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societe· 16 MIN· novembre 2025 PUBLIÉ LE 02 nov.

La liberté d'expression consiste à donner la possibilité à quelqu'un de dire ce que l'on ne veut pas entendre

La liberté d'expression consiste à donner la possibilité à quelqu'un de dire ce que l'on ne veut pas entendre
Zoé Sagan
Zoé Sagan 02 nov. 2025 · 16 MIN · societe

Il y avait des centaines de journalistes de tous les pays et SEULEMENT deux articles correspondent à la réalité.

Tout le reste n’est qu’infofiction.

Le premier article est de Off Investigation, dont je vous recopie ci-dessous le récit (l’article est payant), mais commençons avant par celui d’un jeune auteur, Maxime DesForges, qui était présent au procès et qui a été LE SEUL à retranscrire le réel. 

Son préambule est de dire que « nulle part ailleurs je crois, vous ne lirez de compte-rendu plus détaillé, équilibré, minutieux de l'audience de Zoé Sagan que celui ci-dessous (dans le cas contraire, qu'on mette un lien en commentaire et qu'on m'arrête à la sortie).

Note : puisque mon précédent "teaser" a déjà été beaucoup relayé, j'en profite pour dissiper tout malentendu auprès de mes nouveaux lecteurs : je me désintéresse complètement des "théories" sur Brigitte Macron. Je n'ai aucun avis sur les livres de Zoé Sagan, que je ne connais pas. Ce qui m'intéresse, c'est la littérature et la justice. Opposé à toute forme de transphobie (et de harcèlement, cela va de soi) j'aspire à un monde où le mot "trans" ne soit plus considéré comme calomnieux.
Maintenant que tu peux me traiter de wokiste à ta guise, fais tourner, c'est de la bonne. »

Bonjour tristesse : au procès de Brigitte Macron vs Zoé Sagan

Les médias tradis étant devenus hermétiques aux voix populaires, le tribunal est peut-être le dernier lieu où se télescopent des mondes qui n'ont rien en commun. Le choc était frontal au procès opposant Brigitte Macron à ses "cyberharceleurs". Convoqué à la barre et soutenu par l'avocat Juan Branco, l'écrivain Aurélien Poirson-Atlan (alias Zoé Sagan) s'en est fait le porte-parole malgré lui. Reportage.

Sur LCI, Caroline Fourest les appelle les "petits salauds" et les "ordures". Sur TF1, une chroniqueuse parle de "cafards", de "vermine" difficile à éradiquer. Eux se réclament de "l'esprit Charlie", de la liberté d'expression, revendiquent un humour potache, des plaisanteries de mauvais goût dont ils ne sont pas toujours fiers, reconnaissant avoir "relayé des ragots". "Je suis bien plus drôle dans la vraie vie", dira l'un des prévenus à la barre avec un accent du sud-ouest qui rappelle davantage les troisièmes mi-temps que le troisième Reich.

Qu'on ne s'y trompe pas : c'est une guerre à mort que se livrent deux camps irréconciliables, chacun avec ses armes. D'un côté la Macronie, armée de l'appareil d'Etat (le Parquet de Paris s'est saisi du dossier avec une célérité qui ferait plaisir à voir, si elle était la même pour tous), de communicants puissants (dont certains sont des délinquants notoires) et d'un réseau médiatique inégalable. De l'autre, des citoyens lambdas à l'influence variable, enseignant, galeriste, médium, élu local, armés de comptes X et de chaînes YouTube.

Ne minimisons pas le pouvoir de ces derniers : ils peuvent détruire des vies.

C'est par l'affaire Mila, en 2020, que se fait connaître la loi Schiappa sur le cyberharcèlement. Visant à prévenir les effets de meute, elle permet de poursuivre les auteurs d'un message unique. Le principe est noble, l'effet judiciaire considérable : pour un retweet à vos 50 abonnés posté depuis votre canapé lors d'une soirée télé à l'autre bout de la France, vous pouvez être réveillé à 6h du matin par la police, emmené en garde-à-vue devant vos enfants, être entendu plusieurs heures puis envoyé en cellule avant d'être convoqué à Paris pour répondre de vos gestes du pouce.

