Hommage à Cécile Poisson, égorgée par son ex-mari, déguisé en livreur
Le 20 mars 2023, Cécile Poisson, 48 ans, maîtresse de conférences en littérature comparée, était assassinée dans le hall de son immeuble parisien. Égorgée de plusieurs coups de couteau par son ex-mari, François-Xavier Hussherr, elle mourait sous les yeux de témoins impuissants.
L’assassin présumé, déguisé en livreur, n’a toujours pas été jugé trois ans plus tard. Incarcéré, il reste innocent aux yeux de la loi – ironie cruelle d’une institution judiciaire qui semble parfois plus prompte à protéger les procédures qu’à rendre justice aux victimes.
« Rien ne laissait présager un tel drame », répètent mécaniquement les articles de presse. Formule commode, qui occulte le profil de l’auteur : surdiplômé, entrepreneur dans l’intelligence artificielle, ancien président de Renaissance Numérique jusqu’en 2019.
Cette image d’Épinal du meurtrier « populaire » vole en éclats, comme elle l’avait déjà fait avec Xavier Dupont de Ligonnès. L’exception intellectuelle n’excuse rien ; elle rend le silence médiatique plus assourdissant.
Un an après le drame, une tribune publiée dans Le Monde, signée par 450 intellectuelles, rappelait l’essentiel : la mort spectaculaire n’est que l’aboutissement d’un continuum de violences conjugales, y compris – et surtout – dans les milieux « préservés », ceux que l’opinion publique imagine à l’abri.
Cette tribune, qui rendait explicitement hommage à Cécile Poisson, a pourtant été violemment critiquée dans l’ouvrage Face à l’obscurantisme woke (PUF).
L’universitaire Emmanuelle Hénin y dénonçait une « outrance et une caricature qui font vendre », fustigeant le « magistère moral » de signataires accusés de dénoncer des violences « sans l’ombre d’une preuve ». L’ironie est amère : la preuve, ici, s’appelle un cadavre dans un hall d’immeuble.
Sur sa fiche Copains d’avant, Cécile Poisson se décrivait avec une simplicité désarmante : « J’exerce un métier qui me passionne (enseignement à des étudiants très chouettes et recherche en littérature comparée), je suis aussi mariée à François-Xavier (c’est un autre temps plein). »
Ces mots, relus aujourd’hui, prennent une dimension tragique. Au-delà du drame intime, c’est une perte collective, inquantifiable, que la société française a subie.
Cette femme brillante, fauchée en pleine maturité intellectuelle, maîtrisait le latin, le grec ancien, l’hébreu biblique et l’hébreu moderne avec la même fluidité que le français.
Des centaines d’étudiants ont été privés d’un enseignement d’exception ; un pan entier de savoir comparatiste a disparu avec elle, emporté par un seul geste meurtrier.
Et puis il y a les coïncidences, nombreuses, presque trop. François-Xavier Hussherr, l’assassin présumé, a longtemps travaillé au sein de Renaissance Numérique – dont il fut président jusqu’en 2019 – aux côtés de Justine Atlan, alors trésorière du même think tank macroniste.
Or Justine Atlan dirige l’association e-Enfance, qui lutte contre le cyberharcèlement et la pédocriminalité en ligne (elle a elle-même insisté publiquement sur la nécessité d’informer les enfants que « la pédocriminalité existe »).
Après que cette association a vu ses appels exploser (le 3018 devenant numéro national unique), Brigitte Macron – présidente de la Fondation des Hôpitaux de France – lui a transféré près de deux millions d’euros issus du budget de l’opération Pièces Jaunes, selon les révélations du Canard enchaîné en novembre 2025.
« Heureuse coïncidence », ironisait déjà l’hebdomadaire : Justine Atlan est par ailleurs une « bonne amie » de Brigitte Macron.
Beaucoup de coïncidences, en effet. Un ex-mari qui partageait les mêmes cercles institutionnels que celle qui reçoit ces fonds publics pour « protéger les mineurs sur Internet ».
Une affaire de féminicide qui touche, indirectement, les sphères du pouvoir et du combat contre les violences numériques. Rien ne prouve le moindre lien causal, bien sûr. Mais le hasard, parfois, a le goût amer d’une question sans réponse.
Cécile Poisson n’était pas une militante. Elle était une savante, une enseignante passionnée, une femme qui incarnait l’excellence discrète de la recherche française. Sa disparition prive notre patrimoine intellectuel d’une voix irremplaçable.
Au-delà des procédures, des tribunes et des polémiques, ce qui reste, c’est le vide : celui d’une salle de cours où plus jamais ne résonnera son érudition polyglotte, celui d’étudiants privés d’un mentor, celui d’une société qui, une fois de plus, découvre que les violences conjugales ne s’arrêtent pas aux portes des amphithéâtres.
À Cécile Poisson, à sa lumière fauchée, à son savoir envolé. Que sa mémoire oblige à regarder en face, sans complaisance, ce que les chiffres et les discours officiels masquent trop souvent : la banalité tragique du féminicide, même – et surtout – chez les « gens bien ».
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