Mirapolis a tenu quatre ans. Sur le même terrain, l'Arabie saoudite promet 6 milliards, 22 000 emplois et aucune date d'ouverture
Lundi 24 août à l'Élysée, Emmanuel Macron et Mohammed ben Salmane ont signé pour trois parcs à thème à Cergy-Pontoise. 6 milliards d'euros, 22 000 emplois annoncés, un thème que l'Élysée refuse de confirmer, et pas de date d'ouverture. Le terrain, lui, est vide depuis 1991.
Mirapolis a tenu quatre ans. Sur le même terrain, l'Arabie saoudite promet 6 milliards, 22 000 emplois et aucune date d'ouverture
Lundi 24 août au soir, à l'Élysée, Emmanuel Macron et le prince héritier Mohammed ben Salmane ont signé pour trois parcs à thème à Cergy-Pontoise. Le président a écrit sur X que 22 000 emplois étaient créés. À l'heure où vous lisez ceci, le terrain est un bâtiment tagué au bord d'une départementale.
Allez voir l'endroit. Il est à Courdimanche, dans le Val d'Oise, à l'intérieur de l'agglomération de Cergy-Pontoise. Une route qui tourne, un talus d'herbe, un mât de projecteurs, et un long bâtiment de béton gris avec une tourelle en colimaçon qui ne mène plus nulle part. Les fenêtres sont murées. Les murs sont peints. Derrière la grille, on devine des formes rondes en résine, des restes de décor. C'est l'entrée de Mirapolis.
Mirapolis a ouvert en 1987. Il était consacré aux contes et légendes de France. Il a fermé en 1991. Quatre ans. C'est sur ce terrain que la France vient de signer le plus gros investissement de loisir de son histoire récente.
Ce qui a été signé, et ce qui ne l'a pas été
Les faits d'abord, dans leur ordre. Le 24 août 2026, en début de soirée, l'Élysée annonce un protocole d'accord économique signé plus tôt dans la journée entre la France et l'Arabie saoudite. Trois parcs à thème sur un seul site à Cergy-Pontoise. 6 milliards d'euros d'investissements saoudiens, versés en plusieurs vagues, étalés sur plusieurs années. 22 000 emplois directs annoncés, plus des milliers de logements pour les futurs salariés et leurs familles.
L'idée est née, raconte volontiers l'Élysée, d'une conversation informelle. En décembre 2024, à Riyad, le président français et le prince héritier se découvrent une passion commune pour les mangas. Quelques semaines plus tard, la conversation devient une négociation entre États.
Voilà pour ce qui est signé. Maintenant ce qui ne l'est pas. Le thème des parcs n'est pas arrêté : c'est aux Saoudiens de décider. La presse évoque Dragon Ball depuis une quinzaine de jours, l'Élysée ne confirme pas et ne dément pas. Et la date d'ouverture n'existe pas. La présidence dit qu'un projet de cette ampleur prend du temps.
Relisez la sixième ligne. « 22 000 emplois créés. » Pas « à créer », pas « attendus », pas « d'ici à ». Créés. Le participe passé, pour un parc dont on ne connaît ni le thème, ni le calendrier, ni l'opérateur final. C'est une petite chose, une désinence, et c'est toute la grammaire de cette annonce : le futur y est conjugué au passé.
Qiddiya, le nom qu'il fallait lire
Le président remercie Qiddiya. Ce nom mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il est le seul de l'annonce qui désigne une entité qui construit vraiment quelque chose. Qiddiya est la ville de divertissement que l'Arabie saoudite bâtit au sud-ouest de Riyad. Elle a déjà ouvert son parc Six Flags. Ce n'est pas un intermédiaire financier abstrait : c'est un opérateur de parcs qui a des grues sur le terrain.
Ce n'est pas le premier chantier pharaonique que le royaume annonce en Europe et ailleurs. Nous avons déjà raconté ici la station de ski futuriste avec village vertical promise dans le désert. Le rapport de la maison Saoud à l'annonce est une discipline en soi : on annonce grand, on annonce tôt, et on livre ce qu'on peut.
Cette relation-là, la France la travaille depuis longtemps. Les palaces parisiens en sont l'annexe la mieux documentée. Nous avons décrit ce que cinq cents mètres séparent entre le Crillon et l'Élysée, et nous avons cartographié l'axe que le président a construit avec Washington, Tel Aviv et Riyad. Trois parcs d'attractions dans le Val d'Oise ne tombent pas du ciel : ils tombent d'une décennie de dîners.
Le calendrier, qui est le vrai sujet
1991 · fermeture de Mirapolis. Quatre ans d'existence.
Décembre 2024 · Emmanuel Macron en visite à Riyad. Conversation sur les mangas avec le prince héritier.
24 août 2026, journée · signature du protocole d'accord économique.
24 août 2026, début de soirée · annonce publique. Post du président sur X.
Printemps 2027 · fin du mandat d'Emmanuel Macron.
Ouverture du premier parc · aucune date. « Plusieurs années », dit l'Élysée.
Regardez l'avant-dernière ligne. Dans moins d'un an, l'homme qui a signé ne sera plus président. Personne ne sait si son successeur reprendra le dossier. Et l'Élysée insiste, dans le même souffle, sur le rôle personnel du chef de l'État dans cet accord. On a rarement vu une paternité revendiquée avec autant d'énergie sur un enfant dont on ne verra pas la naissance.
Ce n'est pas la seule chose que ce président laisse en héritage sans mode d'emploi. Le 26 août, nous décrivions le rapport qui explique au futur président qu'il sera élu sans pouvoir décider. Et cet été, nous avons compté les nominations d'ambassadeurs qui ressemblent à une assurance vie du macronisme. Un mandat qui se termine ne fait pas moins de gestes. Il en fait davantage, et il les fait plus loin.
Ce que Cergy n'a pas encore dit
Le site est à une heure trente de voiture de Disneyland Paris. Les investisseurs présentent cette proximité comme un atout : Disney le lundi, la tour Eiffel le mardi, leur parc le mercredi. Le touriste étranger comme unité de compte, et le Val d'Oise comme troisième journée.
Sur place, tous les élus n'ont pas la même lecture. Certains auraient aimé davantage de concertation, et un projet réglé sur les besoins des habitants plutôt que sur les envies des visiteurs. Les riverains, eux, parlent déjà des routes. Franceinfo a recueilli cette phrase, qui vaut tous les cabinets d'étude : « C'est déjà bouché sur les routes. »
Il y a 792 commentaires sous l'article de franceinfo. Il n'y a pas une date d'ouverture.
Alors voilà où nous en sommes. Un protocole signé, un thème non confirmé, un opérateur saoudien qui construit vraiment, un président qui part, un terrain vide depuis trente-cinq ans, et une tourelle de béton en colimaçon qui ne mène nulle part et que personne n'a démolie. Retournez la regarder tant qu'elle est là. C'est le seul élément du dossier dont on connaisse la date.
franceinfo, Marina Cabiten, Radio France, 24 août 2026, 19 h 54
Post d'Emmanuel Macron, @EmmanuelMacron, 24 août 2026, page chargée et vérifiée le 27 août 2026
France 24, 24 août 2026
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