Le 16 septembre, la 32e chambre juge une ex ministre et un fugitif. Un seul des deux entrera dans le box
La 32e chambre correctionnelle de Paris juge Rachida Dati et Carlos Ghosn du 16 au 28 septembre. Elle, pour 900 000 euros touchés quand elle siégeait au Parlement européen. Lui, sous mandat d'arrêt, depuis Beyrouth. Le tout s'ouvre 11 jours avant les sénatoriales.
Le 16 septembre, la 32e chambre juge une ex ministre et un fugitif. Un seul des deux entrera dans le box
Deux noms sur le même rôle d'audience. Une ex ministre de la Culture qui vient de perdre Paris, et l'ancien patron le plus payé de l'industrie automobile, réfugié à Beyrouth. La 32e chambre correctionnelle les attend du 16 au 28 septembre. Regardez bien les dates : elles racontent déjà le procès.
2013 · Fin des versements : 900 000 euros au total
Décembre 2019 · Carlos Ghosn fuit le Japon caché dans une malle de matériel audio, direction Beyrouth
Juillet 2021 · Mise en examen de Rachida Dati, notamment pour corruption passive
Avril 2023 · Mandat d'arrêt contre Carlos Ghosn
29 septembre 2025 · La 32e chambre fixe le procès
16 septembre 2026 · Ouverture des débats, tribunal correctionnel de Paris
Le dossier tient en une question. Entre 2010 et 2013, Rachida Dati a facturé 900 000 euros de prestations de conseil à RNBV, la filiale néerlandaise de l'alliance Renault Nissan, alors dirigée par Carlos Ghosn. Elle était avocate. Elle était aussi eurodéputée. Et le lobbying est interdit aux membres du Parlement européen. Travail réel ou emploi de complaisance qui aurait maquillé une activité d'influence : voilà ce que la justice financière veut trancher, depuis que le Parquet national financier a ouvert le capot de l'alliance.
Les chefs retenus contre elle pèsent leur poids de code pénal : recel d'abus de pouvoir et d'abus de confiance, corruption passive et trafic d'influence passif par personne investie d'un mandat électif public au sein d'une organisation internationale. Le Parlement européen, en l'occurrence. Elle conteste tout depuis le premier jour, a multiplié les recours pour faire annuler la procédure, et reste présumée innocente. Ce rappel n'est pas une politesse, c'est le droit.
Face à elle, sur le papier, Carlos Ghosn : abus de pouvoir par dirigeant de société, abus de confiance, corruption active et trafic d'influence. Sur le papier seulement. L'homme vit à Beyrouth depuis sa fuite du Japon fin 2019, le Liban n'extrade pas ses ressortissants, et un mandat d'arrêt le vise depuis avril 2023. Sauf coup de théâtre, son box restera vide. On jugera une relation d'affaires dont une moitié sera à 3 000 kilomètres de la salle.
Six années ont passé depuis cette promesse. La vérité, elle, arrive à l'audience par la petite porte : six demi journées de débats, prévues l'après midi, entre le 16 et le 28 septembre. Un format compact pour une affaire qui a traversé trois gouvernements, une campagne municipale et un empire automobile en morceaux.
Le calendrier est le personnage principal de ce procès. Rachida Dati a quitté le ministère de la Culture le 25 février 2026, remplacée par Catherine Pégard, pour se consacrer à la conquête de Paris. Le 22 mars, dans un pays où une condamnation ne disqualifie plus personne, les électeurs parisiens ont tranché avant les juges : Emmanuel Grégoire l'a emporté avec 50,52 % des voix, elle a fini à 41,52 %. Six mois plus tard, la voilà devant la 32e chambre. Et pendant que les débats se tiennent, 178 sièges du Sénat changent de main le 27 septembre. La dernière audience est fixée au 28. Le lendemain du scrutin. La justice française a le sens du montage.
Nous avions raconté ce destin à la Sarkozy, entre provocations et polémiques, dès juin 2025. Puis la guerre du musée Giacometti, cet été, quand l'ancienne ministre affrontait Xavier Niel sur 100 millions d'euros de patrimoine. La droite parisienne, elle, connaît le chemin du tribunal : dans le même salon, on comptait déjà plus de condamnations que dans une salle d'audience. Et l'histoire récente a montré qu'un maroquin ne protège de rien : même l'ancien ministre de la Justice a été rattrapé par la justice.
Vous voulez la vraie mesure de l'affaire ? Elle n'est pas dans les 900 000 euros. Elle est dans ce que ce procès dit du système : une eurodéputée payée par un constructeur automobile via les Pays Bas, un PDG devenu fugitif international, et 13 ans entre les premiers versements et la première audience. Le temps judiciaire n'est pas lent. Il est patient. Ce n'est pas pareil.
Le 16 septembre à Paris, il n'y aura qu'une seule personne dans le box. Mais deux absents pèseront sur la salle : l'homme de Beyrouth, et l'alliance Renault Nissan telle qu'elle existait en 2010, cette machine à cash que plus personne n'ose regretter à voix haute.
Public Sénat · Rachida Dati jugée pour corruption et trafic d'influence en septembre 2026
AFP via La Libre · procès fixé du 16 au 28 septembre 2026, 29 septembre 2025
Europe 1 · les 900 000 euros versés par Renault à Rachida Dati
franceinfo · mise en examen de Rachida Dati, juillet 2021
France 24 · conférence de presse de Carlos Ghosn à Beyrouth, 8 janvier 2020
France 3 Paris Île de France · résultats du second tour des municipales 2026 à Paris
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