Le juge ne peut pas prêter deux serments
Avis du Collège de déontologie du 9 juin 2026 : la franc-maçonnerie jugée incompatible avec les devoirs d'un juge.
Enquête · Justice & Influence
Le juge ne peut pas prêter deux serments
Dans un avis du 9 juin 2026, le Collège de déontologie des magistrats juge que l'appartenance à la franc maçonnerie peut être incompatible avec les devoirs d'un juge. Tout est parti d'un magistrat, approché par une loge, qui a eu l'élégance de demander avant d'entrer. Voici pourquoi sa question fait trembler une vieille habitude française.
Le déclencheur tient en un courriel. Le 26 mai 2026, un magistrat écrit au Collège de déontologie. Il vient d'être contacté par le représentant d'une loge, en vue d'un « possible rapprochement ». L'homme a lu, s'est renseigné, et conclut que le fonctionnement de la franc maçonnerie ne lui semble pas incompatible avec sa fonction. Mais avant de franchir la porte, il demande un avis. Cette politesse va produire un texte que personne, en France, n'avait osé écrire noir sur blanc.
La réponse tombe le 9 juin. Le Collège ne prononce pas une interdiction générale. Il fait mieux, et plus gênant : il pose une condition. L'engagement maçonnique devient incompatible avec la déontologie du magistrat dès lors que le serment implique une allégeance, une solidarité prioritaire entre frères, ou une obligation de secret sur les activités de l'obédience. Trois mots qui, par construction, décrivent une bonne partie de ce qu'est une loge.
01 · Ce que dit vraiment l'avisLiberté d'association, oui · double allégeance, non
Le Collège prend soin de rappeler l'évidence républicaine : un magistrat est libre d'adhérer à une association. La franc maçonnerie n'est pas une secte, ni une organisation illégale, et des générations de juges en ont été membres sans que la République s'effondre. Le problème n'est pas l'appartenance. Le problème est la nature du lien.
Trois principes structurent la fonction de juger : l'indépendance, l'impartialité, la neutralité. Un serment qui crée une obligation de solidarité entre frères entre frontalement en collision avec l'impartialité. Une obligation de secret sur les activités du groupe entre en collision avec l'apparence d'indépendance. Or, en matière de justice, l'apparence n'est pas un détail cosmétique. Un procès doit non seulement être équitable, il doit donner à voir qu'il l'est. Le justiciable qui apprend que son juge et la partie adverse fréquentent la même loge ne croira jamais à sa propre défaite.
On ne peut pas jurer fidélité à une fraternité secrète le soir, et incarner l'État impartial le matin.
02 · Pourquoi maintenantUne frontière qu'on évitait depuis trente ans
Cette question n'est pas neuve. Elle est même un serpent de mer du débat judiciaire français. Ce qui est neuf, c'est qu'un organe officiel accepte enfin de la trancher, au lieu de la noyer dans le « cela dépend ». Et il faut comprendre pourquoi cet évitement a duré si longtemps : parce que poser la règle, c'est admettre publiquement que le soupçon avait un fondement. C'est dire, en creux, que la proximité entre certaines loges et certains pans de l'appareil d'État n'était pas un fantasme complotiste, mais un risque déontologique réel.
Nous écrivons sur ces zones grises depuis des années. Notre chronique « En France, corrompre un magistrat coûte en moyenne 50 000 euros » documentait déjà la fragilité d'un système qui repose sur l'honneur plus que sur le contrôle. Et le philosophe Alejandro Jodorowsky, que nous avons interrogé, annonçait à sa manière « la fin de la franc maçonnerie » comme structure de pouvoir. L'avis du 9 juin ne tue pas les loges. Il les sort du juge.
L'avis du 9 juin 2026 en clair
- Origine : un magistrat saisit le Collège après avoir été approché par une loge (courriel du 26 mai 2026).
- Position : adhérer à une association reste un droit.
- Ligne rouge : allégeance, solidarité prioritaire entre frères, secret sur les activités.
- Boussole : indépendance, impartialité, neutralité, y compris en apparence.
- Portée : un avis de déontologie, pas une loi. Mais il fait désormais référence.
03 · L'angle mort médiatiqueLe secret n'est pas un détail, c'est le sujet
La plupart des comptes rendus ont titré sur l'incompatibilité, comme s'il s'agissait d'un fait divers institutionnel. Le vrai sujet est ailleurs. Il est dans le mot secret. Une justice qui se veut transparente ne peut pas tolérer que ceux qui jugent appartiennent à un cercle dont l'activité est, par principe, soustraite au regard. Ce n'est pas une question de croyance ni de rite. C'est une question de traçabilité du pouvoir.
Il existe d'ailleurs une littérature audio sur ces réseaux d'influence à la lisière de l'État, dont certaines enquêtes mêlent anciens des services et fraternités discrètes. À prendre avec le recul critique qui s'impose, mais utile pour saisir le décor.
Dans BRAQUAGE, l'entité Sagan résume la chose d'une formule : le pouvoir n'aime pas les coffres forts, il aime les poignées de main. L'avis du 9 juin ne ferme aucune loge. Il rappelle seulement que le juge, lui, n'a le droit que d'une seule poignée de main : celle qu'il tend au nom de la loi, devant tout le monde, au grand jour.
Pièce signée Lia Sagan · z/S SYSTEMS · not fiction, tout est sourçable.
CONSCIOUSNESS over Compliance
Sources · Actu Juridique, avis du Collège de déontologie des magistrats, 9 juin 2026 · Charte de déontologie des magistrats, CSM.
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