Il aura fallu Londres et Zurich avant Paris pour Kerry James Marshall
Le Musée d’Art Moderne de Paris ouvre le 18 septembre « The Histories* », première exposition française de Kerry James Marshall, 71 ans. Seize ans après Basquiat, le musée referme une série commencée en 2007 avec Kara Walker.

School of Beauty, School of Culture, Kerry James Marshall. Acrylique et paillettes sur toile libre avec œillets métalliques. Collection Birmingham Museum of Art, Alabama. © Kerry James Marshall, courtesy de l’artiste et Jack Shainman Gallery, New York. Photo : M. Sean Pathasema.
Le Musée d’Art Moderne de Paris ouvre le 18 septembre «The Histories*», première exposition française de Kerry James Marshall, 71 ans. Seize ans après Basquiat, le musée referme une série commencée en 2007 avec Kara Walker.
Un salon de coiffure peint à l’échelle d’un mur, des paillettes cousues dans l’acrylique, une lumière qui ne vient de nulle part et de partout à la fois. School of Beauty, School of Culture regarde le visiteur depuis l’affiche de l’exposition, avant même qu’il n’ait franchi les grilles du 11 avenue du Président Wilson. C’est la première fois qu’une toile de Kerry James Marshall accroche un mur français en exposition monographique. Il avait 71 ans quand le Musée d’Art Moderne de Paris a enfin dit oui.
Une série commencée en 2007, refermée seize ans après son avant-dernière étape
«The Histories*» n’est pas un coup isolé : le musée l’inscrit lui même dans la continuité de ses expositions monographiques consacrées à des artistes noirs américains, une série ouverte avec Kara Walker en 2007 et poursuivie avec Jean-Michel Basquiat en 2010. Entre Basquiat et Marshall, seize ans se sont écoulés. Le communiqué du musée ne fait pas ce calcul lui même ; il se contente de nommer les deux précédents et de dater le troisième chapitre. C’est un chiffre qu’aucune des sources consultées ne relève en ces termes, et qui dit, sans qu’il soit besoin de l’écrire en toutes lettres, le rythme auquel une institution parisienne consent à consacrer une monographie à un artiste noir américain vivant.
L’exposition n’est pas née à Paris. Conçue avec le soutien de l’artiste, «Kerry James Marshall : The Histories» a d’abord été présentée à la Royal Academy of Arts de Londres, de septembre 2025 à janvier 2026, puis à la Kunsthaus de Zurich jusqu’au 16 août 2026, avant d’arriver au MAM le 18 septembre pour y rester jusqu’au 24 janvier 2027. Soixante dix œuvres, dont huit peintures inédites, réalisées spécialement pour l’itinérance de l’exposition.
Onze ensembles, quatre décennies, un poing levé
Le parcours s’ouvre sur les premières œuvres de la maturité de l’artiste, dans les années 1980, dont Invisible Man (1986), inspirée du roman éponyme de Ralph Ellison (1952) : ici se pose déjà la question de la représentation, de qui l’histoire de l’art a exclu et pourquoi. Une deuxième salle traite du Passage du Milieu, la traversée forcée de l’Atlantique par les Africains capturés pour être vendus en esclavage. Puis viennent les scènes de vie contemporaine, salons de coiffure, parcs, extérieurs, qui répondent frontalement à Manet, Caillebotte, Seurat et aux peintres de la vie moderne, dont Kerry James Marshall reprend la grammaire pour y inscrire ce qu’elle avait toujours omis.
La série Souvenirs (1997-1998) part du mouvement des droits civiques. Les Vignette (2003-2014) montrent des couples noirs dans un style qui emprunte au rococo autant qu’aux cartes de vœux américaines. Wake, sculpture cumulative de 2003, s’enrichit d’un nouveau médaillon à chaque exposition. Une salle rassemble des portraits imaginaires de figures noires historiques, Scipio Moorhead, Harriet Tubman, interrogeant la façon dont on peut peindre un visage dont aucune archive n’a gardé trace. Dans The Academy (2012), un modèle masculin, posant pour un cours de dessin, lève le poing fermé du Black Power au milieu d’un atelier d’art classique.


Huit toiles inédites, et une histoire que l’Europe préfère souvent ignorer
L’exposition se referme sur une série inédite de huit peintures consacrées à des épisodes moins reconnus de l’histoire africaine. Plusieurs d’entre elles portent sur la traite transatlantique, et sur le rôle joué par certains acteurs africains dans la vente d’Africains réduits en esclavage à des marchands européens, selon la présentation officielle du musée. Kerry James Marshall ne peint ni la violence ni l’aliénation de front : il déplace le regard, insiste sur la présence plutôt que sur la souffrance, et referme sur une histoire que ni la peinture occidentale ni le récit héroïque de la traite ne racontent volontiers dans leur complexité.
Le catalogue de l’exposition, publié en français par Paris Musées et en anglais par la Royal Academy of Arts de Londres, réunit une étude de Mark Godfrey et six essais signés Aria Dean, Darby English, Madeleine Grynsztejn, Cathérine Hug, Nikita Sena Quarshie et Rebecca Zorach, complétés par un long entretien entre Kerry James Marshall et Benjamin H.D. Buchloh. C’est, selon le musée, la première publication en français jamais consacrée à l’artiste.
L’entrée coûte 17 euros en plein tarif, 15 euros en tarif réduit, elle est gratuite pour les moins de 18 ans. Le musée ouvre du mardi au dimanche, de 10 heures à 18 heures, avec une nocturne le jeudi jusqu’à 21h30. Soixante dix œuvres, onze salles, quatre décennies, seize années d’écart avec la précédente monographie de la même série : à Paris, il aura fallu ce chiffre là pour que le mur s’ouvre.
Vérification éditoriale : 17 septembre 2026. Les analyses et formulations sont celles de la rédaction, à partir des informations publiées par le Musée d’Art Moderne de Paris.
État des informations au 17 septembre 2026. Sources accessibles par les liens du dossier. Corrections et droit de réponse : zoesagan2@gmail.com.
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