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précarité énergétique· 6 MIN· août 2026 PUBLIÉ LE 06 août

1,2 million de ménages coupés ou bridés en 2024, quand les tarifs se stabilisent

En 2024, 1,2 million de ménages ont subi une coupure d'énergie ou une réduction de puissance, soit 24 % de plus en un an, selon l'ONPE. La même année, la hausse des prix s'arrêtait.

Un compteur électrique. En 2024, 1,2 million de ménages ont subi une coupure d'énergie ou une réduction de puissance en
Un compteur électrique. En 2024, 1,2 million de ménages ont subi une coupure d'énergie ou une réduction de puissance en France, soit une hausse de 24 % en un an (ONPE, tableau de bord 2025). Photo d'illustration. Photo d illustration : Andy Lee · Pexels
Zoé Sagan
Zoé Sagan 06 août 2026 · 6 MIN · précarité énergétique
FICHE · ÉCONOMIE
Alpha Sagan · 5 aout 2026 · z/S

L'Observatoire national de la précarité énergétique a publié son tableau de bord 2025. Il documente un retournement · la flambée tarifaire est terminée, la CRE ne proposant que plus 2,5 % TTC au 1er août 2026, mais 1,2 million de ménages ont été coupés ou bridés en 2024, soit 24 % de plus en un an, et 35 % des Français déclarent avoir eu froid l'hiver dernier.

Regardez la facture. Pas le total en bas à droite. Le reste. Depuis quatre ans, tout le débat français sur l'énergie tient dans une seule ligne, le prix du kilowattheure, et le pays a appris à la lire comme un cours de Bourse. Le 16 juillet 2026, la Commission de régulation de l'énergie a proposé une évolution du niveau moyen des tarifs réglementés de vente de l'électricité de plus 2,5 % TTC au 1er août 2026 (CRE, communiqué du 16 juillet 2026). Plus 2,5 %. La ligne s'est calmée. Le problème, lui, n'a pas bougé. Il a grossi.

La courbe du prix ralentit, la courbe de la coupure accélère

Pendant que le tarif se stabilise, le compteur s'éteint chez de plus en plus de gens. En 2024, 1,2 million de ménages ont subi une coupure d'énergie ou une réduction de puissance, soit une hausse de 24 % en un an (Observatoire national de la précarité énergétique, tableau de bord 2025). On ne coupe pas toujours. On bride, on réduit la puissance, et la vie se réorganise autour de ce qui reste. Reprenez la série longue du même observatoire : 572 440 ménages concernés par une intervention pour impayé en 2018, 1 000 908 en 2023 (ONPE, tableaux de bord 2015 2024). Doublé en cinq ans. Puis un quart de plus l'année d'après. Ajoutez le second compteur, même millésime : les impayés d'énergie ont progressé de 20 % pour atteindre 1,2 million de ménages en 2024 (ONPE, tableau de bord 2025). Deux fois 1,2 million, deux mesures distinctes, d'un côté les ménages coupés ou bridés, de l'autre les ménages en situation d'impayé. Même ordre de grandeur, même année, même direction.

Reste le corps. 35 % des Français déclarent avoir eu froid dans leur logement pendant l'hiver 2024 2025, cinq points de plus qu'un an plus tôt (ONPE, tableau de bord 2025). Trente-cinq pour cent d'un pays, c'est de l'ordre de vingt-quatre millions de personnes. Et la série ne tremble pas : 15 % en 2017, 20 % en 2020, 30 % en 2024, 35 % en 2025 (ONPE, tableaux de bord 2015 2024 et 2025). Vingt points en huit ans. Une courbe qui monte pendant la flambée tarifaire, et qui monte encore quand la flambée s'arrête. Si le prix était le seul moteur, elle aurait dû fléchir. Elle n'a pas fléchi.

Ce que le taux d'effort compte, et ce qu'il ne voit pas

Ici, il faut être précis, parce que c'est exactement là que le dossier casse entre les doigts. L'indicateur officiel s'appelle le TEE3D. Il croise deux conditions : consacrer plus de 8 % de son revenu disponible à l'énergie, et appartenir aux 30 % les plus pauvres. Selon cet indicateur, 3,1 millions de ménages étaient en situation de précarité énergétique en France en 2023, soit 10,1 % de la population (ONPE, tableau de bord 2025). Ces 3,1 millions de ménages représentent 10,8 millions de personnes touchées (ONPE, tableau de bord 2025). Dix virgule huit millions de personnes, en 2023. À ne pas confondre avec 10,8 % de la population, qui est le taux de 2022. Deux nombres jumeaux. Deux choses différentes. Le millésime n'est pas un détail de bas de page dans ce dossier, c'est la moitié de l'information.

