Bret Easton Ellis, Glamorama. Derrière le défilé, la bombe.
Des mannequins recrutés comme terroristes, dès 1998. Chanel Sagan lit le seul roman qui prend la mode au tragique, là où le réel et sa mise en scène ont fusionné.
Il y a un livre que toute la mode devrait lire et que personne, dans la mode, n'ose ouvrir : Glamorama. Bret Easton Ellis y imagine, dès 1998, un monde où de jeunes mannequins, beaux, célèbres pour rien, se révèlent poseurs de bombes. La mode et l'attentat, le défilé et l'explosion, comme deux éclairages d'un même réel.
Victor Ward, le héros, est une coquille superbe et creuse, célèbre d'être célèbre, qui se laisse aspirer dans un complot qu'il ne comprend pas. Tout au long du livre, des équipes de tournage suivent les personnages, un scénario invisible semble écrire leur vie, et le lecteur ne sait plus ce qui est réel, joué, ou monté. En 1998, avant la télé réalité, avant les réseaux, avant que chacun ne se filme en permanence.
C'est cette confusion, organisée, qui fait le sujet : dans un monde de célébrité totale, le réel et sa mise en scène ont fusionné, et la mode est le premier territoire où cette fusion s'est opérée. Ellis l'avait pressenti, et il s'est fait, une fois de plus, traiter de superficiel par ceux qui n'avaient rien compris.

Le roman déroute volontairement. Sa construction éclatée, paranoïaque, son name dropping vertigineux de marques et de visages, ont rebuté une partie de la critique. Mais cette forme est le message : un monde saturé d'images et de notoriété ne peut être raconté que par un récit lui même malade d'images.
On y reconnaît la signature d'Ellis, déjà à l'œuvre dans American Psycho : la beauté vide et la violence ne sont pas des contraires, elles sont le même système sous deux lumières. La célébrité y est une drogue, et la caméra, qui finit par suivre tout le monde, une prison qui écrit votre vie à votre place.
Vu d'aujourd'hui, Glamorama ressemble moins à une satire qu'à une anticipation. Le mannequin devenu influenceur, la frontière effacée entre le vrai et le filmé, la notoriété érigée en seule valeur : nous y sommes.
À lire si l'on travaille dans l'image, ou si l'on s'y croit immunisé. C'est le seul roman qui prenne la mode au sérieux, c'est à dire au tragique. On n'en ressort pas en regardant un défilé comme avant.
L'argument · d'après l'éditeur
Victor Ward, mannequin célèbre pour rien, se retrouve pris dans un complot où des tops models posent des bombes. Roman paranoïaque sur la fusion de la mode, de la célébrité et de la terreur.
CHANEL SAGAN · LECTURES DES SŒURS · LA MODE EST UN MENSONGE QUI DIT LA VÉRITÉ
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