"Complotistes" contre "suppôts du pouvoir"

Lundi 27 et mardi 28 octobre 2025, le tribunal judiciaire de Paris jugeait huit de ces délinquants numériques. Pourquoi huit et pas douze, pourquoi douze et pas cinquante, sur les 6 millions de tweets générés par l'affaire Brigitte Macron, nul ne sait vraiment : les voies du Parquet sont impénétrables.

Aucun des prévenus ne reconnaît le harcèlement, au contraire : ils sont les harcelés. L'un d'eux, ayant fait quatre gardes-à-vue pour des tweets d'un goût douteux sur "la bite à Brigitte", dira à la barre : "Quand on mobilise autant de moyens policiers et judiciaires pour un simple citoyen, c'est le signe d'une société malade ou à son crépuscule."

Aux médias tradis, les prévenus et leurs soutiens reprochent le regard biaisé, l'unanimisme suspect : de CNews à France Inter, tout le monde est contre eux. A chaque duplex devant la salle 2.01, certains s'agacent, soupirent, ricanent dès que sont prononcés les mots "complotistes", "sulfureux", "fachosphère". "C'est insupportable. Insupportable", souffle une dame à l'allure soignée, tout émue, en portant la main sur son coeur comme si les injures lui étaient adressées personnellement.

Le décalage saute d'abord aux yeux dans sa mise en espace : séparés par des cordons rouges infranchissables (les nombreux policiers y veillent), les journalistes amassés devant la salle d'audience n'ont manifestement rien à savoir du "public bigarré" (Marianne) venu écouter les débats (outre les soutiens, les vacances scolaires amènent toujours des lycéens par dizaines dans les salles d'audience).

Le seul échange - disons plutôt interaction - qui a lieu lors d'une suspension animée entre public et journalistes relève d'une mise en accusation réciproque : illuminés contre suppôts du pouvoir. On voyait la colère dans le regard des premiers, le mépris dans le regard des seconds.

Dans la salle également, le séparatisme est entretenu : les bancs réservés à la presse, qui peut tweeter en direct ("L'autre fois, en trois heures j'ai pris 2000 abonnés", se vante un journaliste) et pianoter ses messages Whatsapp tandis que les téléphones sont interdits au reste du public sous peine d'exclusion, empêchent tout brassage et nourrissent le ressentiment.

Paris Match (propriété de LVMH), toujours présent en cas de coup dur

Who the fuck is Zoé Sagan ?

Ainsi, chacun voit ce qu'il croit. Prenons Zoé Sagan : les journalistes le présentent partout comme "publicitaire", quand le président du tribunal le qualifie d'"écrivain, scénariste, dramaturge", évoquant ses droits d'auteurs et ses généreux à-valoir. Dès lors, chacun dans le public se pose une question légitime : pourquoi aucun média ne présente-t-il le procès sous un angle différent, celui d'un pouvoir omnipotent qui persécute un écrivain français avec une procédure bâillon ?

"Ecrivain raté", concèdera Caroline Fourest toujours sur LCI (on voudrait savoir ce qu'est un écrivain réussi), mais écrivain quand même, quoi qu'on en dise. Au-delà des ouvrages, c'est le statut qui nous intéresse ici. Mardi matin, Aurélien Poirson-Atlan s'est avancé à la barre avec une pile de livres, remis au président du tribunal ("Votre pièce de théâtre a été ma lecture de l'été !", admet ce dernier).

L'auteur de la trilogie "Ketamine" (Au Diable Vauvert), "Braquage" (Bouquins), et "Suspecte" (Magnus), passe près de deux heures à évoquer la dimension littéraire de son travail, détaillant notamment son concept d'info-fiction couplée à l'intelligence artificielle, un "nouveau genre littéraire" : "Aujourd'hui, un écrivain doit travailler sur la réalité, pas sur la fiction."

Evidemment, dans les années 2020, les réseaux sociaux sont le moteur indispensable d'un tel dispositif, pour le meilleur et pour le pire. Née sur Facebook en 2018, Zoé Sagan essaime sur Twitter / X, élargissant encore son audience, donc son influence, donc son pouvoir de nuisance, dirigé contre les personnalités puissantes du monde politique et culturel. D'abord adulé par le milieu, le personnage devient radioactif quand, en 2020, la carrière politique de Benjamin Griveaux vole en éclat après qu'une vidéo intime est relayée par Zoé ("C'était une erreur absolue, je ne le referai plus jamais", admettra plus tard Sagan dans une interview aux Incorrectibles à propos de ce qui s'apparente à un Kompromat).