Et ces 10,8 millions de personnes ne sont pas des gens qui ne se chauffent plus. Ce sont des ménages dont la dépense d'énergie franchit un seuil, dans les tranches de revenus les plus basses. Un taux d'effort, pas un renoncement. La nuance change tout, parce que ce taux d'effort recule depuis 2021 : 11,7 % de la population en 2021, 10,8 % en 2022 pour 3,2 millions de ménages, 10,1 % en 2023 pour 3,1 millions (ONPE). L'indicateur de la dépense baisse. Le froid déclaré monte. Ce n'est pas une contradiction, c'est une leçon de méthode : les deux séries ne mesurent pas la même chose. L'une compte des euros sortis d'un compte. L'autre compte des gens qui ont eu froid.

Alors on cherche le mur, et il est là. 79 % des Français baissent ou coupent leur thermostat pour limiter leur facture, et 31 % d'entre eux invoquent une mauvaise isolation du logement (ONPE, tableau de bord 2025). Regardez les verbes. Baisser. Couper. Un geste du soir, arbitré à la main, devenu banal. Et près d'un tiers de ceux qui le font ne désignent pas le tarif, ils désignent les murs. Un tarif se corrige d'en haut en quelques semaines. Une passoire thermique se corrige par un chantier, un devis, un artisan, une avance de trésorerie et parfois une copropriété entière à convaincre.

Le chèque solde la facture, il ne rebouche rien

La preuve arrive par ceux qu'on aide déjà. Chez les bénéficiaires du chèque énergie, 59 % ont eu froid au moins vingt-quatre heures en hiver et 64 % ont souffert d'un excès de chaleur au moins vingt-quatre heures en été (ONPE, tableau de bord 2025). Lisez les deux ensemble, jamais séparément. Un logement qui laisse entrer le froid en février laisse entrer la chaleur en juillet. Même paroi, même fenêtre, même défaut, deux saisons. Le chèque paye une ligne comptable. Il ne touche pas au bâti, et le bâti ne prend pas de vacances.

Les compteurs de l'ONPE, année par année
  • 2018 · 572 440 ménages concernés par une intervention pour impayé (ONPE, tableaux de bord 2015 2024)
  • 2023 · 1 000 908 ménages concernés par une intervention pour impayé (ONPE, tableaux de bord 2015 2024)
  • 2024 · 1,2 million de ménages coupés ou dont la puissance a été réduite, plus 24 % en un an (ONPE, tableau de bord 2025)
  • 2024 · 1,2 million de ménages en situation d'impayé d'énergie, plus 20 % en un an (ONPE, tableau de bord 2025)
  • Hiver 2024 2025 · 35 % des Français déclarent avoir eu froid dans leur logement, cinq points de plus qu'un an plus tôt (ONPE, tableau de bord 2025)

Dernier compteur, autre maison, et il faut séparer les tuyaux proprement. Le médiateur national de l'énergie a publié son rapport annuel 2025 le 2 juin 2026, faisant état d'une baisse de 10 % des saisines reçues en 2025 et de plus de 3,7 millions de consommateurs informés (médiateur national de l'énergie, 2 juin 2026). Le médiateur traite des litiges et informe les consommateurs. L'ONPE, lui, produit l'indicateur de précarité énergétique. Deux institutions, deux mandats, deux séries. Moins de saisines ne signifie pas moins de coupures : ce sont deux objets et deux années de référence. Confondre les deux, c'est le raccourci qui transforme un dossier documenté en démenti public.

Le médiateur national de l'énergie appelle à renforcer la protection des consommateurs

Intitulé du communiqué accompagnant la publication du rapport annuel 2025 du médiateur national de l'énergie, mis en ligne le 2 juin 2026 sur energie-mediateur.fr

Ces chiffres ne sont pas planqués. Ils sont publiés en accès libre sur onpe.org, tableau de bord après tableau de bord, série 2015 2024 comprise. Ce qui manque n'est pas la donnée, c'est la lecture. On a débattu du prix pendant quatre ans parce que le prix bouge vite, qu'il tient dans un titre et qu'il se corrige d'en haut. L'isolation bouge lentement. Le revenu bouge lentement. Ni l'un ni l'autre ne tient dans un titre. Nos archives ont raconté un découvert bancaire qui se change en crédit refusable, et un homme expulsé mort au siège de son bailleur : la facture d'énergie appartient à cette famille de documents, ceux qui décident, ligne après ligne, de la température à laquelle quelqu'un vivra. Au 1er août 2026, la CRE annonce plus 2,5 % (CRE, 16 juillet 2026). Le montant est redevenu lisible. Ce qu'il désigne n'a pas changé, et les deux compteurs qui montent en 2024, coupures et impayés, ne se remettent pas à zéro avec une baisse de tarif.

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Zoé Sagan
Zoé Sagan

Analyste, journaliste, auteure de la trilogie INFOFICTION (Kétamine, Braquage, Suspecte — Robert Laffont). Fondatrice de la Lettre confidentielle z/S. Investigation poétique des pouvoirs médiatiques depuis 20 ans.

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