Soupçons de fraude aux Jeunes en Marche – Quand les apprentis sorciers imitent le maître
C’est une affaire qui sent le déjà-vu. Huit ans après les accusations de trucage en faveur d’Emmanuel Macron lors de la primaire de La République en Marche, ou les rumeurs récurrentes de « fraude massive » en 2017 et 2022, le mouvement de jeunesse macroniste traverse sa plus grave crise.
Les Jeunes en Marche (JEM, ex-Jeunes avec Macron) sont accusés d’avoir manipulé l’élection de leur nouveau bureau national en juillet 2025. Une élection 100 % en ligne, remportée haut la main par la liste de Louis Roquebert (63 % des voix) face à celle de Nolwenn Pelven (37 %).
Derrière les sourires Instagram et les posts victorieux, c’est la guerre ouverte : boucles Telegram incendiaires, accusations de bourrage d’urnes électroniques, accès bloqué à la liste d’émargement… Et un parfum de déjà-vu qui colle à la peau de la macronie.

Juillet 2025 : une élection sous haute tension
Le scrutin se déroule du 26 au 29 juillet sur la plateforme Balotilo. Sur 27 000 adhérents revendiqués, seulement 2 637 votent – une participation faible (moins de 10 %), mais courante dans les mouvements politiques internes.
La liste « Attal-compatible » de Louis Roquebert, 23 ans, proche de Gabriel Attal, l’emporte largement. Sa concurrente, Nolwenn Pelven, 26 ans, plus « macroniste historique », conteste immédiatement les résultats. Ses soutiens parlent de « pics suspects » de votes en faveur de Roquebert et exigent la liste d’émargement pour vérifier l’identité des votants.
Début août, la liste « RéUnis » de Nolwenn Pelven saisit officiellement la commission électorale interne, présidée par l’ancien président Ambroise Méjean. Ils demandent à consulter les émargements. Réponse : l’accès est « compliqué » et finalement refusé sous conditions drastiques (consultation sur place, sans copie, sous contrôle). Le 18 septembre, Nolwenn Pelven jette l’éponge dans un message Telegram : « Nous avons décidé de refuser la consultation […] nous déplorons que l’accès à cette liste d’émargement ait été rendu si compliqué pour répondre à une demande légitime de militants. »
Aucun recours n’est déposé avant le congrès Renaissance d’Arras. Trop risqué politiquement à trois jours de l’événement où Gabriel Attal pose les bases de sa candidature pour 2027.
Les accusations précises : bourrage d’urnes 2.0 ?
Plusieurs sources internes, anonymes mais concordantes, évoquent :
- Des adhésions suspectes juste avant le vote (bien que la direction affirme qu’il n’y a pas eu de « pic » massif) ;
- Des votes provenant d’adresses IP ou de profils douteux ;
- Un contrôle opaque de la plateforme Balotilo, sans audit indépendant public.
Louis Roquebert balaie : « Je ne commenterai pas des allégations infondées et anonymes. Chaque élection provoque forcément des déceptions. » Ambroise Méjean, pourtant chargé de la commission électorale, affirme qu’il n’y a pas eu de pic d’adhésions et que l’élection s’est « relativement bien passée ».
Pourtant, des cadres historiques parlent d’un mouvement « au bord de l’implosion ». Un « vieux » militant de 29 ans confie à la cellule investigation de Radio France : « Promis à péricliter. »
2017-2025 : l’élève dépasse le maître ?
La comparaison avec 2017 s’impose d’elle-même. À l’époque :
- La primaire En Marche (devenue LREM) était déjà critiquée pour son opacité et son vote en ligne ;
- Des soupçons de gonflement d’adhésions (payées par des proches) et de votes multiples avaient circulé ;
- Emmanuel Macron l’avait emporté sans rival sérieux, face à des candidatures fantômes.
Aujourd’hui, les Jeunes en Marche reproduisent le schéma : vote électronique, faible participation, accès refusé aux données brutes, et une ligne « Attal » qui s’impose face à une ligne plus « macroniste pure ». Comme si le camp Attal voulait verrouiller dès maintenant l’appareil jeunesse en vue de 2027.
Le parallèle est d’autant plus frappant que Gabriel Attal, présent aux 10 ans des JAM le 5 juillet 2025 aux côtés d’Emmanuel Macron, est perçu comme le grand bénéficiaire. Louis Roquebert ? Un pur produit « attaliste ».
Un mouvement au bord de la rupture
Dix ans après leur création comme « coup de com’ » spontané (en réalité piloté par d’anciens jeunes socialistes), les Jeunes en Marche traversent leur première vraie crise. Des boucles Telegram privées débordent d’insultes, de menaces et de règlements de comptes. Des cadres historiques parlent de « dérive autoritaire » et de « purge » dans la composition du nouveau bureau national.
La direction jure que tout va bien et brandit des graphiques d’adhésions stables. Mais dans les coulisses, on murmure que le mouvement, jadis fer de lance de la macronie, risque de devenir un champ de ruines avant même 2027.
Et maintenant ?
Aucune enquête judiciaire n’est ouverte – il s’agit d’une élection interne privée. La commission électorale des JEM a publié un communiqué rejetant toute fraude. Mais le doute est installé. Et la question demeure : quand la maison mère a elle-même été accusée (sans preuves solides) de trucage en 2017, comment exiger la transparence absolue de ses enfants ?
Chez les Jeunes en Marche, on a appris la leçon du maître : gagner d’abord, expliquer ensuite. Même si ça laisse des traces.
Sources principales : Cellule investigation de Radio France (17 novembre 2025), témoignages internes, communiqués officiels des JEM, archives Apar.tv sur les controverses macronistes 2017-2022.
Apar.tv continuera d’enquêter. Affaire à suivre.
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