300 000 euros par an, zéro minute facturée. Rachida Dati demande à redevenir juge.
Le procès pour corruption de Rachida Dati et Carlos Ghosn s’est ouvert le 16 septembre à Paris. La même semaine, l’ancienne garde des Sceaux demande sa réintégration dans la magistrature qu’elle a quittée il y a plus de vingt ans.

Rachida Dati arrive au palais de justice de Paris, le 16 septembre 2026, pour l’ouverture de son procès pour corruption et trafic d’influence aux côtés de Carlos Ghosn. Crédit photo : Thomas Samson, AFP.
Le procès pour corruption de Rachida Dati et Carlos Ghosn s’est ouvert le 16 septembre à Paris. La même semaine, l’ancienne garde des Sceaux demande sa réintégration dans la magistrature qu’elle a quittée il y a plus de vingt ans.
Une femme entre dans un tribunal en habit noir. Elle décline son identité. Elle écoute le résumé des poursuites qui la visent : corruption passive, trafic d’influence passif, dix ans de prison encourus, 450 000 euros d’amende. Puis elle ressort, et quelque part dans un dossier administratif du ministère de la Justice, une autre demande attend son tour : la sienne, pour redevenir magistrate.
Le tribunal correctionnel de Paris a ouvert mercredi 16 septembre le procès de Rachida Dati, 60 ans, et de Carlos Ghosn, 72 ans, jugé par défaut depuis Beyrouth. Le parquet national financier soupçonne l’ancienne eurodéputée d’avoir touché de Renault Nissan BV une rémunération d’avocate de 300 000 euros hors taxes par an, au titre d’une convention d’honoraires signée le 28 octobre 2009, en échange d’un travail de lobbying illégal au Parlement européen entre 2009 et 2013. L’accusation s’étonne des traces «singulièrement limitées» que la justice a retrouvées de ce travail, au regard de sa durée et de sa rémunération. Rachida Dati soutient avoir bien défendu les intérêts du groupe dans des dossiers liés au Maroc, à l’Algérie, à la Turquie et à l’Iran, et fera citer des témoins pour l’attester.
Un fugitif qui refuse d’être présent, mais pas absent
Carlos Ghosn n’a envoyé aucun avocat officiel à l’ouverture de l’audience, mais son conseil libanais suivait discrètement les débats depuis les bancs du public. Dans un courrier déposé fin août au greffe du tribunal de Paris, l’ancien PDG de Renault Nissan demandait le renvoi de l’audience, invoquant une convocation qui ne lui serait pas parvenue dans les formes légales. Après une heure de délibéré, le tribunal a rejeté la demande. «Le tribunal conserve l'entier dossier pour être jugé ce jour et dans les cinq jours qui suivent», a déclaré la présidente Claire Saas.
Être jugé par défaut a un avantage pour Carlos Ghosn : la possibilité de faire opposition à la décision et d’obtenir ainsi, automatiquement, un nouveau procès en première instance. L’avocat de Renault, Me Kami Haeri, n’a pas mâché ses mots devant le tribunal, raillant «un vol de moineaux, une disparition» côté Ghosn. «La réalité, c'est que Carlos Ghosn ne veut pas, il n'a aucune intention de se présenter devant la justice française. S'il se présente, tout s'effondre», a-t-il ajouté, projetant des captures d’écran d’un documentaire Apple TV où le fugitif nage dans la piscine de sa villa du quartier chic d’Achrafieh, à Beyrouth.
Le mot qu’un avocat a laissé échapper
Côté Dati, la défense a une autre musique. «La défense démontrera que Rachida Dati a travaillé exclusivement comme avocate pour RNBV et que les accusations infondées d'un supposé trafic d'influence au Parlement européen relèvent d'une construction intellectuelle artificielle de l'accusation», ont déclaré en amont du procès ses avocats, Mes Olivier Pardo, Olivier Baratelli et Antoine Beauquier. C’est Me Pardo qui, à l’ouverture, a justifié le refus de solliciter tout renvoi côté Dati : «il est temps pour elle de s'expliquer et de solder tout ce qui est dilatoire.»
Solder le dilatoire. La formule est belle, presque trop. Rachida Dati n’est devenue avocate que quatre mois après avoir signé le contrat qui la rémunère comme telle. Elle dit ne pas avoir conservé les notes adressées à Carlos Ghosn, à la demande de celui-ci. Le parquet retient contre elle trois questions parlementaires liées au secteur automobile, des prises de position favorables au constructeur, et une note envoyée à Carlos Ghosn en février 2013, à la fin du contrat, qu’elle présente comme une simple veille juridique.

La réintégration qui attendra le verdict, pas le procès
Ce que les comptes rendus du premier jour d’audience ne rappellent pas systématiquement : le 11 septembre, cinq jours avant l’ouverture du procès, la maison avait déjà signalé que la demande de réintégration de Rachida Dati dans la magistrature, à un poste de chargée de mission à la délégation aux affaires européennes et internationales du ministère de la Justice, ne serait examinée par le Conseil supérieur de la magistrature qu’après son procès, «fin septembre, début octobre». Le CSM, dont l’avis est obligatoire avant toute nomination de magistrat, attendra donc de savoir si l’ancienne garde des Sceaux sort de ce tribunal condamnée ou relaxée avant de se prononcer sur son retour au corps qu’elle a quitté au début des années 2000, du parquet d’Évry.
Personne, dans les comptes rendus consultés le 16 septembre, ne pose les deux dates côte à côte avec cette précision : le procès s’ouvre un mercredi, le poste visé se trouve dans l’administration centrale de la Justice, et l’avis du corps qui contrôle l’accès à la magistrature attendra sagement son tour, sans qu’aucune des deux procédures n’interfère officiellement avec l’autre. Officiellement.
Le procès doit durer jusqu’au 28 septembre. D’ici là, le tribunal entendra les témoins que la défense de Rachida Dati compte citer pour attester de son travail d’avocate. Carlos Ghosn, lui, continuera vraisemblablement à ne pas se présenter, protégé par l’absence d’extradition entre le Liban et la France. Reste une question que ni le parquet ni la défense n’ont à trancher, et que le calendrier administratif tranchera à leur place, quelques jours après le verdict : qu’est ce qui, dans le CV d’une ancienne ministre jugée pour corruption, continue à ouvrir la porte d’un ministère.
Vérification éditoriale : 17 septembre 2026. Les analyses et formulations sont celles de la rédaction. La procédure en cours ne constitue pas une condamnation ; Rachida Dati et Carlos Ghosn contestent les faits qui leur sont reprochés.
État des informations au 17 septembre 2026. Sources accessibles par les liens du dossier. Corrections et droit de réponse : zoesagan2@gmail.com.
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