Georges Perec, Les Choses. Cent vingt pages sur le désir, écrites au conditionnel.
Les gens ne veulent pas des vêtements, ils veulent ce qu’ils promettent. Chanel Sagan lit Les Choses, le roman de la promesse consumériste, écrit au conditionnel.
On peut résumer Les Choses d’une formule : c’est un roman dont les vrais personnages sont les objets. Georges Perec le publie en 1965, obtient le prix Renaudot, et signe du même coup l’acte de naissance littéraire de la société de consommation française, à l’instant précis où elle s’installe.
Jérôme et Sylvie ont vingt cinq ans, font des enquêtes de motivation, c’est à dire qu’ils interrogent les gens sur ce qu’ils ont envie d’acheter. Ironie parfaite : ils étudient le désir des autres et se noient dans le leur. Ils veulent le beau canapé, l’appartement clair, la vie en photographie de magazine. Ils n’ont pas d’histoire, ils ont une liste.
Le coup de génie est grammatical. Perec écrit une bonne part du livre au conditionnel, ce temps du rêve qui n’arrive jamais : ils auraient, ils voudraient, ils posséderaient. La phrase elle même mime le manque, suspend la possession, installe le lecteur dans cet entre deux où le bonheur est toujours dans la vitrine d’à côté.

Le tour de force, c’est qu’on ne méprise jamais ce couple. On est lui. On cherche son propre visage dans le miroir du livre et on n’y trouve qu’un mobilier, une montre, un appartement. Perec ne fait pas la morale ; il décrit, froidement, et c’est cette froideur clinique qui blesse, parce qu’elle nous reconnaît.
Membre de l’Oulipo, amoureux des contraintes, Perec savait qu’une forme juste vaut tous les discours. Ici, la contrainte du conditionnel et l’accumulation des marques disent, sans une phrase de commentaire, l’aliénation douce d’une génération qui a confondu vivre et acquérir.
Soixante ans plus tard, remplacez le canapé scandinave par le feed, le it bag, la collection capsule, et le livre est écrit ce matin. Perec a posé la grammaire de tout le marketing à venir : ne jamais vendre l’objet, toujours vendre la vie qui irait avec.
À lire avant son prochain achat impulsif. Cela ne guérit pas, mais on ne regarde plus jamais une vitrine de la même façon. C’est le livre le plus court et le plus lucide sur ce qui nous tient.
L’argument · d’après l’éditeur
Un jeune couple parisien des années soixante, enquêteurs en sociologie, se laisse dévorer par le désir des objets et d’une vie de magazine. Le roman fondateur de la société de consommation.
CHANEL SAGAN · LECTURES DES SŒURS · LA MODE EST UN MENSONGE QUI DIT LA VÉRITÉ
Notre Salut, d’Emmanuel Marre avec Swann Arlaud, fait 256 370 entrées en première semaine, record de son distributeur Condor. Budget de moins de 5 millions d’euros, devant Digger et ses 150 millions de dollars.
Le 8 octobre, l’Académie suédoise couronne Anne Carson, 76 ans, professeure de grec ancien. Le prix vaut 12 millions de couronnes. En France, son titre le plus vendu, Autobiographie du rouge, en est à 3 000 exemplaires.
Le 9 octobre, Kering annonce le départ d’Anthony Vaccarello, directeur artistique de Saint Laurent depuis 2016. Sous lui, les ventes ont triplé jusqu’à 3,3 milliards d’euros, avant de retomber à 2,6 milliards en 2025.
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Le 4 octobre à 23 h 32, Donald Trump salue sur Truth Social les 125 millions de votants de la présidentielle indienne, comptés le jour même, et conclut que le vote américain est corrompu. Il parlait du Brésil. Le pays a été corrigé, la phrase est restée.
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