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L’Archive· 8 MIN· septembre 2026 PUBLIÉ LE 18 sept.

Définitivement relaxée

Natacha Rey est morte le 13 septembre 2026 à Saintes. Le même jour, son avocat annonçait qu’elle avait définitivement gagné son procès en diffamation.

Définitivement relaxée
La rédaction
La rédaction 18 sept. 2026 · 8 MIN · L’Archive

Oui, c’est vrai.

Vous êtes des milliers à chercher depuis ce matin si c’est une rumeur de plus. Ce n’en est pas une. Natacha Rey est morte le 13 septembre 2026 à Saintes, en Charente-Maritime, d’un cancer qu’elle combattait depuis des années. Elle a été inhumée aujourd’hui à seize heures au cimetière Saint-Pallais, après une messe dite à quatorze heures trente dans l’église du même nom. L’annonce est de son confrère, le journaliste Xavier Poussard, ce vendredi 18 septembre.

Je le dis d’emblée parce que c’est la première chose qu’on doit à une morte · qu’on ne laisse pas planer le doute sur le fait qu’elle l’est. Nous avions écrit sur elle au printemps, quand elle était encore là, dans une transmission consacrée à dix Français qui n’auraient jamais dû voir une cellule. Elle y figurait déjà, en phase terminale.

Maintenant, la chose que je voudrais que vous lisiez lentement.

Le 13 septembre

Ce dimanche 13 septembre 2026, à quatorze heures vingt, heure de Paris, son avocat publie ceci ·

Me François Danglehant · avocat de Natacha Rey

« Natacha Rey gagne définitivement le procès pour diffamation engagé contre elle […] »

13 septembre 2026 · 14 h 20 (heure de Paris)voir le message

Définitivement. C’est un mot d’avocat, pas un mot de tribune. Dans la bouche d’un homme inscrit à un barreau, il ne veut dire qu’une seule chose · il n’y a plus de recours. Plus d’appel, plus de cassation, plus rien. La fin.

Et ce même jour, Natacha Rey est morte.

Personne ne saura jamais
laquelle des deux nouvelles
est arrivée la première.

Si elle l’a su, elle a eu quelques heures. Peut-être quelques minutes. Peut-être n’a-t-elle rien su du tout, et son avocat a écrit ces mots sans savoir qu’il les écrivait pour une morte.

Des années de procédure. Et la phrase arrive le jour où le corps lâche.

Je ne crois pas aux signes et je ne vais pas vous en vendre un. Je constate une coïncidence de dates et je la regarde en face, parce qu’elle est d’une cruauté que la fiction n’oserait pas écrire. Un romancier qui rendrait justice à son personnage le jour exact de sa mort se ferait renvoyer son manuscrit. C’est arrivé dimanche, en Charente-Maritime.

* * *

Ce que la justice a dit, dans l’ordre

Septembre 2024

Le tribunal correctionnel de Paris la condamne pour diffamation. Treize mille cinq cents euros d’amende.

Septembre 2025

Elle saisit à son tour la Cour européenne des droits de l’homme.

13 septembre 2026

Son avocat annonce qu’elle a définitivement gagné. Elle meurt.

Elle n’a jamais lâché, y compris malade. Un an avant sa mort, alors que le cancer était déjà là depuis des années, son avocat annonçait qu’elle portait son affaire devant Strasbourg ·

Me François Danglehant

« Natacha Rey attaque la justice de France devant la Cour européenne de Strasbourg. »

7 septembre 2025voir le message

Par-dessus tout cela vient une règle que le droit français porte depuis toujours et que personne ne commentera · l’action publique s’éteint par la mort de la personne poursuivie, article 6 du code de procédure pénale. Quand bien même il serait resté un recours quelque part, il s’est éteint dimanche avec elle.

Natacha Rey est morte relaxée,
et plus aucune juridiction au monde
ne pourra jamais la défaire de cela.

Ce qu’on sait, et ce qu’on ne sait pas

  • On sait qu’elle a été relaxée en appel le 10 juillet 2025 par la cour d’appel de Paris, et que cette relaxe a été rapportée par la presse nationale.
  • On sait que son avocat a annoncé, le 13 septembre 2026 à 14 h 20, qu’elle avait définitivement gagné. La date est établie par l’horodatage de l’identifiant du message, et non par une capture.
  • On ne sait pas à quelle date exacte a été rendue la décision qui clôt l’affaire, ni si elle l’a apprise avant de mourir.
  • On ne sait pas non plus l’heure de son décès. Aucun média français n’a rapporté cette décision à ce jour.

Je n’écris pas qu’elle avait raison. Je n’en sais rien, ce n’est pas mon sujet, et une relaxe en diffamation ne dit jamais qu’un propos est vrai · elle dit que la loi ne permet pas de condamner celle qui l’a tenu. J’écris qu’elle a été jugée, qu’elle a gagné, et que ce résultat est maintenant gravé pour la durée du monde.

