POURQUOI LE FOOT EST-IL SI DIFFICILE À FILMER ?
Alors que vient tout juste de se refermer le festival La Lucarne, premier rassemblement autour du ciné et du foot, la question éternelle reste ouverte : pourquoi le football, sport le plus populaire au monde, n’a toujours pas eu son film culte ? Quelle étrangeté esthétique empêche le ballon rond d’entrer de plain-pied dans le 7ème art ?

À cette question, toujours la même réponse est servie : et Coup de Tête alors ? « Le moins pire, ça reste Coup de tête. Mais les scènes de foot sont pathétiques » explique, pragmatique, Franck Annese, fondateur de So Foot et So Film.
Quel film propose donc de vraies scènes de foot ? Certainement pas le pathétique À nous la victoire. Et encore mois, dans un un style opposé, l’ennuyeux Zidane, un portrait du XXème siècle. En fait, le football n’a bien été filmé qu’avec dérision. Guillaume Renusson, jeune réalisateur de talent et ancien joueur de niveau national, l’avoue : « Bien sûr, je pourrais dire Coup de tête, My Name is Joe… Mais, qu’est-ce que j’ai pu rire devant Shaolin Soccer. Entre Matrix, Olive & Tom et Sept ans au Tibet. Du grand n’importe quoi. »
Dernièrement, les plus belles images de football nous viennent de la publicité. Nous avons tous en tête la narration dramatique et esthétique d’Inarritu pour Nike. Sur le sujet, François Bégaudeau a un avis bien tranché. « Ces pubs ne me plaisent pas, c’est du jeu vidéo. Ça n’a rien à voir avec le foot (je déteste Inarritu, d’ailleurs). Je me fous des passements de jambe. Mais la question n’est pas là. Ce qui manque au ciné, c’est un vrai et grand récit autour du foot, en oubliant de filmer le jeu. C’est étrange qu’on n’ait pas encore eu ça. Peut-etre parce qu’on n’est pas très bon pour faire des film-dossiers –et que Canal ne les financera pas, pour les raisons qu’on sait. »
Guerre de pouvoir, argent, sexe, ferveur… il y a tout dans la réalité du football professionnel pour une fiction réussie. Alors pourquoi le foot ne trouverait pas l’équivalent de l’excellent film d’Oliver Stone, L’Enfer du Dimanche ?
Pour François Bégaudeau, la raison est beaucoup plus profonde. « L’école républicaine. Descartes. Les Humanités. Gloire des idées, mépris du corps. Et puis le foot est le sport des prolos. Quand on dit que les supporters de foot sont des sauvages, c’est une nouvelle modalité de la vieille haine du peuple qui sévit chez les intellectuels et la bourgeoisie. Depuis quinze, cet invariant s’est étoffé de racisme, puisque le foot est l’image du prolétariat des
années 2000 : noir et arabe. »
Une analyse sur laquelle se retrouve Franck Annese. « On est au pays des Lumières, le foot c’est péjoratif. C’est propre à la France. Chez nous, si tu fais un BEP, t’es un idiot. On demande aux footeux d’être des exemples dans un pays où seules les études sont valorisées. »

Trop marqués par le siècle des Lumières les Français. Trop germanopratins. Trop intellectuels pour s’intéresser réellement au football. À part Albert Camus quel penseur a osé dire son amour du foot ? Ce sport qui compte près de 2 millions de licenciés dans notre pays. Bien loin des philosophes grecques ou orientaux, pour qui le corps et l’esprit doivent être éduqués ensemble.
Mais peut-être que le foot ne veut, tout simplement, pas entrer au ciné. « Peut-être que le football se suffit à lui-même dans sa perfection : son esthétisme n’a pas besoin d’être révélé ni amplifié par l’image pour plaire. La preuve que le Beau et le Sacré sont deux notions différentes » nous confie Guillaume Renusson. Et la télé, avec ses multiples caméras, ses ralentis, ses 3D, a peut-être déjà tout proposé en terme de réalisation. « Peut-être que le sport c’est déjà de l’image et de la réalisation, et qu’au fond on ne peut pas faire beaucoup mieux que la télé » confirme François Bégaudeau.
Comme à chaque fois que nous nous trouvons devant un problème apparemment insoluble, nous le laissons entre les mains des Monty Python. Car, si on ne peut répondre, on peut rire.
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