1,49 milliard de femmes respirent la fumée des autres. La presse a titré sur les enfants
L’étude Global Burden of Disease 2023, publiée dans The Lancet Public Health, compte 2,71 milliards de personnes exposées à la fumée secondaire dans 204 pays. Deux chiffres en sortent le même jour. Un seul est devenu une information.
1,49 milliard de femmes respirent la fumée des autres. La presse a titré sur les enfants
L’étude Global Burden of Disease 2023, publiée dans The Lancet Public Health, chiffre l’exposition mondiale au tabagisme passif dans 204 pays. Elle contient deux chiffres. Un seul est devenu une information.
Les faits d’abord, dans l’ordre où l’étude les donne. En 2023, 2,71 milliards de personnes dans le monde ont été exposées à la fumée secondaire, celle qu’inhalent les non fumeurs. Cette exposition a contribué à 1,66 million de décès. Parmi les personnes exposées figurent 767 millions d’enfants de moins de 15 ans, et 1,49 milliard de femmes. Les résultats proviennent de l’étude Global Burden of Disease 2023, publiée dans The Lancet Public Health, qui a mesuré l’exposition et ses effets sanitaires dans 204 pays et territoires entre 1990 et 2023.
Le chiffre repris en titre par la couverture francophone est celui des enfants : 767 millions. Il est juste, il est grave, il est en une. Le chiffre des femmes est presque le double. Il figure dans la même phrase de la même dépêche. Il n’a pas fait un titre.
1 490 000 000 femmes parmi elles
767 000 000 enfants de moins de 15 ans
1 660 000 décès auxquels cette exposition a contribué
44 800 000 années de vie en bonne santé perdues
Le second enseignement de l’étude tient dans une comparaison que les auteurs posent sans commentaire. La part de la population mondiale protégée par une législation complète d’interdiction de fumer est passée de 3 pourcent en 2007 à 33 pourcent en 2024. Cela représente 2,6 milliards de personnes couvertes par la loi. Et 2,71 milliards de personnes exposées la même période.
Les deux compteurs sont pratiquement à égalité. Autant de personnes protégées que de personnes atteintes. Dix sept ans de politiques publiques ont fait passer la couverture légale de 3 à 33 pourcent, ce qui est considérable, et le nombre d’exposés est resté globalement stable. L’étude conclut qu’environ 70 pourcent de la population mondiale n’est toujours pas protégée par une législation complète.
Cette stabilité globale masque un déplacement. Les chercheurs constatent une hausse marquée en Afrique subsaharienne, en Afrique du Nord et au Moyen Orient, qu’ils rapportent à la croissance démographique. Ce que le droit gagne d’un côté, la démographie le rend de l’autre. Le tabagisme passif reste, selon les auteurs, un facteur important de dégradation de la santé mondiale, principalement par les maladies cardiovasculaires et les affections respiratoires pédiatriques.
La maison a couvert ce dossier plus tôt que la plupart. En décembre 2013, sous un titre qui n’avait pas vieilli d’un jour, nous écrivions déjà que l’industrie du tabac veut votre mort. Treize ans plus tard, l’étude la plus complète jamais produite sur le sujet chiffre à 2,71 milliards le nombre de personnes qui paient pour une consommation qui n’est pas la leur. La formule de 2013 relevait de l’éditorial. Elle relève maintenant de la statistique.
Une précision de méthode, parce qu’elle compte. L’étude ne dit pas que la fumée secondaire a tué 1,66 million de personnes. Elle dit qu’elle a contribué à ces décès, ce qui est la formulation propre à la méthodologie des facteurs de risque du Global Burden of Disease. Nous la reprenons telle quelle, sans la durcir. Ceux qui la durciront rendront un service à personne, et un mauvais service à l’étude.
Il reste ce constat, à porter au registre des choses non écrites. Deux chiffres sortent de la même étude, publiés le même jour, dans le même paragraphe. L’un désigne 767 millions d’enfants. L’autre désigne 1,49 milliard de femmes. Le premier a fait le tour du monde en une matinée. Le second attend encore un titre.
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NOTE DE TRANSPARENCE · l’article de The Lancet Public Health n’a pas été lu intégralement à l’heure du bouclage, les chiffres cités le sont d’après la synthèse publiée par Euronews Santé le 8 septembre 2026, qui référence l’étude et son lien direct.
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