit politiquement une dégradation dont il a lui même produit une partie comptable, en menant une réforme qu’il présentait comme une politique d’insertion. Mais l’opposition qui agite le 8,3 % sans lire l’encadré célèbre en réalité un chiffre gonflé par un dispositif d’accompagnement. Les deux camps utilisent le même nombre et aucun des deux ne dit ce qu’il contient. Ce qui n’a rien d’un détail : le taux d’emploi des bénéficiaires du RSA, lui, a baissé de 2,5 points depuis fin 2024, pour tomber à 24,5 %. Les faire entrer dans la population active ne les a pas fait entrer dans l’emploi. C’est le seul verdict qui compte sur l’efficacité de la loi, et il est mauvais.
Le reste du tableau interdit d’ailleurs de conclure à une simple illusion statistique. Le halo autour du chômage, qui regroupe ceux qui veulent travailler sans chercher activement, reste à 4,4 % de la population des 15 à 64 ans, et 4,4 % des personnes en emploi sont en situation de sous emploi. France Travail annonçait fin avril des intentions de recrutement en baisse de 6,5 % sur un an. Le ministre lui même, interrogé le 15 août, a reconnu que la hausse avait été anticipée et n’était pas une surprise, l’attribuant à une croissance limitée par la guerre en Iran, le blocage du détroit d’Ormuz, les canicules et les incendies (Le JDD). La dégradation est réelle. Elle est juste plus lente et plus profonde que le chiffre ne le raconte.
Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la polémique de rentrée, c’est la mécanique. Une administration a écrit une loi qui rend visibles des gens qu’elle ne comptait pas. C’est une décision honorable, et c’est sans doute la bonne. Elle produit un chiffre qui accable ceux qui l’ont prise, dans un pays où l’objectif affiché reste 5 % en 2027. Un tel dispositif ne survit jamais très longtemps à sa propre facture politique. La question n’est donc pas de savoir si le chômage monte, il monte. Elle est de savoir combien de temps un gouvernement accepte de payer pour continuer à voir ce qu’il a décidé de regarder.
NOTE DE TRANSPARENCE · les contributions chiffrées à la hausse du taux de chômage proviennent du tableau de décomposition publié par l’Insee dans l’encadré de suivi de la loi pour le plein emploi ; l’institut y calcule sur données non arrondies, ce qui explique l’écart entre le 1,0 point annoncé dans le texte et le 0,98 point du tableau, et nous reprenons les deux valeurs telles quelles. Divergence de citation signalée sur les propos du ministre du 7 août, rapportés par les uns avec le verbe résister et par d’autres avec la locution tenir bon : nous n’avons pas eu accès au communiqué original et publions la variante de PolitiqueMatin en indiquant l’autre. Divergence signalée également sur le halo, que l’Insee décrit comme quasi stable en proportion quand une reprise de presse l’estime à 1,9 million de personnes en hausse de 6 000 sur le trimestre. Le taux de chômage des bénéficiaires du RSA cité par l’Insee, 48,6 %, porte sur les seuls actifs de cette population et ne doit pas être lu comme une part de l’ensemble des allocataires. Aucun post ni aucune vidéo n’a été embarqué faute d’URL originale vérifiée.
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