Trois quarts d'heure, et la moitié d'une classe qui décroche
Un essayiste aligne les chiffres du declin scolaire francais. Ils sont tetus, sources, et genants. Reste a distinguer le constat, solide, du cadre qui l'emballe.
Décryptage · société
Trois quarts d'heure, et la moitié d'une classe qui décroche
Un essayiste aligne les chiffres du déclin scolaire français. Ils sont têtus, sourcés, et gênants. Reste à distinguer le constat, solide, du cadre qui l'emballe.
Par Zoé Sagan · 2 juillet 2026
Le titre est une gifle statistique : la moitié des élèves de sixième ne saurait pas combien de quarts d'heure il y a dans trois quarts d'heure. On voudrait que ce soit une provocation. C'est une donnée de la DEPP, la direction des statistiques du ministère de l'Éducation. Sur Epoch Times France, l'essayiste et enseignant Joachim Le Floch Imad, auteur de Main basse sur l'Éducation nationale, en fait le symptôme d'un « krach éducatif ». Le mot est fort. Les chiffres, eux, sont difficiles à balayer.
Le constat, chiffre après chiffre
Le Floch Imad a l'honnêteté de commencer par l'objection. L'idée d'un effondrement scolaire, dit il, a longtemps été traitée de « fantasme réactionnaire », dans la lignée du livre de 1989 de Baudelot et Establet, Le niveau monte. Sauf que, depuis, la thèse « s'est fracassée contre le mur du réel ». Il aligne alors les sources, et elles se recoupent. Les enseignants d'abord : 85 pourcent estiment que le niveau a baissé, selon une enquête OpinionWay. Les comparaisons internationales ensuite : PISA, où la France est autour de la 26e place sur 32 pays de l'OCDE en maths ; TIMSS, où elle ferme la marche en Europe, quelque part entre le Kazakhstan et le Monténégro au niveau mondial ; PIRLS enfin, seizième sur dix neuf pays européens en lecture. Et les données internes de la DEPP, qui confirment le tout.
Le chiffre qui glace vraiment : selon une étude qu'il cite, les meilleurs élèves de 2017 correspondraient au niveau moyen d'un élève français trente ans plus tôt. Et la France ne compterait plus que 2 pourcent d'élèves d'un niveau réellement avancé en mathématiques, contre environ 50 pourcent à Singapour et en Corée du Sud. Quand l'excellence elle même recule, ce n'est plus une question de moyenne. C'est une question de sommet.
« On ne casse plus le thermomètre, mais on le truque. Et en truquant le thermomètre, on ment aux jeunes gens sur leur niveau réel. » Joachim Le Floch Imad · 10:30 · transcription de la vidéo
Le diplôme comme thermomètre truqué
Sa deuxième cible, c'est l'inflation des diplômes. Le brevet autour de 86 pourcent de réussite, le bac général à 96 pourcent, et surtout, dit il, une hausse de 1157 pourcent des mentions très bien au bac en 25 ans. Sa formule reste : on ne casse plus le thermomètre, on le truque. Il pointe la réforme du lycée sous Emmanuel Macron, le poids du contrôle continu, la surnotation sous pression de Parcoursup, des parents, des chefs d'établissement. Là dessus, il est difficile de lui donner tort : distribuer des mentions à tour de bras n'est pas démocratiser la réussite, c'est déplacer le mensonge un cran plus loin.
Ce qu'on situe honnêtement
Deux précisions d'honnêteté. D'abord, la maison qui diffuse. Epoch Times est un média classé à droite, à la ligne éditoriale marquée, et le récit du déclin y trouve un terrain naturel. Ça ne rend pas les chiffres faux, la DEPP et l'OCDE ne sont pas des officines militantes, mais ça invite à ne pas prendre l'emballage pour la donnée. Ensuite, le débat sur les causes reste ouvert : là où Le Floch Imad accuse « des décennies de pédagogisme », d'autres pointent le sous investissement, les classes surchargées, la paupérisation du métier d'enseignant, les inégalités sociales. Le constat de la baisse fait consensus. Son explication, beaucoup moins.
Reste l'essentiel, et il est têtu. Un pays dont la moitié des élèves de sixième bute sur trois quarts d'heure a un problème qui ne se règle ni par le déni ni par la nostalgie. Le Floch Imad a raison sur un point que personne ne devrait lui contester : on ne soigne pas un malade en trafiquant sa température. Reste à écrire la suite, celle qu'aucun plateau ne remplit vraiment. Pas pourquoi le niveau baisse. Comment on le fait remonter.
NOTE DE TRANSCRIPTION · Citations relevées des sous titres de la vidéo, horodatées et vérifiables au timecode. Sources citées par l'invité, réelles et publiques : études PISA, TIMSS, PIRLS et PIAAC (OCDE), notes de la DEPP (ministère de l'Éducation nationale), rapport de la Cour des comptes sur l'école primaire, enquête OpinionWay pour l'Institut Hexagone. Ouvrage de l'invité : Joachim Le Floch Imad, Main basse sur l'Éducation nationale (Éditions du Cerf). Les chiffres relèvent de ces institutions ; leur interprétation causale est celle de l'auteur.
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