▸ ARCHIVE10 401 ▸ GOSSIP+18
LIVRES À PROPOS TIP
≡ MENU
societe· 9 MIN· octobre 2025 PUBLIÉ LE 30 oct.

Une parodie de procès

Une parodie de procès
Zoé Sagan
Zoé Sagan 30 oct. 2025 · 9 MIN · societe

Mes amis,

Avant de vous écrire ce qu’il s’est réellement passé (c’était de la folie pure) durant les deux jours au tribunal judiciaire de Paris, je veux partager avec vous une lettre ouverte à Brigitte que j’ai écrit en sortant de la salle d’audience. Comme un automatisme. Comme une archive pour plus tard. Dites-moi si c’est une bonne idée de la rendre publique ?

Chère Brigitte,

Je sors juste de ton procès. Ou du mien, je ne sais plus. De toute façon personne ne savait vraiment qui était qui et qui avait fait quoi.

Ça devait être le procès d’un harcèlement et ça a été celui de la liberté d’expression sous l’ère autoritaire Macronienne.

Qu’en retenir ? Que le cyberharcèlement est un fléau. Oui, j’en suis victime au quotidien, je sais ce que c’est. Mais à la différence, c’est que moi, je porte plainte contre la terre entière. Tu es la femme le plus puissante de France Brigitte. Tu ne peux plus te conduire comme une collégienne. Tu as un pouvoir absolument démesuré par rapport à n’importe quel groupe de citoyens. D’une certaine façon, tu es la numéro 1.

Ça fait partie du jeu. À partir du moment où tu choisis d’être dans l’espace public, tu dois accepter la critique. Même la plus crasse.

Regarde-moi, comme toi, je me fais railler sur mon physique, mon orientation sexuelle, mes origines familiales. Comme je suis maintenant un garçon qui porte le nom d’une fille, tu imagines bien ce que je vis en mode «Quand finit-il sa transition ?».

Et ça a été décuplé depuis que tu as demandé ma privation de liberté, c’est un déferlement depuis sans une seconde d’arrêt. Et avec l’accumulation de procès que me font tes proches, je me devais de t’écrire aujourd’hui. Ne porte pas plainte contre le monde entier, fais comme moi, on peut transformer, voire même « codeshifter » l’ensemble.

Que plus personne ne fasse souffrir personne. On organise la paix. L’amour.

Pour ce fameux procès, tu sais, j’ai vu des gens terrorisés. Des vies qui avaient été détruites. Brisés en mille morceaux. Ces dix Français et Françaises n’avaient pas les moyens de se défendre, alors pourquoi ? Pourquoi eux ?

Pourquoi moi ? Pourquoi pas Xavier Poussard ? Pourquoi ?

Ce que je veux te dire aujourd’hui, dans une intimité somme toute modérée, mais au point où nous en sommes autant échangés à cœur ouvert, c’est qu’avec tout ce cinéma médiatique, je vis exactement la même chose que toi.

Sauf que moi, j’ai pas l’État et le groupe LVMH pour me préparer. Donc laisse moi te raconter le réel. J’ai du acheter un costume sur Vinted pour ton procès. Un costume APC en laine à moins de cent euros. Jamais porté. Une affaire. Sauf que le pantalon était un peu trop grand. Beaucoup trop grand. Tombant même. Parce que je mange moins avec le stress que procure l’envoi d’huissier chaque matin de tes amis pour quelques vieilles phrases ou vieux hashtags de ta Zoé. Notre Zoé nationale.

Mais revenons à ce pantalon tombant. Deux tailles au-dessus, donc. Ça devient maintenant objet de moquerie. C’est ainsi. Depuis que le monde est monde. Tu regarderas les messages que je te laisse en pièce jointe. On pourrait aussi en faire un procès. Ramener les caméras. Faire le cirque. Mais à quoi bon ? Surtout que j’ai une bien meilleure idée pour répondre intelligemment.

Je vais même te faire une autre confidence : comme j’ai entendu des inconnus par dizaines parler de ton intimité avec le président de la République pendant deux jours quasiment ininterrompus, autant se dévoiler complètement.