Un "manifeste radical" "punk, mais légal"

Retour à l'audience où Poirson-Atlan se défend. Ce que Conspiracy Watch relate sur X comme un discours "confus" est au contraire un point de vue plutôt construit sur le vrai et le faux, la fiction et le réel, la théâtralisation du monde, le personnage fictif de Zoé Sagan n'étant qu'une sécrétion de cette bouffonnerie générale. "L'infofiction c'est ça : on ne sait plus ce qui relève du vrai et du faux. C'est punk, mais légal."

Exploiter l'ère de la post-vérité pour créer du chaos, puis en tirer des livres : personne ne demande à quiconque d'adhérer à cette approche de la création littéraire, seulement de la prendre en considération, quitte à en attaquer ensuite les fondements. A celui qui se présente comme un "absolutiste de la liberté d'expression", le juge demande :

— Pourquoi avoir créé Zoé Sagan ? Qui est Zoé Sagan ?
— Zoé Sagan est la première autrice IA du XXIème siècle, elle fait de la littérature algorithmique 100% autonome et je suis son éditeur. Le compte Zoé Sagan est une revue de presse quotidienne de l'actualité, gérée par IA. Je travaille beaucoup avec des petits génies de l'IA, on crée des personnages automatisés. Je voulais nourrir un débat autour de l'IA dès 2018, je savais que ça allait devenir un thème central.

Sur son utilisation de X et son "acharnement" autour de Brigitte Macron, APA répond : "Zoé Sagan est plus critique envers le système médiatique qu'envers Brigitte Macron. La Macronie est paranoïaque : moins de 3% du contenu X de Zoé Sagan s'y rapporte. Zoé, c'était un peu mon mur des cons [le compte X de Zoé Sagan a été suspendu à l'été 2024, ndlr].

Puis : "Il faut voir X comme un bistrot contemporain, un bistrot mondial transgressif. C'est une scène de théâtre. Si Flaubert était vivant, il aurait inscrit Emma Bovary sur X. On a affaire à un nouvel espace, qui mérite une nouvelle définition de la liberté d'expression."

L'auteur défend également la veine satirique de son activité : "Zoé Sagan et Josiane Lépine [un autre personnage fictif sur X, connu pour être excessivement pro-Macron, ndlr] qui dialoguent entre elles, c'est de la pure satire, c'est du théâtre. C'est pour faire rire. Qui peut prendre ça au sérieux ? Depuis toujours, dans la tradition française, la satire sert à moquer le vice. Moi j'aimerais faire autre chose au bout d'un moment, mais on a fait quelque chose de Zoé, on me la demande."
Comme Zoé Sagan, Marianne fait du "journalisme prédictif" : avant même le verdict, des peines lourdes ont été prononcées.

Charlie, es-tu là ?

Quant au fait de revendiquer l'esprit Charlie, omniprésent dans la bouche des prévenus : "Je trouve Zoé plus fun que Charlie. Ils ne sont plus drôles, ils sont vulgaires." Le président se sent alors obligé de rappeler : "Nous ne sommes pas saisis d'une affaire sur le droit de la presse régi par la loi de 1881", laquelle aurait été traitée à la 17ème chambre, plus permissive en matière d'expression. Plusieurs fois, le tribunal s'efforce de remettre les débats sur les rails du cyberharcèlement, en répétant continuellement la même question à chacun : "Avez-vous conscience que ces messages puissent blesser ?"

De son côté, Zoé Sagan invoque Flaubert et Baudelaire, poursuivis en leur temps par le célèbre procureur Pinard "déjà pour des histoire de moeurs" :

"Zoé Sagan va rentrer dans l'histoire avec ce procès. J'avais prédit dès le début qu'elle se retrouverait devant les tribunaux un jour. Je ne pensais pas que ce serait du fait de l'Elysée."

