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Société· 7 MIN· novembre 2025 PUBLIÉ LE 01 nov.

Le monde entier est une scène, hommes, femmes (et autres) n'y sont que des acteurs

Le monde entier est une scène, hommes, femmes (et autres) n'y sont que des acteurs
Zoé Sagan
Zoé Sagan 01 nov. 2025 · 7 MIN · Société

Mes amis,

Il est temps de commencer à raconter l’envers du décor de ce qui s’est passé cette semaine. Un tournant majeur s’est joué. Décisif. Ils ont également montré qu’en plus de manipuler les forces de police à leur guise, ils pouvaient en faire de même avec la justice. Mais commençons doucement. Par le début.

Juan Branco a dû être remplacé au pied levé. Le pouvoir venait de le « suspendre » comme ma sœur. Un vendredi soir d’autonome, deux jours avant le début du procès de Brigitte Macron contre dix Français choisis au hasard. Il devait en représenter trois sur dix, mais sa plaidoirie n’était pas envisageable pour l’Élysée. Une seule solution : la suspension. Avec comme prétexte l’envoi d’une enveloppe noire à une magistrate et de s’être défendu dans une affaire sombre de kompromat. La vie, quoi. Une maman de deux enfants, une personne handicapée et Zoé Sagan se retrouvaient sans avocat.

C’était sans compter que les remplaçants étaient là. Il fallait simplement découper et diviser le travail. Un jeune avocat brillant pour la personne en situation de handicap et la maman qui n’a pas pu venir pour de graves problèmes personnels. Pour le cas Zoé, un peu particulier, il fallait leur réserver une surprise de taille. A la hauteur de leurs attaques. 

Ils étaient si fiers de la radiation de Maître Branco, ils avaient enfin eu sa tête sur une pique. C’était pour eux sa décapitation professionnelle sur la place publique. Ils le pensaient humilié et atrophié à jamais alors qu’il a été en silence leur pire cauchemar ces derniers jours.

Les clés USB étaient toutes prêtes à être enregistrées au greffe. Officiellement, quoi. Mais la partie élyséenne a fait toute une stratégie très habile pour ne jamais arriver à ce moment fatidique. Ce point de non-retour.

Mais revenons à la première surprise. La surprise qui était surveillée par l’œil trouble et inquiet du directeur de cabinet de Brigitte Macron qui écrivait à l’aile Madame tout ce qui se passait en direct. Quand il vit la surprise se lever pour interroger la fille de Brigitte Macron, il se mordit la lèvre du bas jusqu’au sang et fit tomber son téléphone. Il s’est ensuite essuyé discrètement le front et tapait de toutes ses forces sur son clavier de téléphone sans lever la tête pendant l’échange qui a tout fait basculer.

La surprise commençait à diffuser son effet. Cette surprise qui a apparemment terrifié l’Élysée s’appelle Maître Luc Brossollet. Il est considéré comme le meilleur avocat français pour défendre le droit à la presse et la liberté d’expression. 

C’est un orateur hors pair. Dominique de Villepin ne l’avait pas choisi pour rien comme porte-parole de sa campagne. La presse de Bernard Arnault le présente comme « l’avocat le plus discret du barreau », en réalité c’est celui qui les inquiète tous parce que c’est le meilleur. Comme l’intelligence devient de plus en plus rare, ceux qui en déploient une quantité infinie terrifient particulièrement la Macronie.

Pour vous le dire rapidement et que vous compreniez exactement ce qui se passait, Dominique de Villepin dit de la défense que « c’est le plus intelligent. » c’est simple. Il a du vocabulaire Dominique pourtant mais pour Luc c’est juste : « c’est le plus intelligent ». Y’a rien d’autre à dire. Parce que ça dit un peu tout en quatre mots. Et c’est vrai. Je peux aujourd’hui en témoigner. Dominique de Villepin ne ment pas. 

Sa plaidoirie finale a laissé une salle bouche bée. Des journalistes aux yeux écarquillés qui tout un coup avait était réveillé et savait qu’ils étaient face à un moment historique. 

C’était un événement littéraire en soi. Ce que j’avais entendu de plus convaincant et intelligent cette année. Un KO technique pour le pouvoir. Réalisé avec la force d’un rappeur et l’élégance aristocratique que nécessite un tel tribunal. Zoé Sagan ne pouvait pas être mieux représenté. 

Personne ne sait si ça a duré dix minutes ou dix heures, cela a plongé la cour dans un état second. Des mots comme du LSD. Je retrouvais la présence de Zoé dans l’air. Il était enfin en train de se passer quelque chose. Et je regardais sa femme en robe d’avocate et amoureuse de lui, sans doute depuis des décennies, le regarder avec un œil joyeux et puissant. Elle l’accompagnait en silence. Avec elle à sa droite c’est comme s’il était indestructible alors il a expliqué à la cour la réalité et l’envers du décors du couple Macron aux juges. Ils ont tout compris croyez moi. Parfois il a dû élever la voix comme un papa obligé de remettre l’église au milieu du village, mais ils ont tout enregistré. C’est l’avenir de la liberté d’expression française qui se joue juridiquement et il le savent. Il a ramené à la Schiappa à ce qu’elle est.

