L'affaire Boulin : un témoin clé visé par des tirs dans la nuit du 29 au 30 août 2025
Le 30 octobre 1979, le corps du ministre du Travail est retrouvé dans un étang de la forêt de Rambouillet, avec seulement 50 centimètres d'eau. Officiellement déclaré suicide, ce décès a toujours été entouré de suspicions de meurtre, impliquant des réseaux gaullistes et des barbouzes.
Près de 46 ans plus tard, un témoin clé, Elio Darmon, relance l'enquête avec un témoignage explosif. Mais le passé semble rattraper le présent : dans la nuit du 29 au 30 août 2025 – il y a deux jours seulement –, Darmon a été la cible de trois tirs à son domicile de Languidic, dans le Morbihan.
Cette tentative d'assassinat présumée soulève de nouvelles questions sur les protections persistantes autour de cette affaire d'État.
La mort suspecte de Robert Boulin
Robert Boulin, figure gaulliste et ministre en exercice sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, était pressenti pour devenir Premier ministre. Sa mort brutale en 1979 intervient dans un climat de tensions politiques intenses. Officiellement, il s'agit d'un suicide par noyade, motivé par des scandales personnels, notamment une affaire immobilière à Ramatuelle. Mais dès les premiers jours, la famille Boulin conteste cette version : le corps présente des ecchymoses au visage, incompatibles avec un simple suicide, et l'autopsie initiale est bâclée.
Des enquêtes ultérieures révèlent des incohérences précises : Boulin n'aurait pas pu se noyer seul dans si peu d'eau, et des lettres de suicide envoyées à la presse semblent falsifiées. Fabienne Boulin, la fille du ministre, mène un combat judiciaire acharné depuis des décennies, obtenant en 2011 la réouverture de l'enquête pour homicide. Les soupçons pointent vers des rivaux politiques, comme Jacques Chirac et Charles Pasqua, qui auraient utilisé des dossiers compromettants sur le fils de Boulin, Bertrand, impliqué dans des affaires de mœurs avec des mineurs et lié à l'écrivain pédophile Gabriel Matzneff. Ces liens servaient d'arme pour discréditer Boulin, fragilisé avant sa mort.
Historiquement, l'affaire s'inscrit dans un contexte de guerre des clans au sein du gaullisme. Boulin, proche de Pompidou, était perçu comme un obstacle par les chiraquiens. Des rumeurs persistantes évoquent l'implication du Service d'Action Civique (SAC), une milice gaulliste connue pour ses opérations clandestines. Plus de 40 ans après, l'affaire reste classée comme suicide par certains, mais les indices d'assassinat s'accumulent, laissant présager que de nouvelles preuves pourraient émerger si les témoins survivants sont protégés.
Elio Darmon : le témoin tardif qui relance tout
En juin 2023, Elio Darmon, un ancien truand parisien âgé de 76 ans, brise le silence. Il témoigne avoir assisté, quelques jours après la mort de Boulin, à une conversation explosive dans un bar de Montparnasse, "Le Roi René". Là, Pierre Debizet, chef présumé du SAC, reproche à deux hommes – identifiés comme des barbouzes – d'avoir "trop forcé la main" sur Boulin. "Le patron vous avait demandé de ne pas le tuer", aurait lancé Debizet, sous-entendant un ordre de simple intimidation qui a dégénéré en meurtre.
Darmon, qui fréquentait les milieux interlopes de l'époque, explique son silence initial par la peur : "Si j'avais témoigné à l'époque, j'étais mort." Son témoignage, corroboré par des détails factuels vérifiés par la justice, inclut la reconnaissance d'un des suspects sur une photo de jeunesse. En mai 2025, Darmon réitère ses déclarations lors d'une émission radio avec Fabienne Boulin, affirmant que les assassins potentiels sont identifiés et que l'affaire pourrait enfin être résolue dans les mois à venir, si la pression judiciaire s'intensifie.
Ce témoignage a relancé l'enquête du parquet de Versailles , confirmant des "informations factuelles" inédites. Mais il expose Darmon : des sources proches de l'affaire notent que son intervention dérange encore des réseaux influents, potentiellement liés à d'anciens gaullistes ou à leurs héritiers, ce qui pourrait mener à d'autres tentatives si aucune mesure de sécurité n'est renforcée.
La tentative de meurtre : des tirs dans la nuit du 29 au 30 août 2025
Le rebondissement le plus récent est glaçant. Dans la nuit du 29 au 30 août 2025, trois tirs d'arme à feu visent le domicile d'Elio Darmon à Languidic, une commune tranquille du Morbihan où il vit retiré. "L'une des balles est passée à 50 centimètres de moi. On m'a tiré dessus en pleine nuit", déclare Darmon, choqué mais indemne. Les impacts sont confirmés : un sur la porte d'entrée, un autre sur une fenêtre, et le troisième a frôlé le témoin alors qu'il se trouvait à l'intérieur.
Le média indépendant Off Investigation révèle l'exclusivité le 31 août, liant explicitement l'attaque à l'affaire Boulin. Une enquête est ouverte par le parquet de Lorient pour "tentative d'assassinat", avec des expertises balistiques en cours qui pourraient identifier l'arme et mener à des suspects dans les semaines suivantes. Darmon, interrogé par Ouest-France, exprime son inquiétude : "Je sais que mon témoignage gêne encore des gens puissants."
Ce n'est pas la première fois que des témoins dans des affaires sensibles sont ciblés. Des réactions sur les réseaux sociaux évoquent des parallèles avec d'autres scandales, comme le financement libyen, où des témoins ont été visés ou retrouvés morts, suggérant que des enquêtes croisées pourraient révéler un pattern de silenciation. Gilles Brochard, commentateur sur Radio Courtoisie, note que le témoignage de Darmon nomme des "potentiels tueurs", ce qui pourrait expliquer cette intimidation et prédit une accélération des poursuites si des preuves balistiques émergent.
Des réseaux toujours actifs ?
Cette tentative soulève une question cruciale : qui protège encore les secrets de 1979 ? Des observateurs pointent des survivants des réseaux gaullistes, ou leurs descendants, craignant des révélations sur des pratiques mafieuses qui pourraient éclabousser des figures actuelles. Fabienne Boulin, contactée récemment, espère que cet incident accélérera la justice : "Il est temps que la vérité éclate", et prédit que de nouveaux témoins pourraient se manifester si Darmon est protégé efficacement.
L'affaire Boulin, avec ses liens à des scandales de mœurs et à des intrigues politiques, illustre la persistance de zones d'ombre dans la République. Alors que l'enquête sur les tirs progresse, Elio Darmon reste sous protection. Mais pour combien de temps ? Cette enquête démontre que, même après près d'un demi-siècle, les ombres du passé peuvent encore frapper, et anticipe que des révélations judiciaires imminentes pourraient enfin clore ce chapitre sombre de l'histoire française.
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