Travailler ? C’est so 2022.
Vinod Khosla est le dernier milliardaire en date à avoir donné sa vision du monde du travail pour les décennies à venir. Et comme souvent chez ces prophètes de la Silicon Valley, elle ressemble à un film de science-fiction très utopique. Un milliardaire qui prêche pour sa paroisse, en somme.
80 % des emplois occupés par des intelligences artificielles.
Vendeurs, médecins, comptables, rédacteurs… tout y passe.
D’ici 2040 ou 2045, selon lui, c’est plié.
Les coûts de la main-d’œuvre vont s’effondrer.
Les prix des biens et des services vont suivre.
On marche droit vers un monde d’abondance où survivre ne sera plus une corvée.
« Le besoin de travailler disparaîtra. »
Les gens vont toujours bosser, oui.
Mais uniquement sur ce qu’ils veulent. Pas parce qu’ils y sont obligés.
Une vision que partagent d’autres géants de la tech, y compris Elon Musk, qui prédit même que l’argent pourrait devenir complètement obsolète grâce à l’IA.
Et puis arrive la phrase qui claque comme un coup de théâtre :
« Il est assez peu probable qu’un enfant âgé de 5 ans aujourd’hui doive, un jour, chercher un emploi. »
Imagine.
Une génération entière qui ne connaîtra ni le CV, ni le patron, ni le « il faut bien payer le loyer ».
Des gamins qui naissent dans un monde où le job est déjà un concept vintage, comme le CD ou le chéquier.
Travailler ?
C’est so 2022.
Sauf que…
Le discours de Vinod Khosla repose sur un principe simple, mais peut-être un peu naïf : si les IA prennent la place des employés, la chute du coût de la main-d’œuvre entraînera forcément une chute massive des prix.
Sauf que reste encore à prouver que cette situation ne motivera pas plutôt les entreprises à s’enrichir davantage au lieu de faire cadeau aux consommateurs.
Parce que jusqu’à preuve du contraire, le capitalisme n’a pas pour habitude de distribuer les gains gratuitement.
Et puis il y a la question qui fâche : si plus personne n’a d’emploi, d’où viendra l’argent pour vivre ?
L’idée d’une taxe sur les entreprises de la tech pour financer un revenu universel revient souvent.
Sauf que les projections et les tests déjà réalisés montrent que ce système serait très difficile à tenir sur la durée.
Trop beau pour être vrai, peut-être.
Enfin, il faut le dire : si les magnats de la tech affichent un enthousiasme débordant, les économistes et les dirigeants d’autres secteurs sont, eux, nettement plus sceptiques.
Une récente étude menée auprès de milliers de cadres et de patrons est claire : 90 % d’entre eux déclarent que l’IA n’a eu aucun impact sur l’emploi ou la productivité ces trois dernières années.
Leur prévision ? Une hausse modeste de 1,4 % de la productivité et de 0,8 % de la production d’ici 2029.
Loin, très loin de l’abondance promise.
Alors oui, la révolution IA arrive.
Oui, elle va tout changer.
Mais entre le rêve utopique des milliardaires et la réalité froide des chiffres, il y a un gouffre.
Travailler ?
C’est peut-être so 2022…
Mais l’abondance gratuite, elle, c’est peut-être encore so 2045.
Faut-il vraiment y croire ?
L’avenir nous le dira.
Et il n’a pas fini de nous surprendre.
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