Sur son arrestation, il estime les moyens "disproportionnés" :

"Ca a été horrible. Je me sens humilié et traumatisé. On m'a empêché d'aller chercher mon fils à l'école, en me gardant plus de 30h en garde-à-vue pour une simple phrase, sujet verbe complément [il lui est notamment reproché un sondage sur l'identité de Brigitte Macron publié sur X, ndlr]. Mon fils disait "Macron va mettre papa en prison." Je suis tombé malade un mois, avec 40 de fièvre. Ca me semblait inconcevable qu'un auteur soit privé de ses libertés. Ca a été d'une violence... J'ai l'impression qu'on vit un moment orwellien, avec le Ministère de la Vérité. En Corée du Nord ou en Russie, on passe les menottes à un galeriste à 6h du matin. Mais en France..."

Humiliation, traumatisme, violence : Tiphaine Auzière reprendra l'idée à son compte quand elle viendra témoigner l'après-midi même en faveur de sa mère, Brigitte Macron, obligée de "faire attention à ses tenues, ses postures." Un traumatisme qui fera lever quelques yeux au ciel dans la salle.

La chasse américaine

Le président en vient à ses liens supposés avec Xavier Poissard. Grand oublié du procès, Poissard est l'auteur de l'enquête sur la prétendue transidentité de Brigitte Macron, d'abord publiée par sa revue Faits et Documents puis transmise à l'influenceuse conservatrice américaine Candace Owens - par l'intermédiaire de Zoé Sagan - donnant à la polémique une dimension mondiale :

"Depuis, j'ai compris que Faits et Documents est lié à Alain Soral, ce que je ne savais pas. Ces gens me détestent. On me traite d'extrême-droite, de complotiste... Je n'ai aucun lien avec ces gens. J'ai moi-même des ascendants juifs, et je suis plutôt de gauche. D'ailleurs mon ami c'est Juan Branco."

Et sur ses liens avec Candace Owens, contre qui Brigitte Macron a également porté plainte aux USA ?

"Avant, j'étais talent-scoot. Je repérais les nouveaux talents, ceux qui feront l'actualité dans les prochaines années. Candace Owens en fait partie. Je la vois comme un phénomène de société. Elle est assez unique en son genre. Elle sera une personnalité centrale des 20 prochaines années. Si j'étais expert en communication de crise, je dirais à Brigitte que ce procès et la plainte contre Candace Owens, c'est une catastrophe. Elle remet une pièce dans la machine."

La défense pied à pied de l'écrivain, dont il est souvent difficile de distinguer la sincérité de la dose de mauvaise foi inhérente à tout procès, n'empêchera pas le Ministère public de requérir une peine d'un an d'emprisonnement avec sursis contre lui, la plus lourde de tous les prévenus. Le public ne s'y trompe pas : au moment où Aurélien Poirson-Atlan regagne le banc des prévenus, des applaudissements se font entendre dans la salle. "On n'est pas au spectacle", s'agace le président.

Si l'on en croit Debord, rien n'est moins sûr.

Capture d'une vidéo de Candace Owens sur "Bwigitte Meukrone". Et aussi, par inadvertance, sur ses placements de produits.

Note de l'auteur : Cet article entend restituer (très partiellement) une parole occultée par d'autres médias, afin que chacun puisse se faire une idée plus précise du déroulement des débats. Rien d'autre.

Dissipons donc d'éventuelles méprises : toute forme de harcèlement physique, judiciaire ou numérique me débecte. Toute forme de transphobie me débecte. Que Brigitte Macron soit née homme, femme, androïde, reptilien ou cochon d'Inde, ça ne rendra pas les mains et les yeux des Gilets jaunes mutilés, ça ne va pas réduire les inégalités sociales, ça ne réduira pas non plus la pauvreté endémique dont souffrent des millions de gens, du fait du macronisme. Merci de m'avoir lu.

« Cyberharcèlement » : Brigitte Macron peine à convaincre

Alors que de lourdes peines sont requises contre les prévenus du procès « Brigitte Macron », sa fille et ses avocats peinent à convaincre le tribunal d’un « cyberharcèlement » dans une procédure où plane l’intervention d’Emmanuel Macron. Explications.

