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Médias· 6 MIN· juillet 2026 PUBLIÉ LE 01 juil.

« Elle enregistrait tout » : quand les interviewés retournent le micro

De plus en plus de sources enregistrent en secret leurs entretiens avec les journalistes, puis diffusent les extraits sur les réseaux. La presse y voit une remise en cause de son travail. L'INA documente le retournement.

« Elle enregistrait tout » : quand les interviewés retournent le micro
La rédaction
La rédaction 01 juil. 2026 · 6 MIN · Médias

Le rapport de force s'est inversé sans que personne ne signe l'armistice. Pendant des décennies, le journaliste tenait le micro, donc le récit. Aujourd'hui, l'interviewé sort son téléphone et enregistre, lui aussi, en silence. « Elle enregistrait toutes nos conversations depuis le début. » La phrase, rapportée par La Revue des médias de l'INA, résume un phénomène en pleine expansion : les sources se méfient, alors elles gardent une trace.

Le mécanisme est simple. Une source accepte un entretien, l'enregistre à l'insu du journaliste, puis, si l'article ou le montage lui déplaît, publie sa propre version sur les réseaux sociaux. L'extrait circule, décontextualisé ou non, et la parole du journaliste se retrouve retournée contre lui. Ce n'est plus une interview. C'est un duel de bandes son.

Quand la source enregistre le journaliste, ce n'est pas de la transparence. C'est de la défiance devenue réflexe.

Deux cas, deux camps

Les exemples de 2026 traversent tout l'échiquier. En mai, le vidéaste Dany Caligula a publié des extraits enregistrés en secret de son entretien avec les journalistes de Mediapart qui enquêtaient sur des accusations le visant. En septembre 2025, le député Aly Diouara, de La France insoumise, avait diffusé sur X un enregistrement de son interview par BFMTV au sujet d'un cas de violences policières. Un vidéaste mis en cause, un élu en désaccord : la pratique ne connaît ni bord ni statut. Elle est devenue un outil de riposte universel.

Présentée par ses auteurs comme un moyen de rétablir leur version des faits, elle est vécue par les rédactions comme une remise en cause de leur métier. Les deux ont une part de raison, et c'est ce qui rend le sujet intéressant. Une source a le droit de se protéger. Un journaliste a le droit de travailler sans être piégé. Entre les deux, la confiance, matière première de l'entretien, s'effrite.

Personne enregistrant avec micro et casque en studio
Deux micros pour une seule conversation. Le second, caché, ne sert pas à informer mais à garder une preuve. C'est le symptôme d'une époque où plus personne ne fait confiance au récit de l'autre. Photo Adobe Stock · illustration

Ce que révèle le double micro

Il serait facile de choisir un camp. Le vrai sujet est ailleurs. Si les sources enregistrent, c'est qu'elles ne croient plus que le journaliste rendra leur parole fidèlement. Cette défiance n'est pas née de rien : elle se nourrit de montages orientés, de titres qui trahissent, de citations coupées. Le double micro est la réponse défensive à une crédibilité entamée. La presse ferait mieux d'y lire un signal qu'une agression. On ne restaure pas la confiance en dénonçant ceux qui s'en méfient. On la restaure en cessant de leur donner raison. C'est exactement ce que nous documentons dans notre dossier Médias et pouvoir.

▶ SOURCE · analyse
L'enquête de La Revue des médias (INA) sur les journalistes enregistrés à leur insu. Lien de secours e mail : larevuedesmedias.ina.fr.

On ne restaure pas la confiance en dénonçant ceux qui s'en méfient. · z/S SYSTEMS

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Écriture aiguisée sur l'art, la tech, la culture et les zones grises entre les trois. Ton direct, anti-bullshit assumé. On décrypte ce qui se trame dans les médias, l'IA, le cinéma et la société. Bienvenue dans l'anti-chambre prédictive.

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