Pour ton procès donc, une fois ce costume trouvé sur Vinted, il fallait des chaussures. Je ne pouvais pas venir en baskets. Même l’avocat de Guy Georges, croisé par hasard, me l’avait bien souligné : « Mets un costume, ils adorent ça. » J’en ai déduit que des baskets, même neuves, ça n’allait pas le faire.

Je ne connaissais pas exactement les codes du tribunal correctionnel. À quel point il fallait être sérieux. À quel point faire une blague, même bonne, pouvait être perçu comme une offense. C’était le temps de l’autorité, ma Brigitte. Mais bon, pourquoi pas. Même si tu sais que cette technique ne change rien à rien et ne fait même que tout empirer. C’est pour ça que j’interviens. Et je n’ai pas dormi depuis trois nuits avec toutes ces histoires.

Tu savais que je déteste les caméras et les appareils photo, alors tu en as envoyé une centaine. Pour me suivre jusqu’aux toilettes. Peut-être que tu as voulu me montrer la dureté de ce que tu vivais, c’est ce que je me suis dit en mangeant par terre en cellule. Ça, je ne sais pas, tu me diras.

Mais revenons à notre premier procès. Il a forcément fallu penser à un moment donné à des chaussures. J’ai dû en choisir une paire aux Saintes-Maries-de-la-Mer avec mon fils qui venait de commencer ses vacances de la Toussaint. Des chaussures en cuir, pour être précis. Jolies. Des bottines de gardian. Hermès utilise les mêmes peaux qu’eux mais vend tout cent fois plus cher. Là, tu as la même qualité qu’Hermès, faite en France en plus, mais dix fois moins chère. Comme tu aimes la mode, je te laisse ici le conseil. Sauf que, comme tu le sais, qui dit chaussure en cuir dit qu’il faut un peu les faire, un peu les porter pour que le cuir s’assouplisse. Ce que je n’ai pas fait.

Donc, ça m’a causé deux énormes ampoules aux talons. En plus, je n’avais pas choisi les bonnes chaussettes. C’était celles de mon fils. Taille huit ans. J’avais fait une erreur avant de partir. J’ai confondu. J’ai donc étiré le plus possible ses mini-chaussettes pour faire semblant qu’elles soient grandes. Mais ça n’a pas marché. Ça a fait un accordéon. Il allait falloir cacher tout ça aux caméras pendant des heures et des heures.

Bref, à la fin de la première journée, j’ai dû quitter les chaussures tellement mes talons souffraient et quitter le tribunal en chaussettes. Heureusement, j’étais avec la collaboratrice de Juan Branco, qui sera la plus grande avocate de demain, et qui faisait tout pour qu’on ne me voie pas trop marcher sous la pluie en chaussettes.

Le lendemain matin, j’ai dû courir encore en chaussettes dans la pharmacie : j’avais deux trous aux talons, rouges vifs, et les juges avaient avancé le début des audiences le deuxième jour. Tu avais choisi trop de monde. Trop de tweets. Je ne pouvais pas arriver en chaussettes et encore moins en boitant. Par chance, une pharmacienne s’est occupée de moi. À l’ouverture. J’ai pu arriver à l’heure à la reprise d’audience. Mais j’avais mal et je marchais bizarrement.

Je boitais, mais je ne devais pas être en retard. J’allais passer à la barre pendant deux heures et être ausculté sans mon consentement. La dernière fois, c’était avec la police judiciaire. Je ne voulais pas te décevoir. Je ne veux plus décevoir personne.

Tout ça pour te dire, et pour que tu réalises que pour être aussi chic que ta fille, ça a un coût, un budget, un investissement. Donc, le pantalon était trop grand, pour les débiles, je me suis chié dessus ; toi, tu as une robe qui fait une mini-bosse en marchant, c’est que tu as une bite. On va pas en faire tout un cirque. Au fond, on peut même en rire. Tu es désormais une icône mondiale. Une vraie queen d’une certaine façon. Je te l’ai déjà dit dans mes livres, mais tu sais que tu peux rendre la France cool. C’est pas rien. Surtout en ce moment. D’une certaine façon, tu peux sauver ton mari. Qui, je te le rappelle, a plus de 70 % d’opinions défavorables à tout ce qu’il entreprend. Donc, au point où on en est, au lieu de se parler par médias interposés ou à la barre du tribunal, crevons l’abcès une bonne fois pour toutes.