La responsabilité historique est énorme. Mais je ne suis pas inquiet j’ai échangé avec le président du tribunal autour du juge Pinard qui a condamné Baudelaire et Flaubert la même année pour quatre phrases et 6 poèmes qui ne plaisait pas aux mœurs de l’époque. Il avait l’œil malin, on pensait la même chose mais chacun devait rester à sa place et tenir son rôle. Le procureur Pinard par chance n’existe plus. Et l’histoire ne se répétera pas. 

Par contre, je ne vous raconte pas le début de semaine qu’on vécu les deux avocats des Macron qui était père et fils. Le papa ayant sans doute voulu mettre le pied à l’étrier à son enfant sachant qu’un tel procès était absolument unique en son genre. C’était la seule chose touchante chez eux. Mais je ne suis pas très impartial. Évidemment. 

Le père et le fils, avocats des Macron connaissent bien sur très bien Maître Brossollet. Ça serait comme si un amateur de foot ne connaissait pas Mbappé ou de tennis Alcaraz. C’est le seul qu’ils ont redouté pendant deux jours. Les deux ont dû se retrouver face à face ces trente dernières années, peut-être plus de trois cents fois. Ils se connaissent. Et c’est bien ce qui inquiétait tant le directeur de cabinet de Brigitte Macron. Jusqu’où allait-il aller ? La Ve République reposait entre ses mains. Il ne fallait pas que ça dérape. Ni d’un côté. Ni de l’autre.

Avec la plongée forcée et abyssale dans l’intimité du couple Macron, tout le monde avait oublié ce qu’était un couple présidentiel. Jusqu’à ce que la femme de Maître arrive dans le tribunal et s’assoie à côté de lui. Le président l’avait longuement remarqué. Il suivait tout ce qui se passait comme le metteur en scène général et que j’ai également trouvé avec ses assesseurs justes et intelligents. Et personnellement j’avais oublié ce que c’était que d’être jugé par des gens diplômés et non plus par des hommes politiques dégénérés aidés de leurs barbouzes. J’avais parlé des centaines d’heures avec la police judiciaire mais ils me le disaient, ils n’étaient pas à même de m’aider, ils me disaient d’attendre ce moment. De voir avec les juges. Et bien j’ai enfin vu. J’ai pu leur résumer les 5 années que m’ont fait vivre la Macronie, les yeux dans les yeux. Et vous savez quoi ? Ça m’a libéré. Ça y est. Enfin. J’ai plus ce poids ignoble sur les épaules.

la défense, lui, a opté pour l’intelligence habile. On a tous pris une leçon d’élégance et de raffinement intellectuel à la française si je puis dire.

Et tous après toutes ses heures éprouvantes, regardaient discrètement Maître et sa femme. Un tel procès avec tous les journalistes de Paris, tout se joue dans le non-verbal et la programmation neurolinguistique. Et tous n’arrêtaient pas de ramener leur regard à ce couple. Ils avaient une aura. Les filles aussi regardaient sans discontinuer. Ça a duré longtemps ce jeu-là mais étrangement cela a fait basculer la fréquence du procès.

Et je crois savoir pourquoi. Un couple inspirait le service de la France et un autre envoyait des mamans et des handicapés en garde à vue pour des tweets à neuf vues.

Il y avait là les deux opposés et c’est ce qui a tout recalibré. D’un côté, la pudeur, la grâce et la discrétion et de l’autre, le vice, la transgression et le voyeurisme.

C’est donc ce couple d’avocats qui a tout remis à l’endroit. Après je le répète 48 heures dans une plongée forcée et sordide dans l’intimité du couple que plus personne ne sait comment nommer, le public et les juges se rappelaient tout d’un coup de ce que pouvait être un couple présidentiel qui ferait honneur à la France et ça faisait du bien. En tout cas moi c’est ce qui m’a nettoyé de toutes les audiences voyeuses, théâtrales et interminables.

Tout d’un coup on revenait dans la France du bon sens et du bon goût. En un coup d’œil. Et je sais que 99 % des Français auraient pensé à la même chose que moi s’ils avaient été deux jours durant sur le banc des accusés.

Le couple Brossollet a effacé définitivement le couple Macron. Et ils avaient en plus sauvé un écrivain au passage des griffes du diable. 

À suivre.

z/S
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01 nov. 2025 · ARCHIVE z/S · ZOESAGAN.COM
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Zoé Sagan
Zoé Sagan

Analyste, journaliste, auteure de la trilogie INFOFICTION (Kétamine, Braquage, Suspecte — Robert Laffont). Fondatrice de la Lettre confidentielle z/S. Investigation poétique des pouvoirs médiatiques depuis 20 ans.

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