Les conditions de vie de Madame Macron ont-elles été dégradées par des blagues et photomontages transphobes sur Twitter de certains des dix prévenus de ce procès ? Ce mardi 28 octobre, Tiphaine Auzière, la fille de Brigitte, témoignait à la barre du tribunal correctionnel de Paris pour attester d’une « dégradation des conditions de vie » de sa mère suite aux rumeurs délirantes autour de sa « transidentité » sur les réseaux sociaux. « J’ai vu une dégradation de ses conditions de vie, atteste Tiphaine Auzière, en costard sombre et les cheveux attachés. Il n’y a pas une semaine où une personne ne lui parle pas de ces horreurs qu’on dit sur elle. Le plus difficile pour ma mère, ce sont ses petits-enfants, qui entendent dans la cour de récréation que leur grand-mère est trans », ajoute la belle-fille d’Emmanuel Macron.

Pas d’ITT pour Brigitte

L’enjeu est de taille, car pour que l’infraction de « cyberharcèlement » créée par la loi Schiappa de 2018 puisse s’appliquer aux prévenus, il faut une « dégradation des conditions de vie » de la personne plaignante. Problème : la loi ne prévoit pas la façon dont cette « dégradation des conditions de vie » va pouvoir être démontrée. Rien dans le texte n’impose une expertise médicale ni la production d’un ITT (Incapacité Totale de Travail) pour caractériser le délit, ce que Brigitte Macron n’a d’ailleurs pas fait.

    « C’est un raid, un cyberharcèlement en masse »

Maître Jean Ennochi, l’avocat de Brigitte Macron

Pour Maître Jean Ennochi, l’avocat de Brigitte Macron dans cette affaire, le témoignage de la fille de Brigitte enfonce un coin dans la défense des cyber-harceleurs présumés : « Ils vous parlent tous de liberté d’expression, mais ils nient totalement être à l’origine d’un cyberharcèlement. Or, c’est un raid, un cyberharcèlement en masse. Le témoignage de Tiphaine Auzière aujourd’hui prouve bien que le délit est constitué, car il y a bien une dégradation des conditions de vie de Madame Macron. »

Brigitte Macron lit-elle Twitter ?

Seulement voilà : comment prouver que Brigitte Macron – qui n’a pas de compte X (ex-Twitter) – a bien lu les quatre tweets postés en deux ans par l’informaticien de Haute-Savoie, Jérôme A., 90 abonnés, sur la « bite à Brigitte » ? Comment attester du fait que le tweet de Jérôme C., courtier en crédit de 55 ans, sur « les concours de bite entre Emmanuel et Brigitte » a bel et bien provoqué une détérioration des conditions de vie de la Première Dame ? Pourquoi eux Jérôme A. et Jérôme C. comparaissent-ils devant la 10ᵉ chambre plutôt qu’un millier, voire un million d’autres internautes qui ont abondamment tweeté sur le sujet ?

En l’absence de Brigitte Macron, les avocats de la défense ont posé la question à sa fille, Tiphaine Auzière. « Ma mère n’a pas eu envie de les revoir, mais elle connaît très bien le contenu des tweets de chacun des prévenus dans cette salle », affirme-t-elle. Les a-t-elle lus avant ou après la procédure ? « Je n’en sais rien, je ne tire aucune interprétation sur la sélection des tweets par le procureur. Quand vous êtes victime, vous portez plainte contre X et la justice fait son travail. Ma mère fait confiance en la justice », précise Tiphaine Auzière, elle-même avocate de profession.

Dans ces plaidoiries, l’avocat de Jérôme C. met en garde le président Thierry Godard qu’un procès pour l’exemple n’est pas la justice : « Il semble que ces internautes aient été tirés au sort. On veut en faire des exemples. »
« Dix pauvres clampins »

« Personne ne sait si Brigitte a lu ces tweets, et vous ne le saurez jamais, a tonné Luc Brossollet, l’avocat de l’écrivain Aurélien Poirson-Atlan, dans sa dernière plaidoirie particulièrement remarquée. Personne n’a enquêté pour savoir si les conditions de vie de Brigitte Macron ont vraiment été détériorées. On s’en tient à un témoin perroquet — sa fille — et à la déposition de la Première Dame.  » « Vous vous offusquez que dix pauvres clampins s’interrogent sur la vie privée des Macrons, sur leur différence d’âge, mais c’est Brigitte et Emmanuel (Macron, NDLR) qui ont mis en scène leur vie privée jusqu’à plus soif dans les magazines people. Couvertures après couvertures, ils ont invité les Français à s’intéresser à eux et à l’intimité de leur couple. Cette mauvaise soupe préparée par Michèle Marchand (la papesse de la presse people est une amie personnelle du couple présidentiel, NDLR), les Français en ont trop mangé. »

