Un ex-patron du Mossad chez Pley, et personne pour le contredire
Dans Legend, Guillaume Pley reçoit Yossi Cohen, ancien directeur du Mossad. Une heure quarante-cinq sur l'opération des bipeurs et les attentats déjoués, sans la moindre objection. La presse s'inquiète.
Il y a une question qu'un journaliste pose forcément, à un moment, à un homme qui a dirigé un service capable de tuer à distance. Cette question, Guillaume Pley ne l'a jamais posée. Dans son podcast Legend, l'un des plus écoutés de France, l'animateur a reçu Yossi Cohen, ancien directeur du Mossad, le service de renseignement extérieur israélien. Une heure quarante-cinq d'entretien. Zéro contradiction.
L'invité a déroulé son parcours d'exception : son recrutement dans les services israéliens, les coulisses de l'opération des bipeurs, ces appareils piégés qui ont explosé en 2024, tuant des dizaines de membres du Hezbollah libanais et en blessant des milliers d'autres, et la manière dont plusieurs attentats auraient été déjoués en France. Un récit, livré par son propre héros, sans personne en face pour le mettre à l'épreuve.
Le problème n'est pas l'invité
Il faut être précis, parce que le sujet est inflammable. Le problème n'est pas qu'un ancien responsable du renseignement s'exprime. Les grands entretiens avec des figures controversées font partie du travail journalistique, à une condition : la contradiction. On documente, on questionne, on oppose les faits, on rappelle le droit, on donne à entendre les victimes. Sans cela, l'entretien cesse d'informer pour devenir un exercice de communication.
C'est le reproche formulé par plusieurs médias, dont la presse suisse : pendant l'entretien, le patron du renseignement a pu présenter sa version sans que rien ne vienne la nuancer. Le format long, censé approfondir, s'est transformé en caisse de résonance. Voilà le point aveugle de l'audiovisuel de conversation : plus l'audience est massive, moins la contradiction est présente, comme si le confort du format valait dispense de déontologie.
Ce que ça dit du paysage médiatique
Le succès de Legend n'est pas un accident. Le public est fatigué des formats courts, des joutes de plateau, du montage nerveux. Il veut du temps, de la voix, de l'incarnation. Ce désir est légitime. Mais il crée une faille : l'entretien fleuve peut devenir un espace où les puissants racontent leur propre légende sans jamais rencontrer le réel de leurs actes. Nommer cette faille, ce n'est pas censurer. C'est réclamer que la contradiction revienne dans la pièce.
On documente, on questionne, on oppose. Sinon ce n'est pas du journalisme. · z/S SYSTEMS
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