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L'Écran· 4 MIN· juillet 2026 PUBLIÉ LE 02 juil.

Et si la performance était devenue notre maladie

Le biologiste Olivier Hamant oppose la robustesse du vivant au culte de l'optimisation. Un des rares discours d'effondrement qui ne joue ni la panique ni le deni.

Et si la performance était devenue notre maladie
La rédaction
La rédaction 02 juil. 2026 · 4 MIN · L'Écran
Olivier Hamant sur Elucid, survivre a l'effondrement grace a la robustesse
Le biologiste Olivier Hamant sur Élucid, 27 juin 2026. 171 937 vues. Un des entretiens écologiques les plus regardés du moment. Credit : YouTube / Élucid · 27 juin 2026

Décryptage · idées

Et si la performance était devenue notre maladie

Le biologiste Olivier Hamant oppose la robustesse du vivant au culte de l'optimisation. Un des rares discours d'effondrement qui ne joue ni la panique ni le déni.

Par Zoé Sagan · 2 juillet 2026

On a l'habitude, sur l'écologie, de deux registres seulement : la panique qui tétanise, ou le déni qui rassure. Olivier Hamant en propose un troisième, et c'est ce qui rend cet entretien de Élucid, vu 171 937 fois, si particulier. Biologiste à l'École normale supérieure de Lyon, spécialiste des plantes, il ne vient pas agiter la fin du monde. Il vient reprocher un mot : performance. Sa thèse tient en une phrase qu'il pose d'entrée. « Ce qui nous arrive, ce n'est pas un problème écologique, ce n'est pas un problème social, c'est vraiment un problème culturel » (01:17).

L'entretien intégral, environ 86 minutes. Source : YouTube / Élucid · 27 juin 2026

Le constat, sans trembler

D'abord les chiffres, qu'il déroule sans pathos. En 50 ans, la masse des vertébrés sauvages a chuté d'environ 70 pourcent. En 30 ans, l'Europe a perdu près de 80 pourcent de ses insectes volants. La mortalité des ruches, autour de 10 à 15 pourcent au début des années 2000, serait remontée jusqu'à 60 pourcent en 2024. Ces ordres de grandeur recoupent les grandes études, de l'indice Planète Vivante à l'étude allemande de Krefeld sur les insectes. Et Hamant refuse le mot érosion. Il cite Aurélien Barrau, qui parle de première grande extermination, et rappelle que le rythme actuel va mille fois plus vite que la disparition des dinosaures. Sa formule qui reste : « On peut mettre toutes les énergies renouvelables qu'on veut, s'il n'y a plus d'insectes, il n'y a plus de civilisation » (08:05). Parce que nous sommes, dit il, une civilisation de la fleur, et que la fleur dépend de l'insecte.

« Nous sommes les générations futures des années 80. Il faut arrêter de penser générations futures, c'est nous. » Olivier Hamant · 06:24 · transcription de la vidéo

La performance comme piège

Vient l'idée forte. Il prend la définition la plus sèche, celle du contrôleur de gestion : la performance, c'est l'efficacité plus l'efficience, atteindre son but avec le moins de moyens possibles. Parfait pour un pompier. Catastrophique comme principe de civilisation. Parce qu'un système optimisé à fond n'a plus de marge, plus de redondance, plus de jeu. Il tient tant que tout va bien et casse à la première secousse. Or on entre, dit Hamant, dans un monde de fluctuations, de dérèglement plutôt que de réchauffement, d'écarts plutôt que de moyennes. Dans ce monde là, ce qui survit n'est pas le plus performant, c'est le plus robuste. Le vivant, lui, est massivement sous optimal, redondant, lent, coopératif. Et il dure depuis quatre milliards d'années.

Sa charge la plus nette : « Nous sommes en train de vivre un burnout planétaire » (12:37), et dans un burnout, augmenter la performance ne fait qu'aggraver le mal. Il convoque Ivan Illich et sa némésis médicale, cette médecine devenue elle même productrice de maladie à force de vouloir tout optimiser. La performance contre productive. On répare le château de cartes en ajoutant des cartes.

Ce qui mérite d'être discuté

Le discours est rigoureux, c'est rare, et il évite le double piège de l'effondrement spectacle et du technosolutionnisme béat. Reste une question qu'on peut lui poser sans le trahir. Passer de la performance à la robustesse, très bien, mais huit milliards d'humains vivent aujourd'hui grâce à des systèmes ultra optimisés, l'agriculture intensive en tête, que lui même dit intenable. Le pont entre les deux mondes, celui où l'on désarme la performance sans effondrer ce qu'elle nourrit, c'est là que tout se joue, et c'est là que Hamant reste, forcément, dans le principe plus que dans le mode d'emploi. Il le sait. Il propose une boussole culturelle, pas un plan de transition.

Mais une boussole, par les temps qui courent, ce n'est pas rien. Hamant fait le contraire de la plupart des vidéos qu'on croise sur ces sujets. Il ne vend ni la peur ni le miracle. Il demande juste qu'on arrête de croire que faire plus vite, plus fort, plus optimisé, nous sauvera. Le vivant, patiemment, dit l'inverse depuis quatre milliards d'années. On ferait bien de l'écouter avant de finir de le faire taire.


NOTE DE TRANSCRIPTION · Citations relevées des sous titres de la vidéo, horodatées et vérifiables au timecode. Références citées par Olivier Hamant, réelles, orthographes rétablies : ses ouvrages (Antidote au culte de la performance, La troisième voie du vivant) ; Aurélien Barrau ; Philippe Bihouix (le pic de tout) ; Jean Marc Jancovici (pic pétrolier) ; Ivan Illich (Némésis médicale). Ordres de grandeur recoupés par sources ouvertes : déclin des populations de vertébrés sauvages (indice Planète Vivante) et des insectes volants en Europe (étude de Krefeld).

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Écriture aiguisée sur l'art, la tech, la culture et les zones grises entre les trois. Ton direct, anti-bullshit assumé. On décrypte ce qui se trame dans les médias, l'IA, le cinéma et la société. Bienvenue dans l'anti-chambre prédictive.

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