Enzo, photographe de 22 ans, immortalise la vie de quartier comme personne
Il ne pensait pas, en arrivant à Monclar à Avignon, qu’il passerait finalement ses journées et une partie de ses soirées au cœur du point de deal du Ponzo. Appareil photo autour du cou, il souhaite témoigner de la vie des habitants du quartier.

Enzo va finalement finir par se présenter aux jeunes qui tiennent le Ponzo. Accepté, il va devenir le témoin de ce lieu de vente de drogues. Avec 3.000 photos à son actif, le jeune photographe envisage désormais de faire de ce témoignage unique un livre et une exposition. Il a raison, il a beaucoup de talent !
Le reportage photo d’Enzo















Pas fiers mais pas floutés car pas de preuves pour les dealers
Sur le mur du Ponzo, un tag indique que ce point de deal est ouvert 24 heures sur 24. Les dealeurs ont vu les photos d’Enzo et les vidéos sur les réseaux sociaux. L’un d’entre eux remonte immédiatement son maillot de foot pour masquer son visage. Il évoque les photos d’Enzo sur Intagram : « C’est pas de la fierté. Logiquement, on est pas fier de faire ce qu’on fait. »
Le jeune dealer n’a aucune crainte de la police qui est elle aussi sur Instagram : « Ouais ils peuvent nous voir, mais il n’y a pas la certitude que tout ce qui est dans les vidéos, c’est vrai. Il n’y a rien qui le prouve ! »
Montrer les trafics au président de la République
Les yeux hagards, un guetteur émerge du Ponzo : « Moi, je viens de sortir de prison. Il n’y a rien qui prouve que je suis coupable ou non coupable. Ça remplit la sacoche. » Il tape sa sacoche, une sacoche comme celle qu’on voit sur les photos avec drogue, billets ou arme.
Ça ne plait pas du tout à Fatima, une maman du quartier, parce que « ça peut inciter les jeunes à faire pareil, à entrer dans ce délire ». Mais la jeune femme voudrait que les photos d’Enzo soient vues : * »Il faut vraiment montrer au gens ce qui se passe pour faire réagir la police et même pourquoi pas, montrer ces images au président. Il faut vraiment que l’Etat réagisse pour mettre nos enfants, nos frères et sœurs en sécurité. *On a peur de prendre une balle perdue. Lorsque je sors pour aller travailler, je ne suis pas en sécurité. Quand j’entend passer un scooter, je me demande toujours si le conducteur du scooter a une arme sur lui. C’est compliqué de vivre à Monclar. »
« Mauvaise image ? C’est un grand mot » (Un dealer du Ponzo)
Les scooters et motos apparaissent cabrés dans un clip sur les réseaux sociaux. Plusieurs centaines de « likes » en quelques heures. Tous les commentaires sont élogieux. Les habitants ne veulent pas répondre au micro, mais ils s’inquiètent de la mauvaise image de leur quartier. Les guetteurs et dealeurs du Ponzo leur rétorquent : « Mauvaise image du quartier, c’est un grand grand mot. » Il insiste bien sur grand*. « Ici, on a voulu faire un truc un peu artistique, montrer qu’il y a un petit gamin qui se débrouille très bien. Il fait des bonnes petites photos, il montre ce qu’il voit tous les jours. C’est comme ca que ca se passe ; nous, on aide nos familles pour remplir le frigo. »*
La police et les gendarmes sont sur les photos et dans le clip
Les familles du quartier, celles qui ne souffrent de la violence des dealers, ont aussi vu les photos d’Enzo. Cet habitant sort d’un café du quartier Monclar et s’interroge : « Qui comprend quoi dans tout ça, qui voit quelle image ? » Il refuse de développer son propos : « Je n’ai pas à parler de ces gens pour leur donner un intérêt. C’est pas que j’ai peur, c’est que je veux pas me mêler de ça. » L’homme assure qu’il ne craint rien mais son regard balaie la place et la terrasse : « Vous n’êtes pas obligé de le pencher vers moi, votre micro. Il m’entend votre micro, tenez-le plus bas ! »
L’homme veut rester discret car deux hommes sont morts dans des fusillades en avril et en mai à Monclar. Des forces de police et de gendarmerie supplémentaires avaient été déployées dans le quartier : les véhicules bleu marine et les silhouettes des gendarmes apparaissent sur les photos et dans le clip.
Source : francebleu.fr
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