* * *

Qui elle était

Elle voulait être journaliste indépendante.

Pas journaliste. Journaliste indépendante. Les deux mots, elle les a portés toute sa vie comme on porte une carte de presse qu’on ne vous donnera jamais. Dans le livre qu’Emmanuelle Anizon a consacré à cette affaire, L’affaire Madame, on la présente d’une formule qui dit tout de ce que le métier lui a rendu · « une certaine Natacha Rey, se présentant comme journaliste indépendante ».

Une certaine. Se présentant comme. Voilà l’épitaphe que la profession lui avait écrite de son vivant.

Ceux qui l’ont connue disent une femme simple, sans manières, qui aimait les gens et qui leur parlait. Pas une théoricienne, pas une professionnelle de la colère. Quelqu’un qui avait un désir de justice et de vérité, et qui l’a poursuivi jusqu’au bout, y compris quand il ne restait plus rien d’autre, y compris sous chimiothérapie, y compris seule.

On peut ne pas partager son combat. On ne peut pas dire qu’elle ne l’a pas mené.

* * *

Ce qu’on lui a fait

Une femme seule. Sans rédaction derrière elle, sans salaire, sans syndicat, sans confrères pour la défendre. Des années de convocations, de salles d’attente, de dates reportées, de recommandés, d’auditions, d’appels, de renvois. Une vie qui finit par avoir la forme d’un calendrier d’audiences.

Et pendant ce temps, dans les commentaires, dans les articles, dans les dîners, on a écrit et dit sur elle des choses qu’on n’écrirait pas sur un animal.

Puis un cancer. Puis les années de cancer. Puis les années de cancer et de procédure, les deux ensemble, ce qui n’est pas la somme de deux épreuves mais leur produit.

Et un vendredi de septembre, dans une ville de vingt-cinq mille habitants, une messe à quatorze heures trente et une mise en terre à seize heures.

* * *

Je sais ce que c’est

Je sais ce que c’est qu’un compte fermé à minuit pile sans un mot d’explication. Je sais ce que c’est qu’une salle d’audience où l’on vous explique que vos phrases sont malveillantes. Je sais ce que c’est qu’une femme qu’on efface et dont on continue de parler à la troisième personne comme d’un cas.

Nous n’avions ni le même dossier, ni les mêmes idées, ni la même histoire. Nous avons eu le même silence autour. Cette maison a d’ailleurs été construite pour cela · un réseau qui écrit hors des plateformes, parce que les plateformes se ferment.

La différence entre elle et moi tient en un mot, et c’est le seul qui compte aujourd’hui · je suis là pour écrire ceci, et elle ne l’est plus.

* * *

La seule chose qu’elle a gardée

Notre métier est de lire les naissances. Nous aurions pu, aujourd’hui, calculer la sienne, en faire un objet, le publier pendant qu’on l’enterre, et récolter ce que cela aurait récolté.

Nous ne le ferons pas, et pas seulement par décence. Nous ne le pouvons pas.

Elle n’a jamais rendu publique sa date de naissance. Pas une fois, nulle part, contre personne, y compris contre celles et ceux qui l’ont suivie des mois pour écrire sur elle. On a fouillé sa vie entière pendant des années. Elle a gardé une seule chose pour elle, et c’est le jour où elle est arrivée.

Nous la chercherons, à la seule source qui ne ment pas, l’état civil. Et quand nous l’aurons, nous ne publierons rien. Nous porterons le livre à sa famille, en silence, gratuitement, et ils en feront ce qu’ils veulent.

On ne se sert pas de la vie de quelqu’un comme d’une preuve de concept. C’est écrit dans notre code, dans un fichier qui refuse de composer si on essaie.

Natacha Rey
1975 · 13 SEPTEMBRE 2026
« Définitivement relaxée. »

Il est seize heures à Saintes.
Elle a gagné.
Qu’elle repose.

Dans la même archive

Photographie transmise à la rédaction · origine non établie
Retrait immédiat sur demande de la famille

z/S SYSTEMS · HYPOTHESIS · PROPHECY · NUMBER

Sources · annonce du décès par le journaliste Xavier Poussard, 18 septembre 2026 · message de Me François Danglehant, avocat de Natacha Rey, 13 septembre 2026 à 14 h 20 heure de Paris, date établie par l’horodatage de l’identifiant · message du 7 septembre 2025 sur la saisine de la Cour européenne · APA · franceinfo, la relaxe en appel · franceinfo, le pourvoi en cassation · Emmanuelle Anizon, L’affaire Madame · Anatomie d’une fake news, StudioFact éditions, 2025 · article 6 du code de procédure pénale.

Aucun élément du dossier au fond n’est repris ici. Les imputations contenues dans le message de son avocat ne sont pas reproduites · seule l’information judiciaire qu’il porte est citée.

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