87 pourcent : les pompiers ne combattent plus le feu, ils remplacent l’hôpital
Le gouvernement présente sa loi de modernisation de la sécurité civile le jour où les pompiers déposent un préavis de grève jusqu’au 20 octobre, soit la fin de l’examen du budget. Et 87 pourcent de leurs missions sont désormais du secours d’urgence aux personnes.
87 pourcent : les pompiers ne combattent plus le feu, ils remplacent l’hôpital
Ce mardi 8 septembre, le gouvernement présente aux syndicats sa loi de modernisation de la sécurité civile. Le même mardi, les pompiers déposent un préavis de grève qui court jusqu’au 20 octobre. Ce n’est pas une coïncidence de calendrier, c’est la date de fin d’examen du budget.
87 pourcent. C’est la part des missions des sapeurs pompiers français qui relève aujourd’hui du secours d’urgence aux personnes. Il y a vingt ans, c’était 59 pourcent. Le nombre d’interventions, lui, a grimpé de plus de 30 pourcent depuis 2002. Autrement dit : le métier a changé de nature sans que personne ne vote quoi que ce soit. On appelle encore ça des pompiers. Sur le terrain, ce sont les urgences qui se déplacent.
Voilà le chiffre autour duquel tout tourne aujourd’hui, et voilà le chiffre qu’aucune rédaction française n’a mis en titre. Tout le monde a titré sur la grève. Le fait qui explique la grève est arrivé en avant dernier paragraphe des dépêches.
Ce mardi, donc, deux choses se produisent au même endroit. Le gouvernement convoque les organisations syndicales pour leur présenter les grandes lignes d’un projet de loi de modernisation de la sécurité civile, issu d’un « Beauvau de la Sécurité civile » lancé mi 2024, une concertation d’un an qui n’avait jusqu’ici débouché sur rien. Et l’intersyndicale, neuf organisations, dépose un préavis de grève de six semaines. Du 8 septembre au 20 octobre. Six semaines, c’est très exactement la fenêtre pendant laquelle le Parlement examine le projet de loi de finances (Euronews).
Ce n’est pas une grève contre une loi. C’est une grève posée sur un budget. Ils ont compris que le texte se joue moins dans son exposé des motifs que dans la ligne de crédits qui le suivra, ou pas.
La FNSPF ajoute une formule qui vaut mieux que tous les commentaires : « Une loi de modernisation ne peut pas se contenter de moderniser les mots. Elle doit changer la réalité. » On modernise un vocabulaire depuis mi 2024. La réalité, elle, a brûlé tout l’été dans le Sud Ouest.
Du côté syndical, on ne s’embarrasse pas de diplomatie. Sébastien Delavoux, pour la CGT, résume l’état d’esprit avant même d’avoir lu le texte : « On ne s’attend pas à ce que le gouvernement sorte un lapin du chapeau. » Selon lui, le point dur ne sera pas traité, et ce point dur porte un nom : le financement des services départementaux d’incendie et de secours.
Regardez qui paie. Le budget des SDIS dépasse 6 milliards d’euros. Plus de 5 milliards sont financés par les collectivités territoriales, dont 59 pourcent par les départements. L’État écrit la doctrine, signe les décrets, convoque les Beauvau, prononce les hommages aux obsèques. Les départements règlent la facture. C’est un dispositif d’une élégance parfaite : celui qui décide n’est jamais celui qui débourse, et celui qui débourse n’a pas voix au chapitre.
21 000 professionnels supplémentaires réclamés, chiffre issu d’un rapport de l’Inspection générale de l’administration de 2025
59 pourcent du budget des SDIS financés par les départements
87 pourcent des missions désormais consacrées au secours d’urgence aux personnes
Il y a une revendication qui n’a rien à voir avec l’argent, et c’est celle qui dit le plus. Xavier Boy, du syndicat FA SPP PATS et porte parole de l’intersyndicale, la pose ainsi : « Ce qui nous met en colère aussi, c’est qu’on ne soit pas reconnu métier dangereux. » Des pompiers sont morts cette année en luttant contre les incendies, des dizaines d’autres ont été blessés, en particulier dans le Sud Ouest. La reconnaissance du caractère dangereux du métier n’est toujours pas acquise. Ce n’est pas un débat sémantique, c’est un régime de protection, de santé et de fin de carrière.