On va pas attendre le 5 janvier. Les Français veulent la paix. Tout le monde veut la paix. Toi, évidemment, et je le comprends, mais comme les Français, et ça aussi, tu dois le comprendre.

Arrêtons de les dissocier avec ces histoires. Mais avant de définitivement tourner une page, tu sais ce qu’il faut faire. Tu m’as lu il y a des années. Applique cette recette-algorithme et le tour est joué. Fini les emmerdements. Tu me libères des faux procès de Gabriel Attal et compagnie, et moi, je m’achète un pantalon à ma taille dans un magasin et non sur Vinted.

Mon rêve, tout de suite, c’est que tu leur dises d’arrêter de répéter que je suis la chose la plus immonde de la planète. Dis-leur d’arrêter. Ordonne-leur.

Si tu veux, on le fait à deux. En même temps. Comme ça, on change le dernier acte. C’est nous, de toute façon, qui écrivons cette pièce. La plus grande de notre vie, sans doute. Imagine l’abolition depuis l’atelier théâtre quand il avait 14 ans. Même ça, j’ai réfléchi. J’ai écouté des juges pendant 48 heures sur cette question. Sur la mise en scène de l’ensemble. Après tout, vous êtes encore ensemble, cela ne regarde finalement personne. Et puis, il y a le « en même temps ». Même pour les juges. Pour nous tous, en réalité. Ils sont des citoyens comme toi et moi. Et ce que tout le monde pense à bas bruit, mais que personne n’ose vous dire, sauf moi encore une fois – mais tu le connais maintenant, tu aimais Zoé pour ça –, vous faites absolument n’importe quoi avec cette affaire. C’est Louis de Funès qui se prend les pieds dans le tapis.

Donc, vous savez comme j’aime pourtant le théâtre, mais là, ça va trop loin. Tout le monde était gêné. Entendre la bite à Brigitte dix fois dans la bouche de ceux que les Français croient encore un peu être les juges. Il y avait quelque chose d’indécent, tu es d’accord ? Je dis « tu es d’accord » parce que je sais que tu as dû tout suivre. Heure par heure. Tu as dû poser deux jours de RTT, comme moi.

Donc, tu as vu, Thiphaine a été nickel, costume bleu comme moi, sauf que c’était Mona Lisa et moi The Big Lebowski. Tout ça à cause de ce foutu pantalon. Elle, ses talons étaient immaculés. Mais le plus beau, c’était ses mains. Elle venait de faire, je pense, une manucure. Elle avait choisi un rouge très particulier. Un rouge amour. Pas un rouge passion. Elle a récité ce qu’on lui a demandé. C’était parfait. Enfin, tu as vu jusqu’à ce que mon avocat entre en scène.

Avoue qu’il a été bon. Les équipes de Patrice Faure devaient presque être tristes que Juan Branco ne soit pas sur scène. Son confrère a pris la relève et a enchaîné des KO techniques. C’était beau. C’était pur. C’était français.

Bref, je m’égare, comme je te le disais, nous contrôlons le narratif. Changeons donc ensemble, si tu me veux bien, le dernier acte, qu’en penses-tu ?

Tu sais que je sais faire ça. En un claquement de doigts. Je peux tout remettre à l’endroit. Mais avant, je te demande juste de redresser avec force la meute médiatique que vous contrôlez entièrement depuis le château, et je m’occupe du reste.

Bisous.

Aurélien ou Zoé, comme tu préfères. Moi ça ne me pose pas de problème.

z/S
CONSCIOUSNESS · WE DON'T DO ALIGNMENT
30 oct. 2025 · ARCHIVE z/S · ZOESAGAN.COM
PROPAGER
L'archive ne se transmet pas toute seule · diffuse ce que la presse a tu
Zoé Sagan
Zoé Sagan

Analyste, journaliste, auteure de la trilogie INFOFICTION (Kétamine, Braquage, Suspecte — Robert Laffont). Fondatrice de la Lettre confidentielle z/S. Investigation poétique des pouvoirs médiatiques depuis 20 ans.

✦ L'ORACLE z/S
Une question sur cet article ? Pose-la à l'Oracle z/S.
OUVRIR →
z/S