1 400 dollars au laboratoire, 40 000 en Europe : la Colombie produit presque tout et ne garde presque rien
Une étude de l’université EAFIT de Medellín chiffre à 16,5 milliards de dollars ce que la cocaïne a rapporté aux organisations criminelles colombiennes en 2024. Elle dépasse le pétrole pour la première fois depuis 2014. Le vrai sujet n’est pas le total, c’est où la valeur se crée.
1 400 dollars au laboratoire, 40 000 en Europe : la Colombie produit presque tout et ne garde presque rien
Une étude de l’université EAFIT de Medellín chiffre à 16,5 milliards de dollars ce que la cocaïne a rapporté aux organisations criminelles colombiennes en 2024. Elle dépasse pour la première fois depuis 2014 le pétrole, premier produit légal du pays. Le vrai sujet n’est pas le total. C’est l’endroit où la valeur se crée.
Le travail est signé Valor Público, centre de recherche de l’université EAFIT de Medellín, dirigé par le spécialiste de sécurité Santiago Tobón et l’économiste Daniel Mejía. Ses conclusions ont été publiées le 23 juin 2026 par UPI sous la signature de Macarena Hermosilla, et continuent de circuler dans la presse internationale fin août. Le chiffre central : environ 16,5 milliards de dollars en 2024, soit à peu près 4,4 pourcent du produit intérieur brut colombien. Les exportations de brut, elles, ont rapporté environ 15 milliards. Le charbon, 7,1 milliards.
Ce n’est pas le prix qui a monté, c’est le volume. Tobón est explicite.
La production potentielle est passée de moins de 300 tonnes en 2013 à près de 3 000 tonnes en 2024, pendant que le prix capturé par les organisations colombiennes restait à peu près stable. Un facteur dix en onze ans, obtenu par l’amélioration technique du traitement chimique de la feuille et par la maturation de plants plus productifs. Le rapport parle d’efficacité de production, mot que l’on réserve d’ordinaire aux industries qu’on cite en exemple.
Voici maintenant le chiffre qui devrait ouvrir tous les articles sur le sujet, et qui n’en ouvre aucun. Un kilo de cocaïne qui sort d’un laboratoire colombien vaut environ 1 400 dollars. Le même kilo atteint une valeur de gros supérieure à 40 000 dollars une fois arrivé en Europe, selon le rapport tel que le restitue UPI. Entre les deux, il y a un océan, des conteneurs, des ports et des intermédiaires. La Colombie fournit la quasi totalité de la matière, encaisse le départ de chaîne, et voit le reste de la valeur se créer ailleurs, dans des pays qui ne se considèrent pas comme producteurs.
Sur ce point précis, les reprises divergent et il faut le dire. Le Rio Times, dans une version publiée le 23 juin et mise à jour le 22 juillet, donne un kilo à environ 28 000 dollars en gros aux États Unis « et davantage encore en Europe », et évalue à environ 6 000 dollars la valeur moyenne effectivement capturée par les groupes colombiens, contre environ 2 000 dollars dans les estimations plus anciennes calculées à la frontière. UPI retient plus de 40 000 dollars en gros européen. Nous ne tranchons pas. Les deux versions disent la même chose sur le fond : la marge se crée loin des champs, et l’essentiel de la nouveauté méthodologique consiste à suivre la cargaison plus longtemps.
Le rapport décrit ensuite ce qu’il appelle une gouvernance criminelle installée en oligopoles stables. Les grands groupes, dont des dissidences des FARC et le Clan del Golfo, préfèrent négocier des frontières invisibles et réguler les marchés plutôt que se faire des guerres coûteuses. Le résultat est formulé par les chercheurs comme un paradoxe dangereux pour l’État : des régions où le taux d’homicides reste stable, sous un contrôle criminel discret, étendu et hautement rentable. La paix statistique comme produit dérivé du monopole.
Comparez avec l’or illégal, que le rapport évalue à environ un cinquième des revenus de la cocaïne. L’or se vend à un prix mondial unique, avec peu de valeur ajoutée ensuite, et l’argent reste largement dans le pays. La cocaïne fait l’inverse : elle prend sa valeur à l’étranger, dans le transport et la distribution de rue, que les groupes colombiens ne contrôlent qu’en partie. C’est une économie d’exportation classique de pays du Sud, avec la transformation capturée au Nord. La seule différence avec le café ou la banane est que celle ci est illégale, donc invisible dans les tableaux d’exportation, donc absente des politiques commerciales.
Les auteurs assortissent leur estimation d’une fourchette honnête, de 4 à près de 5 pourcent du PIB, et rappellent que la comparaison avec le pétrole doit beaucoup à la faiblesse du brut en 2024. Ils ont raison d’être prudents. Nous le sommes moins sur une chose : depuis vingt cinq ans, la réponse internationale porte sur les hectares, les avions d’épandage et les opérations d’interdiction, c’est à dire sur les 1 400 dollars. Elle n’a jamais sérieusement porté sur les 38 600 autres.
NOTE DE TRANSPARENCE · le rapport de Valor Público n’a pas été ouvert dans sa version PDF intégrale au moment de la rédaction : tous les chiffres cités le sont d’après UPI, source à signature humaine, et d’après The Rio Times. Cette dernière publication indique en pied d’article que son texte a été produit par un système de rédaction automatisé : elle est utilisée ici uniquement pour signaler une divergence de chiffrage, jamais comme source unique d’un fait. La divergence sur la valeur de gros du kilo, plus de 40 000 dollars en Europe selon UPI contre environ 28 000 dollars aux États Unis selon The Rio Times, n’est pas tranchée. La citation de Santiago Tobón est une traduction française de la version anglaise publiée par UPI, elle même traduite de l’espagnol : elle est donc une reformulation fidèle et non un verbatim original. Le lien vers le post de Santiago Tobón est celui repéré dans l’article d’UPI ; il n’a pas été ouvert ni embarqué en widget. La surface cultivée en coca et le recul de l’éradication forcée, cités par d’autres reprises, ne sont pas repris ici faute de source primaire consultée.
Hiver 2030. Essence à 5 euros, vies rétrécies, nouveaux suzerains : une anticipation littéraire de la France qui pourrait advenir.
Au Port-Marly, Zemmour transforme la robotique en argument migratoire. Une promesse technique au service d’une vieille sélection.
Condamné à 2 000 euros d’amende à Nanterre, l’entrepreneur a défendu une recherche technique hors cadre. L’issue judiciaire impose de relire le récit de son arrestation.
L’alerte lancée dans l’Oise rejoint un constat judiciaire plus large : le recrutement se numérise, tandis que la protection doit atteindre des enfants toujours plus jeunes.
Une photo officielle au CFA Petite Enfance, un poupon et une audition au Sénat sept jours plus tard. Le contexte derrière le montage qui circule.
La Croix confirme une demande de Macron non retenue à Notre-Dame. Le voyage apostolique échappe au scénario présidentiel.