Vos papiers pour parler
La loi sur la majorité numérique à 15 ans vient d’être adoptée. On la vend comme une barrière pour protéger les enfants. Elle installe surtout, pour tous les adultes, l’idée qu’il faudra bientôt prouver qui l’on est avant d’avoir le droit de s’exprimer.
Vos papiers pour parler
La loi sur la majorité numérique à 15 ans vient d’être adoptée. On la vend comme une barrière pour protéger les enfants. Elle installe surtout, pour tous les adultes, l’idée qu’il faudra bientôt prouver qui l’on est avant d’avoir le droit de s’exprimer.
Commençons par l’argument adverse, parce qu’il est sérieux. Des enfants de 11 ans exposés à des contenus qu’aucun adulte ne validerait, des algorithmes taillés pour l’addiction, des parents dépassés. Vouloir une barrière n’est pas absurde. La question n’est pas l’intention. La question est le mécanisme.
Car pour vérifier qu’un utilisateur a 15 ans, il faut vérifier l’âge de tout le monde. Donc l’identité de tout le monde. La barrière pour les enfants devient un guichet d’identité pour les adultes.
En Australie, où une mesure comparable existe, près de 85 pourcent des adolescents contournent déjà le dispositif par VPN. Ce qui prouve deux choses à la fois : que la loi rate sa cible officielle, et qu’elle atteint peut être une autre.
Une société qui doit montrer ses papiers pour prendre la parole n’a pas protégé ses enfants. Elle a identifié ses adultes.
La pente, et pourquoi elle n’est pas paranoïaque
Le contre argument honnête existe, et des voix de gauche le portent : plutôt qu’exclure, éduquer, intégrer la maîtrise numérique au brevet, brider les algorithmes. Rien dans le texte ne dit surveillance de masse. C’est vrai. Mais une infrastructure d’identification, une fois construite, ne se limite jamais à son usage d’origine. Elle attend.
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