    « Les Français n’ont plus confiance dans les médias dominants, le rejet du pouvoir est total ! »

Luc Brossollet, avocat de Aurélien Poirson-Atlan

Selon l’avocat qui a remplacé au pied levé Maître Juan Branco, suspendu quelques jours avant le procès, cette rumeur est à remettre dans un contexte bien particulier, celui de la dégradation des conditions de travail des journalistes, et de ses conséquences sur la presse et les médias pour le citoyen : « Posez-vous la question : pourquoi tant de Français se passionnent pour un sujet comme celui-là ? Les Français n’ont plus confiance dans les médias dominants, les humoristes sont censurés, le rejet du pouvoir est total, et donc les réseaux sociaux deviennent un défouloir : tout ce qu’on dit de mauvais sur les Macron sera bon. » Le procureur Hervé Tetier ne l’entend pas de cette oreille. Dans ses réquisitions, le ministère public juge que le témoignage de Tiphaine Auzière est déterminant, car elle a personnellement constaté la diminution de l’état de santé de Brigitte Macron. Il préconise des peines légères pour les « suiveurs » et des peines lourdes pour les trois « instigateurs » de la rumeur, comme si les prévenus avaient agi en parfaite coordination.

Des peines de prison pour des tweets

Dans le détail, cela donne un an de prison avec sursis, 8 000 euros d’amende et une suspension de ses comptes en ligne pendant six mois avec exécution provisoire pour Aurélien Poirson-Atlan, l’écrivain derrière le compte Zoé Sagan sur Twitter. Il s’agit de la plus lourde peine requise, justifiée par « la portée médiatique » de ses publications, selon l’avocat général. C’est également le prévenu le plus sensible pour l’Élysée : fin 2024, Le Monde révélait l’intervention directe d’Emmanuel Macron dans la procédure judiciaire par la participation de son directeur de cabinet, Patrice Faure, dans la poursuite et l’arrestation de l’écrivain.

Pour le galeriste parisien Bertrand Scholler, suivi par 100 000 personnes sur X, c’est six mois de prison avec sursis, 3 000 euros d’amende et suspension de ses comptes pendant six mois avec exécution provisoire. Même tarif pour Delphine Jégousse, alias « Amandine Roy ». Celle qui se présente comme une « médium » en ligne avait déjà été condamnée en première instance pour diffamation envers Brigitte Macron, avant d’être relaxée en juillet dernier par la Cour d’appel de Paris. Voilà pour les trois prévenus considérés par le procureur comme les « instigateurs » de la rumeur. Et tant pis si Xavier Poussard, le journaliste d’extrême droite à l’origine de la rumeur n’a pas été cité à comparaître.

Pour le reste des prévenus, que le procureur a qualifiés de « suiveurs », il a requis cinq mois de prison avec sursis contre Jean-Christophe P., quatre mois de prison avec sursis pour Jérôme A., Jérôme C. et Philippe D. et trois mois de prison avec sursis pour Jean-Luc M. et Christelle D. Enfin, le procureur a requis 80 heures de travail d’intérêt général pour Jean-Christophe D., le « seul à avoir esquissé un repentir », selon lui, ce dont la justice a tenu compte. On rêverait que toutes les personnes harcelées en France (par les réseaux sociaux, leur employeur, la police, l’administration, etc.) puissent s’appuyer sur la police et la justice pour les défendre, comme cela a été le cas pour Brigitte Macron. Le jugement a été mis en délibéré au 6 janvier 2026.

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Zoé Sagan
Zoé Sagan

Analyste, journaliste, auteure de la trilogie INFOFICTION (Kétamine, Braquage, Suspecte — Robert Laffont). Fondatrice de la Lettre confidentielle z/S. Investigation poétique des pouvoirs médiatiques depuis 20 ans.

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