Et pendant que se joue cette scène, une autre se prépare à sept jours d’écart. Le 15 septembre, ce sont les syndicats de police qui promettent la rue, après une audience place Beauvau repartie sans accord, avec une prime de risque gelée depuis 2019 et une revalorisation de 1 350 euros par mois obtenue en juin par les seuls commissaires (notre article du 7 septembre). Deux corps qui portent l’État en uniforme, deux mobilisations dans la même quinzaine, deux fois le même argument opposé : l’argent n’est pas là. C’est le même argument qui a servi à suspendre l’indexation des retraites au 1er septembre (nos cinq chiffres).
Notons enfin la mécanique de cette grève, parce qu’elle est instructive. Les dispositions de continuité du service public permettent de réquisitionner les personnels de secours. Les pompiers grévistes déploieront donc des banderoles sur leurs camions et partiront en intervention quand même. C’est une grève où l’on continue de sauver des gens. Il faudra s’en souvenir la prochaine fois qu’on lira qu’un mouvement social prend le pays en otage.
Reste le compteur. 87 pourcent de secours à personne : les pompiers ont hérité de ce que l’hôpital a cessé d’absorber, sans que leur statut, leur nombre ni leur financement ne bougent d’une ligne. On leur présente aujourd’hui une loi de modernisation. Ils demandent, eux, une loi de constatation. Moderniser un métier qui a déjà changé sans vous, ce n’est pas réformer. C’est arriver en retard et prétendre qu’on a organisé la fête.
VOIR AUSSI · La police annonce la rue pour le 15 septembre · La suspension de l’indexation des retraites en cinq chiffres · Quand trois rédactions comptent différemment les articles d’une même loi · Fahrenheit 451, le monde où les pompiers ne sauvent plus rien
NOTE DE TRANSPARENCE · le contenu détaillé du projet de loi n’est pas public à l’heure du bouclage, seules ses grandes lignes devaient être présentées aux syndicats ce mardi. Les chiffres d’effectifs et de budget sont ceux rapportés par Euronews d’après la FNSPF et l’intersyndicale.
Mardi 15 septembre, Salles du Carrousel, la cérémonie des 50 Best Hotels quitte Londres pour la première fois. La même année, quatre maisons françaises ont perdu leur label Palace, dont le Byblos. Deux jurys, deux verdicts, un seul pays.
Deux jours à Nuuk, une sortie en bateau parmi les icebergs, une enveloppe de 200 millions d’euros. Toute la couverture a titré sur Donald Trump. Satellites, connectivité et centres de données attendaient dans le dernier tiers des dépêches.
L’étude Global Burden of Disease 2023, publiée dans The Lancet Public Health, compte 2,71 milliards de personnes exposées à la fumée secondaire dans 204 pays. Deux chiffres en sortent le même jour. Un seul est devenu une information.
Le deuxième film de Charline Bourgeois-Tacquet sort mercredi 9 septembre. Léa Drucker y joue une chirurgienne d'hôpital public que rien n'arrête, jusqu'à ce qu'une romancière vienne passer quelques semaines dans son service. Le film était en compétition à Cannes le 13 mai.
Depuis 2021, le prix Femina proclamait ses lauréats au musée Carnavalet. À partir de cette année, il le fera au 30 avenue Montaigne, chez Dior. Le jury affirme qu'aucun financement n'est en jeu et parle d'avantages, sans dire lesquels. La proclamation est fixée au 4 novembre.
La France dirige le Conseil de sécurité de l'ONU tout le mois de septembre. Le calendrier annoncé est plein : le Soudan le 10, l'Iran le 17, Haïti le 29. Sauf que les 15 membres n'ont pas réussi à adopter ce calendrier. Ils travaillent sur un texte qui n'a pas le même statut.