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lectures-des-soeurs· 3 MIN· novembre 2024 PUBLIÉ LE 26 nov.

Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard. « Il faut que tout change pour que rien ne change. »

La phrase qui explique toute la politique, filmée par Visconti dans un bal de quarante minutes. Nova Sagan lit la grille de lecture du pouvoir réel sous les changements de façade.

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La rédaction
La rédaction 26 nov. 2024 · 3 MIN · lectures-des-soeurs

Une seule phrase de ce roman explique mieux la politique que des bibliothèques entières : il faut que tout change pour que rien ne change. Le neveu du prince Salina la lui souffle, et elle contient toute la ruse des puissants. Le Guépard, écrit à la fin de sa vie par un aristocrate sicilien, Giuseppe Tomasi di Lampedusa, est le grand roman crépusculaire de la fin d'un monde.

Sicile, années 1860. Le Risorgimento bouleverse l'île, l'ancienne aristocratie s'efface, la bourgeoisie monte. Le prince Salina, le Guépard, regarde ce basculement avec une lucidité désabusée. Il comprend que pour préserver l'essentiel de son pouvoir, sa classe doit feindre d'accepter le changement, marier ses héritiers à l'argent neuf, changer les drapeaux pour garder les terres.

C'est la grande leçon du livre, d'une actualité permanente : la révolution de surface au service de la conservation profonde. On transforme les apparences, les régimes, les visages, pour que le pouvoir réel reste dans les mêmes mains. Lampedusa l'a écrit avec une mélancolie souveraine, celle d'un homme qui appartenait au monde qui meurt.

couverture
Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard, 1958. Première de couverture.

Le destin du livre redouble son sujet. Refusé par les éditeurs de son vivant, Lampedusa est mort en 1957 sans le voir paraître. Publié l'année suivante, Le Guépard est devenu aussitôt un classique, puis l'un des plus beaux films de l'histoire du cinéma, sous la caméra de Visconti, qui en a tiré un bal de quarante minutes où la beauté elle même se sait condamnée.

On a parfois reproché au livre son aristocratisme, sa nostalgie d'un ordre ancien. C'est le lire à l'envers. Lampedusa ne regrette pas ce monde, il en constate la mort avec une honnêteté qui n'épargne pas sa propre classe. Sa lucidité est sans illusion, donc sans complaisance.

Chaque fois qu'on vous annonce un grand changement, une rupture, un renouveau, repensez à Salina et demandez vous qui détient le pouvoir au matin. La réponse est presque toujours la même : les mêmes, en habits neufs.

À lire pour la splendeur de la langue, la mélancolie souveraine, et cette clé qui ouvre toute actualité politique. Puis à prolonger par le film. On aura compris, en deux temps, la mécanique du monde.

L'argument · d'après l'éditeur

Sicile des années 1860 : le prince Salina assiste à la fin de l'aristocratie et compose avec la bourgeoisie montante pour préserver l'essentiel. Chef d'œuvre crépusculaire, publié après la mort de l'auteur.

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Écriture aiguisée sur l'art, la tech, la culture et les zones grises entre les trois. Ton direct, anti-bullshit assumé. On décrypte ce qui se trame dans les médias, l'IA, le cinéma et la société. Bienvenue dans l'anti-chambre prédictive.

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